Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Depuis une semaine, des travailleurs de l’industrie pétrochimique dans une région clé de la production énergétique du sud du pays sont en grève pour dénoncer les bas salaires mais aussi les conditions de travail et de logement. Quelque 40 000 salariés travaillent sur l’immense champ gazier de South Pars-North Dome dans les eaux du Golfe. Il s’agit de la plus grande réserve de gaz connue au monde, que l’Iran partage avec le Qatar. 4 000 d’entre eux vont être licenciés et remplacés, a rapporté l’agence de presse officielle iranienne IRNA.

Mais il y a loin de la coupe aux lèvres. Car cette grève fait partie d’un mouvement beaucoup plus vaste qui a débuté le 21 avril et touche, outre la pétrochimie, les centrales électriques, la sidérurgie et les mines de cuivre dans 32 villes de 12 provinces du pays. Et, dans un passé récent, les mobilisations ouvrières ont été capables de faire reculer le pouvoir des ayatollahs.

Sur les marchés mondiaux, les cours des matières premières sont de nouveau en repli. Ils ont chuté d’environ 20 % ces douze derniers mois, Une tendance qui ne se répercute toujours pas sur les prix en magasin. À chaque rayon du supermarché, le constat demeure : la valse des étiquettes fait flamber le ticket de caisse. En avril, l’augmentation des prix des produits alimentaires sur un an a atteint près de 15 %, selon les chiffres provisoires de l’Insee, publiés vendredi 28 avril. Mais malgré un ralentissement sensible de la hausse sur les produits frais (+10,2 % en avril sur un an, contre 17 % en mars), celle pour les autres produits atteint 15,8%. Et ce n’est pas fini. Le patron de Système U, Dominique Schelcher, s’attend à une inflation atteignant « entre 23 % et 25 % sur l’alimentaire d’ici la fin du mois de juin ». Et comme l’avait averti Macron « les prix alimentaires, ça va être dur jusqu’à la fin de l’été ». Et de mettre en avant un tas de raisons techniques pour expliquer cette situation mais aucune mesure concrète pour faire rendre gorge aux spéculateurs. Car, dans le même temps, les profits des industriels du secteur et des marques de la grande distribution continuent de bondir et le pouvoir d’achat des classes populaires de diminuer. Cherchez l’erreur !

Pour prétendument aider les contribuables à estimer la valeur des services publics accessibles gratuitement, le gouvernement a mis en ligne une plateforme intitulée « En avoir pour mes impôts ». Et d’expliquer sur ce site combien coûte un kilomètre de route, une année de scolarité dans un collège, un accouchement dans un établissement hospitalier public, etc. Outre le fait que les chiffres mélangent allègrement impôts et cotisations sociales et donnent des moyennes nationales qui n’ont pas grand sens dans la réalité (par exemple le coût de scolarisation d’un collégien n’est pas le même dans un établissement chic de la Capitale et en zone rurale), la co-fondatrice du groupe de réflexion  « Sens du service public », Émilie Agnoux, dénonce de son côté une « stratégie de comm qui trahit une vision purement économique de rentabilité ». Enfin celles et ceux qui consultent le site sont invités à donner leur avis sur l’utilisation de leurs impôts. Mais si vous tapez « Plus d’écoles et d’hôpitaux, moins de canons, de missiles et de Mirages » il y a peu de chance que vous soyez entendus !

Le nombre de détenus dans les prisons a connu un nouveau record historique avec 73 080 personnes incarcérées au 1er avril, selon les données que vient de rendre publiques le ministère de la Justice. Or les prisons ne comptent à l’heure actuelle que 60 899 places. D’où une sur-population carcérale qui atteint désormais 120 %. Avec comme conséquences des cellules surchargées, des matelas posés à même le sol, des conditions d’hygiène souvent déplorables, des toilettes bouchées, des rats un peu partout et le temps consacré à la réinsertion réduit au minimum. Des prisons indignes qui reflètent l’image de notre société  et qui, comme disait Michel Foucault, produisent de la délinquance au lieu de la combattre. 

