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Brèves

L’actualité en bref

Lors de la présentation de son « plan Eau » depuis les Hautes-Alpes, Emmanuel Macron a annoncé souhaiter une « tarification progressive et responsable » de l’eau qui puisse être « généralisée en France ». Un vieux serpent de mer. Cette tarification progressive était une promesse de campagne de François Hollande en 2012, et elle est autorisée depuis 2013. Concrètement, le principe est d’augmenter progressivement le prix du mètre cube d’eau en suivant le rythme de la consommation. Les premiers mètres cubes d’eau consommés par les usagers seraient ainsi très peu chers, puis la facture grimperait en fonction de la quantité utilisée. Et on nous explique que cela aura un effet dissuasif sur ceux qui ne comportent de façon irresponsable en lavant leur voiture au jet ou en arrosant chaque jour leur jardin. Sauf que ce raisonnement présente une faille de taille. En effet, actuellement 57 % de l’eau utilisée l’est pour l’agriculture, 5 % pour les usages industriels et 12 % pour le refroidissement des centrales électriques. L’eau potable consommée par les ménages ne représente que 26 % du total. Or, pour l’instant, rien de très convaincant en ce qui concerne l’agriculture, selon la Confédération paysanne, et des propos plus que vagues concernant l’industrie. Bref c’est surtout aux ménages que l’on va demander des sacrifices. Au nom bien sûr de l’écologie.

Dans plusieurs pays : Grèce, Allemagne, Italie… des rassemblements devant les ambassades et consulats français ont été organisés pour soutenir la lutte des travailleurs français contre la réforme des retraites. En Italie, le syndicat de base SI-Cobas a appelé à une heure de grève le 28 mars « en solidarité avec les luttes françaises et pour construire un front de classe uni au niveau européen ». Dans de nombreuses entreprises, principalement dans le secteur de la logistique, où ce syndicat a une présence importante, des travailleurs se sont arrêtés, arborant des pancartes affirmant leur soutien à leurs frères de classe transalpins.

SDA (Promopacco – Bologne)

En Grèce, des partis de gauche et d’extrême gauche ont également organisé des rassemblements et manifestations en soutien à la lutte contre la réforme de Macron.

Rassemblement à Athènes

Il s’agit d’un signal, certes symbolique, mais en même temps sans équivoque, montrant que, par-delà les frontières, les travailleurs ont les mêmes ennemis et les mêmes intérêts à défendre. Et c’est aussi la démonstration qu’il existe en Europe une partie de la classe ouvrière, encore minoritaire mais sur laquelle il faudra compter, qui n’est pas prête à se soumettre au climat de résignation et de soumission aux patrons alimenté par les directions des confédérations syndicales.

Le journal télévisé de France 2 a consacré mercredi soir un reportage sur le gaz. D’où il ressort que la baisse du prix du gaz sur les marchés internationaux, déjà amorcée à la fin de l’an dernier, se poursuit. L’indice TTF (indice néerlandais qui détermine le prix du gaz en Europe) se situe désormais sous les 50 euros le mégawattheure, soit trois fois moins qu’en décembre 2022 et cinq fois moins qu’en août 2022. Par contre, sur les factures des particuliers, le prix du gaz ne baisse pas, voire augmente. Et des experts de nous expliquer gravement que cela serait dû au coût du transport, du stockage, voire à la guerre d’Ukraine. Mais, pendant ce temps, les compagnies gazières ne se sont jamais financièrement aussi bien portées. Cherchez l’erreur…

Les braqueurs de banque jouent à l’évidence petit bras comparés aux cinq grandes banques – HSBC, BNP Paribas, Exane (filiale de BNP), Société générale et Natixis – qui viennent d’être perquisitionnées à Paris et à La Défense et sont soupçonnées de fraude fiscale aggravée et de blanchiment aggravé. Elles auraient soustrait au fisc de plusieurs pays européens un total de 140 milliards d’euros en vingt ans, dont 33 milliards en France. Ces accueillants établissements proposaient à leurs riches clients étrangers des combines leur permettant de ne pas payer d’impôts sur les dividendes qu’ils touchaient d’actions d’entreprises cotées en bourse. Au passage, les banques prenaient une commission sur l’argent économisé par leurs clients. La fraude, dénoncée dès 2018 par un groupement de seize médias internationaux sous le nom de CumEx Files, avait donné lieu à la fin de cette même année à une plainte déposée par le collectif Citoyens en bande organisée, regroupant 250 contribuables. Et il aura fallu trois ans pour que la justice se mette en branle. Mais, selon une source proche du dossier, le montant total des redressements fiscaux pour ces cinq banques, qui plaident « l’optimisation fiscale », dépasserait à peine le milliard d’euros. À ce tarif, frauder est une affaire rentable.

