Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Le Smic sera revalorisé de 2 % au 1er mai. Une augmentation automatique pour suivre l’inflation, officiellement de 6 %, mais qui atteint 16 % sur les produits alimentaires et pèse plus lourd sur les petits budgets. Pour les 12 % des salariés qui touchent le Smic et tous ceux dont les salaires sont à peine au-dessus, il faudrait bien plus pour combler l’inflation. Pour vivre dignement, c’est au moins 2 000 euros par mois qu’il nous faut. Les profits et le CAC 40 sont au plus haut, pas question que nos salaires restent au plus bas.

En janvier dernier, deux juges du pôle santé du tribunal de Paris prononçaient un non-lieu dans l’affaire du chlordécone, l’insecticide utilisé dans les bananeraies de Martinique et de Guadeloupe entre 1972 et 1993. On estime que 90 % de la population adulte antillaise a été affectée par ce poison, non biodégradable, qui a déjà causé un nombre important de décès, notamment dus à des cancers. Tout en reconnaissant qu’il s’agissait d’un scandale sanitaire, les juges faisaient valoir que son interdiction tardive était due notamment au fait qu’à l’époque les responsables politiques ne disposaient pas d’analyses scientifiques probantes sur sa dangerosité. Or la cellule d’investigation de Radio France a mené sa propre enquête. Et elle a découvert que nombre d’études d’expertises, qui pointaient du doigt sa nocivité, ont été sciemment passées sous silence par les autorités lorsqu’elles n’ont pas été cachées, voire carrément détruites. Contrairement à la loi, certaines n’ont jamais été versées aux Archives nationales. Et si les détruire sans autorisation est un délit passible de 45 000 euros d’amende et de trois ans de prison, aucun ministre ou haut fonctionnaire n’a jamais été inquiété. Doit-on vraiment s’en étonner ?

Les principaux usages du S-métolachlore – un puissant herbicide utilisé principalement dans la culture industrielle du maïs, du tournesol, du soja et de la betterave – vont être interdits selon une décision prise par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, contre l’avis du ministre de l’Agriculture qui avait promis son maintien lors du dernier congrès de la FNSEA. Après usage dans les champs, cette substance se dégrade en des dérivés chimiques, des « métabolites », qui se retrouvent dans les sols, les eaux de surface et eaux souterraines – mais également dans l’eau potable Mais attention : son usage restera autorisé jusqu’au 20 octobre 2023 et les gros semenciers pourront encore empoisonner les sols en « liquidant leurs stocks » jusqu’au 20 octobre 2024. Et d’ici là, comme à l’habitude, le ministre trouvera sans doute le moyen de contourner cette interdiction.

Emmanuel Macron a proposé une hausse de salaire de 100 à 230 euros net mensuels pour les enseignants dès la rentrée prochaine, alors que certains ne toucheront même pas 100 euros (96,15 euros net pour les instits et 92,17 euros net pour les profs du secondaire). Une proposition en retrait sur la promesse qu’il avait faite lors de la dernière campagne présidentielle d’une hausse de 10 % pour tous sans condition. Quant à l’augmentation pouvant aller « jusqu’à 500 euros par mois » pour celles et ceux qui accepteront de nouvelles missions sur la base du volontariat elle est aussi largement bidon, nombre d’enseignants ayant des semaines qui dépassent les 40 heures en additionnant les heures de cours, celles consacrées à leur préparation et celles passées à la correction des devoirs. Tout ça pour ne pas embaucher massivement dans l’Éducation nationale et payer un salaire décent aux profs… Beaucoup de bruit pour rien.

Les jours se suivent et se ressemblent dans les préfectures, où les services de l’État rivalisent d’initiatives pour limiter les manifestations lors des déplacements des membres de l’exécutif en province. Après un arrêté interdisant « l’usage de dispositifs sonores portatifs » à l’occasion de la visite d’Emmanuel Macron à Ganges, dans l’Hérault, c’était au tour de la préfecture de l’Indre de se distinguer pour le déplacement de la Première ministre Élisabeth Borne. Le préfet avait pris un arrêté interdisant explicitement « toute manifestation, attroupement ou rassemblement revendicatif » entre 9 et 13 heures dns les communes de Châteauroux et de Buzançais. À Jean-Luc Mélenchon qui avait tweeté : « Le préfet de l’Indre interdit toutes les manifestations pour la venue d’Élisabeth Borne. Suspendre les libertés constitutionnelles est illégal hors de l’article 16. On en est là ? », la Première ministre avait répondu, contre toute évidence, « qu’il n’y avait pas une interdiction à manifester ». Soit elle ne s’embarrasse pas de lire les arrêtés préfectoraux lors de ses déplacements, soit elle prend les gens pour des imbéciles. Ou les deux ?

