Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Le 24 avril 2013, un immeuble industriel de la banlieue de Dacca, la capitale, s’effondrait entrainant la mort d’au moins 1 135 personnes, en majorité des femmes. Elles faisaient partie des 5 000 salariés de la confection qui, sur plusieurs étages, travaillaient dans le Rana Plaza pour des sous-traitants de grandes marques occidentales (Mango, Benetton, Walmart, Auchan, C&A, Levi’s ou Carrefour) en gagnant des salaires de misère. L’immeuble était fissuré et risquait de s’écrouler à tout moment mais les ouvriers devaient y travailler malgré le danger évident, au nom de la productivité. Des consignes d’évacuation données la veille, après l’apparition de fissures, avaient été ignorées par les responsables des ateliers. Dix ans plus tard la plupart des rescapés, blessés ou traumatisés dans la catastrophe, attendent toujours d’être indemnisés. 55 % d’entre eux n’ont pas retrouvé de travail. Quant aux donneurs d’ordre ce drame n’a en rien affecté leurs bénéfices.

Il y a une dizaine de jours, dans le 20e arrondissement de Paris, plusieurs agents ont percuté volontairement avec leur véhicule trois gamins entassés sur un scooter. Auparavant ils avaient essayé de faire chuter le véhicule en ouvrant brusquement les portières de leur voiture. Alors que l’infraction constatée (être trois sur un scooter) méritait un simple rappel à l’ordre, l’action des policiers a mis en danger la vie de ces adolescents, l’une d’entre eux étant restée plusieurs jours dans le coma. Dans ce dossier, un policier a été mis en examen pour violence avec arme ayant entraîné une incapacité de travail, ainsi que pour faux en écriture publique, le tout par personne dépositaire de l’autorité publique. Il a été placé sous contrôle judiciaire. Mais il a reçu aussitôt le soutien… d’Éric Zemmour qui veut que cette pratique dangereuse soit légalisée et généralisée. Pour faire parler de lui le polémiste d’extrême droite n’en finit pas de racler les fonds de poubelle.

Gérald Darmanin, le ministre de l’Intérieur, a mobilisé quelque 1 800 policiers et gendarmes, appuyés par des blindés, dans son opération « Wuambushu » (« reprise » en mahorais) destinée à expulser les migrants clandestins venus des Comores et à détruire les bidonvilles qui les abritent. Mais le tribunal de Mamoudzou, la capitale, a suspendu l’évacuation d’un bidonville comme illégale. De plus, le gouvernement comorien a refusé aux bateaux transportant les expulsés d’accoster dans les ports de l’archipel. « Tant que la partie française décidera de faire des choses de façon unilatérale, nous prendrons nos responsabilités. Aucun expulsé ne rentrera dans un port sous souveraineté comorienne », a déclaré le ministre comorien de l’Intérieur, Fakridine Mahamoud. Mais que vont donc devenir ces expulsés ? Va-t-on les parquer dans des péniches ou des ferries comme le font le Royaume-Uni et les Pays-Bas ? Les regrouper dans des camps de concentration sur quelque îlot isolé, une pratique courante en Australie ? D’un pays à l’autre les solutions diffèrent mais toutes montrent la même barbarie et le même mépris à l’égard des migrants.

Le quotidien Sud Ouest a consacré un reportage à une école située dans un quartier populaire de Bayonne et classée en réseau d’éducation prioritaire (REP). Depuis la rentrée 2022, chaque matin, une vingtaine d’élèves (sur un effectif de 300) se retrouvent avant le début des cours pour partager un petit déjeuner gratuit cinq jours par semaine. Sinon ils vont en classe le ventre vide. Et cet établissement n’est pas un cas isolé. Selon des études menées dans le cadre du Plan national nutrition santé, 13 % des enfants scolarisés en REP et REP+ arrivent en classe à jeun. Les raisons peuvent en être multiples : manque d’appétit, lever précoce, stress, absence des parents le matin ou raisons économiques. À noter cependant que l’immense majorité des enfants concernés sont issus de mieux pauvres, voire très pauvres.

Vendredi 21 et samedi 22 avril, 66 vols de la compagnie Vueling, deux tiers des rotations, ont été annulés au départ de l’aéroport d’Orly en raison d’une grève du personnel navigant. Leur direction ne leur propose qu’une hausse de 1,50 euros brut par vol, pour des salaires au niveau du Smic. Face à l’inflation qui s’envole, les hôtesses et stewards revendiquent 15 % d’augmentation. Et si la direction s’obstine, des avions pourraient rester cloués au sol les deux prochains longs week-ends des 1er et 8 mai.

Depuis le 15 avril, des combats opposent les armées de deux généraux qui, en octobre 2021, avaient uni leurs forces pour renverser le gouvernement civil issu de la révolution de 2019. La population se retrouve prise en étau entre deux forces armées représentant des secteurs industriels différents, et soutenus par différents pays. Leur conflit a déjà fait fuir des milliers de personnes des grandes villes du pays, et fait au moins 4 000 blessés, sans secours officiel. Des comités de résistance existent depuis 2019 et tentent d’organiser les premiers secours et de satisfaire les besoins élémentaires, car la population a l’expérience et sait ne pouvoir compter que sur elle-même.

Depuis quatre mois que dure la mobilisation contre la réforme des retraites, le gouvernement a des sueurs froides en imaginant des grèves qui paralyseraient la bonne tenue des Jeux olympiques. « Pas de retrait, pas de JO » ont prévenu certains manifestants.
La SNCF, sur ordre de l’État, réfléchit à une prime d’assiduité pour inciter les cheminots à travailler pendant les olympiades ou à décaler leurs congés… Leurs combines minables ne trompent personne : si le gouvernement veut dormir sur ses deux oreilles, il doit commencer par augmenter les salaires… et retirer la réforme !

Voilà que Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, agite le chiffon rouge du remboursement de la dette publique : il faudrait réduire les dépenses publiques dès maintenant, en coupant dans les services utiles à la population, ou augmenter les impôts demain. La peste ou le choléra ? Dans les deux cas, ils veulent encore une fois nous faire trinquer ! L’explosion de la dette a largement profité aux grands groupes capitalistes qui se sont gavés d’argent public via les milliards de subventions reçues et les contrats juteux passés avec l’État. Si certains doivent passer à la caisse, ce sont bien eux.

À Nantes, le « village du Service national universel », opération de promotion de ce service militaire light, de l’armée et ses valeurs militaristes et nationalistes, n’a tenu qu’une heure. À Caen, samedi 22 avril, il s’est maintenu la journée, mais totalement paralysé. Les manifestants ont cerné le village et l’ont noyé sous le bruit des casseroles, des slogans et des sirènes. Prochaine étape : Versailles. À moins que la caravane ne rentre au garage ?