Dernier « coup médiatique » de Macron. En pleine mobilisation contre la réforme des retraites, il a accordé une interview au journal pour enfants Pif le mag, réalisée le 20 février avec de jeunes lecteurs et diffusée le 29 mars. Où il essaie d’apitoyer les chères têtes blondes et brunes sur la difficulté de sa fonction. Sans évidemment être contredit. On apprend aussi que le personnage de BD préféré de Macron est Lucky Luke, l’homme qui tire de sa poche une réforme des retraites plus vite que son ombre. C’est le cabinet McKinsey qui aurait conseillé Pif plutôt que Picsou Magazine, jugé « problématique » dans le contexte actuel. Et pour cause. On aurait facilement assimilé Macron au célèbre avare créé par Disney. Mais, pour rester dans l’ambiance, il aurait aussi pu proposer que le traditionnel gadget offert à chaque acheteur de Pif soit, pour ce numéro spécial du 75e anniversaire, une grenade lacrymogène miniature.

Alors qu’un nombre grandissant d’étudiants a rejoint, au cours des dernières semaines, la lutte contre la réforme des retraites, le gouvernement vient de sortir de son chapeau une mesure censée les satisfaire. La ministre de l’Enseignement supérieur, Sylvie Retailleau, a annoncé lors d’une conférence de presse une revalorisation du montant des bourses étudiantes à hauteur de plus de 500 millions d’euros, permettant notamment à 35 000 nouveaux étudiants de bénéficier d’une bourse dès la rentrée de septembre prochain. Ils viendront rejoindre les 175 000 étudiants déjà boursiers. Cette revalorisation sera de 37 euros par mois, pas de quoi sabler le champagne. La ministre a dû reconnaitre que « chez les jeunes il y a une colère qui s’exprime » et qu’il est « important de leur donner des signes très concrets dès 2023 ». D’où la modeste revalorisation des bourses. Pas sûr que cela suffise à les calmer.

Les familles de deux hommes de 32 et 34 ans, grièvement blessés par la police le week-end dernier à Sainte-Soline, ont porté plainte contre X pour « tentative de meurtre et entrave volontaire à l’arrivée des secours ». L’un d’entre eux, blessé à la gorge, n’a plus son pronostic vital engagé mais reste dans coma, alors que l’autre se trouve toujours entre la vie et la mort. À cela s’ajoute une autre plainte pour « violation du secret professionnel » et « détournement d’informations contenues dans un fichier de leur finalité » puisque les parents de l’un d’eux estiment que le statut de fiché S de leur fils a été dévoilé à dessein dans le but de discréditer ce militant anticapitaliste et le faire passer pour un dangereux terroriste. Pour les hommes de Darmanin tout est bon pour assommer mais aussi discréditer les manifestants.

Matiullah Wesa, le fondateur d’un réseau d’écoles pour filles, a été arrêté à Kaboul par des hommes à bord de deux véhicules alors qu’il sortait d’une mosquée. Lorsqu’il leur a demandé leur carte d’identité, ils l’ont battu et emmené de force. La Mission d’assistance des Nations unies sur place a demandé aux autorités de « clarifier l’endroit où il se trouve, les raisons de son arrestation et de lui assurer l’accès à une représentation légale et le contact avec sa famille ». Âgé de 30 ans, Matiullah Wesa, militant pour l’éducation, est le fondateur et président de l’organisation Pen Path qui a créé 18 bibliothèques et contribué à la réouverture de nombreuses écoles fermées dans les zones rurales et reculées du pays. Ce qui était suffisant pour faire de lui une bête noire des autorités qui ont refusé de donner toute information sur son sort.

La semaine dernière, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) a appelé une fois de plus les États à changer de cap et à tout faire, tant qu’il en est encore temps, pour limiter le réchauffement climatique. Cela passe notamment par l’arrêt des subventions aux énergies fossiles, évaluées aujourd’hui à plusieurs dizaines de milliards d’euros chaque année. Mais en France on n’en prend pas le chemin. Un spécialiste en politique publique, Nicolas Desquinabo, a calculé que l’argent public investi dans les énergies renouvelables, les transports ferroviaires et la rénovation énergétique était six fois moindre que les subventions et exonérations fiscales qui soutiennent les énergies fossiles. Interpellé sur ce point, le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, a reconnu « une contradiction » en faisant mine de s’interroger : « Est-ce que c’est cohérent de maintenir des aides et des crédits d’impôts aux énergies fossiles quand on veut décarboner l’économie française ? » Mais il n’a pas répondu à la question en expliquant que le gouvernement allait réfléchir à une orientation possible dans son projet de loi de finances à… l’automne prochain. Finalement, pour le gouvernement, l’urgence écologiste n’est pas si urgente que ça.