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Brèves

L’actualité en bref

Les combats au Soudan ont tué près de 300 civils. Les affrontements opposent, depuis le week-end dernier, deux généraux qui, en octobre 2021, avaient uni leurs forces pour renverser le gouvernement civil. Des milliers de personnes ont fui la capitale, Khartoum, et d’autres grandes villes du pays. Mais derrière la rivalité personnelle qui oppose le chef de l’armée, le général Abdel Fattah al-Burhan, au dirigeant des Forces de soutien rapide, le général Mohamed Hamdan Dagalo, se profilent leurs parrains régionaux respectifs. L’Éthiopie soutient Dagalo et l’Égypte al-Burhan. Cette dernière espère profiter de l’occasion pour empêcher la construction par l’Éthiopie du grand barrage de la Renaissance sur le Nil, qui pourrait gêner son approvisionnement en eau. Par ailleurs, les dirigeants de l’armée régulière, qui contrôlent nombre de sociétés industrielles et commerciales, sont en relation d’affaires avec les généraux égyptiens alors que les Forces de soutien rapide, qui ont des intérêts dans les ressources naturelles, notamment les mines d’or, peuvent non seulement compter sur l’appui éthiopien mais aussi sur celui de la milice privée russe Wagner. Et, pendant ce temps, la population soudanaise trinque…

En avril 2019, un policier de la BAC, qui ne portait pas de brassard et se trouvait dans une voiture banalisée sans gyrophare, avait tiré sans sommation sur le conducteur et les passagers d’un véhicule au bois de Boulogne. À l’intérieur de la voiture six jeunes qui étaient en virée et avaient pris les deux policiers, qui ne s’étaient pas identifiés, pour des « voyous ». Ils avaient alors fait marche arrière heurtant le véhicule de police banalisé. En réponse le policier avait ouvert le feu, une balle frôlant la tête du conducteur. Ce dernier avait été relaxé en novembre 2020 de « violences volontaires sur personnes dépositaires de l’autorité publique avec arme par destination ». La légitime défense invoquée par le flic à la gâchette facile ne tenait plus. Cela n’a pas empêché le tribunal de se montrer indulgent en lui infligeant trois mois de prison avec sursis sans interdiction professionnelle. Une condamnation qui ne risque guère d’avoir un effet dissuasif sur les cow-boys de la BAC.

La sénatrice socialiste Laurence Rossignol, ancienne ministre des Droits des femmes, vient d’interpeller le ministre de la Santé, François Braun, pour attirer son attention sur la pénurie de misoprostol, une pilule qui provoque des interruptions volontaires de grossesse. Elle avait été alertée par le Planning familial et des associations de terrain sur une pénurie de ce médicament dans des pharmacies d’Île-de-France et de la région lilloise. Réponse du ministre : « Les professionnels de santé qui auraient aujourd’hui des difficultés temporaires à s’approvisionner auprès de leur pharmacie habituelle peuvent orienter les patientes vers les centres IVG les plus proches. » Cela bien sûr à condition qu’il y en ait un. Car ces dernières années, on a fait disparaître nombre de maternités et lorsqu’on ferme une maternité, le plus souvent on ferme aussi un centre IVG. Et Laurence Rossignol de remarquer : « Aujourd’hui, les deux tiers des IVG sont pratiquées sous forme médicamenteuse, car elles peuvent être prescrites par un médecin de ville après une échographie. Les IVG dites instrumentales, qui doivent être pratiquées dans un milieu hospitalier, sont devenues une minorité. Entre les centres saturés, fermés, éloignés, les femmes n’ont pas réellement le choix. » Mais de cela le ministre s’en moque. L’IVG est un droit à faire respecter au quotidien, et pas seulement dans la Constitution.

À partir de 2024, une nouvelle entité, France travail, va remplacer Pôle emploi. Un rapport sur ce point vient d’être remis au ministre du Travail, Olivier Dussopt. Comme le dit le texte, France travail deviendra « l’équipe de France de l’insertion, de la formation et de l’emploi ». En toute modestie. Ce plan doit « faire le pari de la coopération et de l’investissement social plutôt que d’un énième mécano institutionnel » et organiser les « conditions de la collaboration et de l’efficacité collective, dans le cadre de la gouvernance d’ensemble assurée par l’État, les collectivités et les partenaires sociaux ». Bla, bla, bla. Seule mesure concrète annoncée et déjà connue : ceux qui touchent le revenu de solidarité active devront faire 15 à 20 heures d’insertion par semaine, sous forme de formation, d’atelier CV ou de stage en entreprise. Sinon, ils pourraient perdre une partie de leur allocation, qui se monte à 607 euros aujourd’hui pour une personne seule. En résumé : demain on rasera gratis, mais derrière le baratin, on cogne.