À l‘ouverture de la sixième Conférence nationale du handicap, Emmanuel Macron a vanté la « révolution silencieuse » qu’il avait menée pour faciliter l’inclusion d’enfants handicapés à l’école. Et de mettre en avant son bilan : 430 000 élèves aujourd’hui dans les classes contre seulement 134 000 en 2004. Mais derrière ce chiffre se cache une réalité moins brillante dénoncée à la fois, en avril dernier, par le Comité européen des droits sociaux du Conseil de l’Europe mais également dans un rapport remis l’an hier par la Défenseure des droits qui notait que « la difficulté principale porte sur l’accompagnement humain qui repose sur les accompagnants des élèves en situation de handicap (AESH) ». Car bien souvent on embauche des AESH, généralement des femmes, à temps partiel, sans aucune expérience et sans toujours leur donner la possibilité de suivre une formation, ni d’être reconnues comme des professionnelles de plein droit. Si on ajoute à cela qu’elles sont payées au lance-pierres, on comprendra que la situation soit nettement moins rose que celle décrite par le Président de la République. 

Mostafa Amer Sabah, un adolescent palestinien de 16 ans, a été abattu par l’armée israélienne dans le village de Teqoa. Il faisait partie d’un groupe de jeunes qui jetaient des pierres sur les soldats qui avaient pénétré dans leur village. À ces jets de cailloux l’armée d’occupation a répondu par des grenades lacrymogènes et des tirs à balles réelles. Et d’invoquer, bien sûr, la « légitime défense ».

C’est Mediapart qui le révèle. Depuis 2019, pas moins de 77 mosquées ont été l’objet d’attaques plus ou moins graves. Un bilan lié à l’islamophobie galopante entretenue à la fois par le gouvernement, la droite et l’extrême droite, l’influence croissante des idées racistes sur une partie notable de la population, mais aussi la sous-estimation chronique de ces attaques par les autorités. Un exemple parmi d’autres : le tir contre la mosquée de Bayonne le 28 octobre 2019 qui fit deux blessés. Bien que l’auteur ait été un ancien candidat du Front national, la police refusa de considérer son geste comme un attentat. Les choses auraient-elles été différentes si à la place d’un calibre 9 mm il avait brandi une casserole ?

L’ancienne ministre de François Hollande, Cécile Duflot, devenue directrice générale d’Oxfam France, vient de proposer de plafonner le salaire des grands patrons à 40 000 euros par mois, soit près de 500 000 euros par an. Elle a fait cette déclaration à la suite de la publication d’un rapport de son organisation basé sur une étude sur les salaires, menée dans les 100 plus grandes entreprises françaises cotées en Bourse. D’où il ressort que la rémunération des grands patrons serait en moyenne 97 fois plus élevée que celle de leurs salariés en 2021, alors qu’elle l’était « seulement » 64 fois plus en 2011. Et de poursuivre : « Leurs PDG ont augmenté leur rémunération de 66 % tandis que celle des salari·é·s n’a augmenté que de 21 % et le Smic de 14 %. » Bref, ils s’en mettent plein les poches sur le travail des autres. Et Cécile Duflot de préciser cependant : « L’écart que propose Oxfam, c’est un écart de 1 à 20. Ce n’est vraiment pas très révolutionnaire. » On s’en était aperçu.

Pour interdire les casserolades et les manifestations anti-Macron, les préfets fondent leur décision sur un article L226-1 du Code de la sécurité intérieure mis en place pour « renforcer la lutte contre le terrorisme ». Alors, évidemment, qualifier de « terroristes » ceux qui brandissent des casseroles, des pancartes ou se font entendre avec des slogans, des sifflets ou des cornes de brume est un léger « détournement de procédure », comme le reconnait sans détour le ministère de l’Intérieur. Donc la consigne n’est pas de faire cesser ces interdictions (faut pas rêver) mais de les motiver plus solidement sur d’autres articles du Code afin de que les arrêtés ne soient ni cassés, ni suspendus. On fait confiance aux juristes de la place Beauvau pour trouver la parade et permettre aux préfets de continuer d’interdire et aux policiers de continuer de cogner.