À l’occasion de la manifestation de protestation contre le projet de l’autoroute A 69 dans le Tarn, 800 gendarmes et policiers avaient été mobilisés. Pour la première fois, sept caméras aéroportées, placées dans des drones ou dans des hélicoptères, ont filmé les manifestants. Cette pratique, issue de la loi Sécurité globale promulguée en mai 2021, vient d’être autorisée par un texte paru au Journal officiel le 19 avril. Darmanin n’a pas perdu de temps. Elle avait été une première fois retoquée par le Conseil constitutionnel avant d’être finalement approuvée en janvier dernier. Face à ce flicage « new look », la Ligue des droits de l’homme a dit ses craintes que cela ne se traduise par « des atteintes à la vie privée, aux données personnelles et à terme au droit de manifester ». Mais c’est exactement un des buts recherché par le gouvernement.

Entre 2019 et 2021, 67 millions d’enfants ont été privés totalement ou partiellement de vaccins vitaux en raison des perturbations liées au Covid-19, s’alarme l’Unicef. En trois ans, en raison des contraintes subies par les systèmes de santé ou des confinements liés à la pandémie, « plus d’une décennie d’avancées en termes d’immunisation de routine des enfants a été sapée ». Selon l’agence, cette couverture vaccinale est en baisse dans 112 pays. Entre 2019 et 2021, le taux de vaccination infantile dans le monde a chuté de cinq points de pourcentage, à 81 %, un niveau jamais vu depuis 2008. Bien entendu, la chute du taux de vaccination, similaire pour la polio, la diphtérie ou la coqueluche, se produit principalement dans les pays les plus pauvres d’Afrique et d’Asie. Pendant ce temps, les États les plus riches de la planète continuent d’investir massivement… dans l’armement.

C’est le 3 avril dernier qu’est entrée en vigueur la loi Rist qui vise à plafonner les honoraires des médecins intérimaires à 1 390 euros brut par garde de vingt-quatre heures dans les hôpitaux publics. Conséquence : les médecins en question se sont largement tournés vers le privé où la nouvelle loi ne s’applique pas. Selon le Syndicat national des médecins remplaçants des hôpitaux, au 17 avril on recensait 70 services fermés en raison du manque d’intérimaires et une vingtaine d’autres avaient mis en place des fermetures partielles et des déprogrammations. Pour défendre leurs intérêts et leur niveau de vie, les médecins intérimaires jouent sur du velours dans la mesure où, à l’heure actuelle, dans les hôpitaux publics, 30 % des postes de médecin titulaire sont vacants et qu’en 2022, du fait notamment de la surcharge de travail, le taux d’absentéisme a été de 12 %, selon la Fédération hospitalière de France. Et ce n’est pas la politique actuelle du ministre de la Santé, François Braun, qui améliorera les choses.

L’Inspection générale des affaires sociales a rendu public un rapport glaçant sur la situation dans les crèches. Après la mort en juin 2022 d’une fillette dans la crèche « People & Baby » de Lyon, les enquêteurs ont mené leurs investigations pendant quatre mois. Et le résultat n’est pas triste. Plus de 2 000 situations de mal-traitance ont été relevées allant de la privation d’eau au manque de soin en passant par des repas insuffisants, voire la privation de repas pour certains enfants durant une journée entière. Les inspecteurs ont aussi noté des tout-petits laissés seuls pendant des heures malgré leurs pleurs. Alors qu’elles sont largement financées par l’argent public, les crèches manquent de personnel qualifié en nombre suffisant. Ce qui n’empêche pas nombre d’entre elles de faire des bénéfices. Moins de 10 % de ces établissements sont contrôlées chaque année mais uniquement sur des questions d’hygiène et de sécurité, pas sur celle de la qualité de l’accueil. Une société qui maltraite les vieux dans les Ehpad et les bébés dans les crèches, et pour les mêmes raisons de soif de profit entrainant le manque de personnel, est-elle réellement civilisée ?