Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Après de laborieuses négociations, l’Association des plateformes d’indépendants – qui regroupe notamment Deliveroo, UberEats et Stuart – a accepté de fixer à un minimum de 11,75 euros la course pour l’ensemble de ses livreurs. À peu près au même niveau que le salaire horaire minimum d’une femme de ménage. Ce n’est donc pas le Pérou et seuls 20 % d’entre eux, les plus mal lotis, sont concernés. Ce qui n’a pas empêché le ministre du Travail, Olivier Dussopt, de crier victoire : « Ces premiers accords consacrent le dialogue social et constituent une réelle avancée en faveur du renforcement des droits des travailleurs de la livraison. » Un dialogue social au ras des pâquerettes qui ne coûte pas très cher aux patrons.

Gérald Darmanin, le ministre de l’Intérieur, a affirmé qu’une vaste opération anti-migrants dénommée « Wuambushu », qui signifie « reprise » en mahorais, avait commencé à Mayotte. Plus de 500 membres des forces de l’ordre ont été déployés en renfort afin de détruire des milliers de « bangas », des logements de fortune en tôle, situés dans des bidonvilles où s’entassent des familles venues des autres îles de l’archipel des Comores. Darmanin promet que ceux qui ne seront pas expulsables seront relogés, une promesse qui n’a jamais été tenue dans le passé. Le gouvernement, relayé par des politiciens locaux et une partie de la population, accuse les migrants de tous les maux dont souffre l’île : sous-développement, misère, délinquance, etc. Des boucs émissaires faciles, venus des îles voisines sur des embarcations de fortune, que le ministre de l’Intérieur et sa clique désignent donc à la vindicte populaire. Avant de devenir le 101e département de l’Hexagone, Mayotte fut détachée arbitrairement par l’impérialisme français des autres îles devenues indépendantes en 1974, car ce dernier voulait conserver une vaste zone économique exclusive dans cette partie de l’océan Indien. Ce « diviser pour régner » a laissé des traces.

Ce week-end plusieurs associations – dont La voie est libre, Extinction Rebellion Toulouse, la Confédération paysanne et les Soulèvements de la terre – appellent à se rassembler pour s’opposer au projet d’autoroute A 69 de 55 kilomètres qui devrait relier Toulouse à Castres pour désenclaver cette dernière ville. Une manifestation aura lieu samedi et, dimanche, des animations et débats seront organisés à Saix, un village du Tarn. Pour un coût estimé de 450 millions d’euros pour 44 kilomètres. qui doubleront la RN 126 déjà existante, l’autoroute nécessitera le déplacement de 6 millions de mètres cubes de terre, le pompage de 120 000 mètres cubes d’eau par an, le bétonnage de 366 hectares de prairies ou de culture, la disparition de 20 hectares de zones humides, et l’abattage de 224 platanes avec la disparition de la vie sauvage qui va avec. Comme disait Macron « le quinquennat sera écologiste ou ne sera pas ».

Un prisonnier politique palestinien, Khader Adnan Mousa, originaire de Jénine, en Cisjordanie est en grève de la faim dans les prisons israéliennes depuis le 5 février 2023. Il entend ainsi protester contre sa « détention administrative », c’est-à-dire sans motif, sans inculpation et sans date de procès, au seul bon vouloir de l’armée. Les autorités pénitentiaires ont refusé de le transférer dans un hôpital civil, et après avoir été détenu dans la prison de Ramleh, au centre d’Israël, il est maintenu au secret dans un lieu inconnu. Khader, 45 ans, père de neuf enfants, dont le plus jeune a un an et demi et le plus âgé 14 ans, a fait dans le passé plusieurs autres grèves de la faim après d’autres arrestations tout aussi arbitraires. Le libérer est aujourd’hui une question de vie ou de mort.