À l’issue de son allocution télévisée Macron avait promis « cent jours d’apaisement ». C’est plutôt mal barré. Lors de son déplacement à Muttersholtz, dans le Bas-Rhin, le chef de l’État a été accueilli par des huées, des concerts de casseroles et aux cris de « Macron démission ! ». Et lors de sa visite de l’usine de traitement du bois Mathis, la CGT locale a fait brièvement couper le courant au sein de l’entreprise. Quant au village, il avait été placé en état de siège par les forces de l’ordre qui avaient multiplié les contrôles, les fouilles, voire ont interdit à certaines personnes de rentrer chez elles. Et les prochains déplacements présidentiels risquent d’être aussi mouvementés.

Le 19 avril 1943, une poignée de combattants juifs se révoltaient contre la barbarie nazie qui, depuis juillet 1942, avait méthodiquement entrepris la déportation et l’extermination des 400 000 Juifs entassés dans le ghetto de Varsovie. Pendant trois semaines, cinq cents combattants de l’Organisation juive de combat faisaient le choix de mourir les armes à la main plutôt que de se laisser déporter vers les camps de la mort sans réagir. Comme l’écrivait l’un d’eux, Arié Wilner : « Nous ne voulons pas sauver notre vie. Personne ne sortira vivant d’ici. Nous voulons sauver la dignité humaine. » Au bout du compte le ghetto fut rasé et seulement une quarantaine de combattants survécut en s’enfuyant par les égouts pour rejoindre la résistance polonaise. Cet acte, aussi héroïque que désespéré, illustrait on ne peut mieux le cri lancé en 1910 par le révolutionnaire mexicain Emiliano Zapata et qui est toujours d’actualité : « Plutôt mourir debout que vivre à genoux. »

Troisième armateur mondial, CMA CGM est entré en « négociations exclusives » avec Vincent Bolloré pour acquérir ses activités de transport et de logistique regroupées au sein de Bolloré Logistics, sur la base d’un prix évalué à cinq milliards d’euros. CMA CGM a profité à plein de la surchauffe du transport maritime créée par la crise du Covid-19, en affichant un bénéfice net record de plus de 23 milliards d’euros en 2022, surpassant la plupart des groupes du CAC 40. Ces derniers temps il a multiplié les acquisitions et participations, notamment en entrant au capital d’Air France-KLM et d’Eutelsat, en acquérant le transporteur Gefco ainsi que des sociétés dans la logistique de l’e-commerce et en prenant 12 % du capital de la compagnie Brittany Ferries. Rappelons que le patron du groupe, Rodolphe Saadé, a racheté aussi le quotidien régional La Provence, pris une part minoritaire du groupe M6 et du média de vidéo en ligne Brut, et va devenir cet été le sponsor principal du club de foot l’Olympique de Marseille. Comme dirait Macron, il dépense « un pognon de dingue » créé directement par les travailleurs mais dont ils ne voient guère la couleur.

Le parquet de Paris et la préfecture de police ont annoncé l’ouverture d’une enquête, confiée à l’Inspection générale de la police nationale, après une course-poursuite impliquant un véhicule de police et un scooter. L’équipage de police est soupçonné d’avoir percuté le deux-roues, blessant trois mineurs dont l’un a son pronostic vital engagé. Les victimes et trois témoins, cités par Streetpress et Mediapart, assurent que les policiers ont « volontairement » percuté le scooter. Les familles des mineurs ont déposé plainte pour tentative d’assassinat. Selon le porte-parole de la préfecture, le conducteur du scooter a perdu « la maîtrise de son scooter dans des circonstances qui restent à établir ». Et il y a fort à parier que les « circonstances » une fois établies blanchiront les policiers de toute faute. Comme d’habitude.

À l’ouverture d’une réunion tenue à l’Élysée avec le patronat, Emmanuel Macron a redit vouloir « accélérer » sur la réforme des lycées professionnels pour une présentation « d’ici à l’été » d’un projet de loi. La veille, lors de son allocution télévisée, le chef d’État avait déjà promis d’« engager la réforme du lycée professionnel pour que le plus grand nombre (des) adolescents et (des) jeunes accède soit à des formations vraiment qualifiantes, soit à l’emploi ». Parmi les pistes avancées : augmenter de 50 % les stages en entreprise au détriment des matières d’enseignement général, détacher l’enseignement professionnel du ministère de l’Éducation nationale pour le rattacher à celui du Travail, et donner aux patrons une plus grande latitude pour intervenir dans les programmes scolaires. Bien entendu le Medef est pour. De son côté Sigrid Gérardin, secrétaire générale du syndicat de la voie professionnelle Snuep-FSU, a dénoncé « un choix très grave et révélateur du mépris pour les professeurs des lycées professionnels et pour tous les jeunes de classe populaire. Après avoir volé deux ans de vie à leurs parents [Emmanuel Macron] s’attaque à leurs enfants ». Un mépris de classe dont le président des riches est coutumier.