Onze militants du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) ont été condamnés à des peines allant de trois à cinq ans de prison par le tribunal correctionnel de Paris pour avoir collecté des fonds pour leur parti au sein de la communauté kurde. Car, à la demande du gouvernement turc, le PKK a été placé par l’Union européenne, et donc par Paris, sur la liste des « organisations terroristes ». Rappelons qu’il n’y a pas si longtemps ces soi-disant « terroristes » étaient accueillis à bras ouverts par les États-Unis et les pays occidentaux lorsqu’ils combattaient l’État islamique en Syrie et en Irak alors même que le président turc Erdoğan, tout en bombardant les Kurdes, soutenait de son côté des groupes djihadistes. Les Kurdes ont été, encore une fois, les dindons de la farce. Solidarité avec les militants du PKK !

François-Henri Pinault, fils de son père, l’homme d’affaires milliardaire François Pinault, est le pédégé du groupe de luxe Kering qui regroupe notamment les maisons Yves Saint Laurent, Gucci et Balenciaga. Il vient d’être condamné à payer au fisc une amende de 11,5 millions d’euros pour avoir « oublié » de payer l’impôt sur ses revenus de 2017 et 2018, qui s’élevaient respectivement à 7,4 millions et 17,2 millions d’euros. Pour ce faire il affirmait résider à Londres et être taxé par le fisc de sa Gracieuse Majesté. Ce qui s’est révélé faux. Finalement cette amende écornera à peine la fortune de sa famille évaluée par le magazine spécialisé Forbes à plus de 30 milliards d’euros. Pendant ce temps Le Maire et compagnie s’en prennent aux travailleurs migrants accusés de fraude sociale. Une goutte d’eau par rapport à la fraude fiscale qui, sous le nom d’ « optimisation fiscale », est une pratique courante dans tous les grands groupes privés… qui ne subissent que rarement les foudres du ministre de l’Économie et des Finances. Entre gens du même monde…

Lors de son déplacement dans la petite ville héraultaise de Ganges, Macron a été accueilli par des huées et un concert de casseroles. Bravant le ridicule, la préfecture du département avait pris un arrêté prohibant « tous objets susceptibles de constituer une arme au sens de l’article 132-75 du Code pénal ou pouvant servir de projectile présentant un danger pour la sécurité des personnes et des biens », ainsi que « l’usage de dispositifs sonores portatifs ou émanant de véhicules non dûment autorisés ». Un arrêté anti-casserole dont se sont moqués les manifestants. Il faut dire que l’exemple vient de haut car, en matière de casseroles, Macron en trimballe un certain nombre derrière lui depuis l’affaire Benalla en passant par la justification des violences policières, ses remarques méprisantes sur les demandeurs d’emploi, les gilets jaunes ou les « gaulois réfractaires ». Un habitué des casseroles, on vous dit !

Quelque 300 personnes ont manifesté au siège d’Euronext, dans le quartier d’affaires de la Défense (Hauts-de-Seine) près de Paris, contre la réforme des retraites. Euronext est la principale place boursière de la zone euro. Elle gère les bourses de valeur de Paris, Amsterdam, Bruxelles, Lisbonne, Oslo et Dublin ce qui représente une capitalisation totale de 6 400 milliards d’euros. Un symbole du capitalisme. Après s’être introduits dans le hall, munis de fumigènes rouges, les manifestants ont entonné : « On est là, même si Macron ne veut pas, nous, on est là ! » Certains d’entre eux sont ensuite montés dans les étages en chantant tandis que d’autres, restés dehors, collaient en lettres vertes sur la façade du bâtiment l’inscription : « Le CAC 40 à la caisse pour payer nos retraites. » Un message on ne peut plus clair.

En réponse à la pensée profonde et largement médiatisée de Macron selon laquelle : « Ce ne sont pas les casseroles qui vont faire avancer la France », un tweet de Cristel-France s’insurge : « Monsieur le Président, chez @cristelfrance nous fabriquons des casseroles qui font avancer la France !!! Entreprise du Patrimoine Vivant, avec des collections inox certifiées Origine France Garantie. » Cette voix patronale a son prix : une casserole inox à 72,90 euros ; un faitout à 144,90 euros ; une série de trois casseroles à 259,90 euros ; une série de quatre casseroles à 339,90 euros… et remarquez chaque fois les 10 centimes de ristourne qui font la différence ! Ce ne sont probablement pas ces casseroles-là qui font avancer la France : dans les rues de l’Hexagone, on tape sur du plus bas de gamme, mais ça résonne bien !