Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

La chaine de distribution Auchan (chiffre d’affaires de plus de 30 milliards d’euros l’an dernier), qui appartient à la famille Mulliez (patrimoine 26 milliards d’euros), a annoncé l’ouverture de nouveaux magasins en Russie qui s’ajouteraient aux 230 déjà en activité. Selon le directeur russe du groupe, sa principale mission dans le pays est « de fournir à la population des produits de qualité à des prix abordables ». Une œuvre quasiment caritative, à l’en croire. Le groupe possède aussi en Ukraine 43 magasins employant au total 4 300 salariés dont 21 hypermarchés, 4 supermarchés et 18 boutiques de proximité. Preuve qu’il n’est pas sectaire et peut faire de l’argent aussi bien sur le dos des Russes que sur celui des Ukrainiens.

C’est le 3 avril qu’entre en vigueur une mesure visant à plafonner les salaires des médecins intérimaires qui, selon des estimations, seraient 10 000 dans les hôpitaux publics. Le but : faire des économies sur ces patriciens qui refusent de travailler en CDI. Sur ce point l’Association des médecins urgentistes a lancé un cri d’alarme estimant que « des centaines de lignes de garde vont être fermées dans quelques jours » et affirmant que cette loi « va conduire à des fermetures au mépris des malades ». De son côté, le syndicat des médecins anesthésistes affirme que « mettre le pistolet sur la tempe » des intérimaires ne résoudra pas le problème « sans augmentation de l’attractivité des carrières médicales hospitalières ». Faute d’allouer les budgets nécessaires pour améliorer les conditions de travail et de rémunération des médecins hospitaliers, le gouvernement veut donc passer en force. Avec le soutien de la Fédération hospitalière de France dont le président, Arnaud Robinet, a proposé, si nécessaire, « que les préfets puissent réquisitionner les personnels le moment venu ». Une situation qui risque de devenir rapidement explosive.

D’après un décompte réalisé par Mediapart, plus d’une vingtaine de responsables publics détiennent des actions du géant pétrolier TotalEnergies dont douze députés, six sénateurs et trois ministres. Bref, lorsque TotalEnergies a un problème avec les pouvoirs publics, il sait tirer les bonnes sonnettes. Ce qui explique peut-être aussi le zèle mis par le ministre de l’Économie et des Finances, Bruno Le Maire, à voler au secours de Patrick Pouyanné, le PDG du groupe, dont les super-profits et la super-rémunération font mauvais effet dans l’opinion en cette période de crise. Mais les liens entre la grande bourgeoisie et la classe politique sont presque aussi vieux que le capitalisme lui-même. Pas de quoi vraiment s’en étonner…

« Abus de faiblesse », « exercice illégal de la médecine », « pratiques commerciales trompeuses »… La liste est longue des charges retenues contre Thierry Casasnovas, praticien de la naturopathie et du conspirationnisme, adepte des aliments crus. Comme beaucoup de charlatans de son genre, il doit sa popularité à l’ingéniosité avec laquelle il surfe sur de vraies préoccupations en y apportant ses réponses miracles. Son créneau ? La critique de la nourriture de mauvaise qualité et des maladies qu’elle provoque, contre lesquelles il prêche le jeûne (avec les risques que cette pratique comporte quand elle n’est pas encadrée par un médecin) et l’arrêt de la médication conventionnelle, puisque selon lui il faut, dans tous les cas (cancer inclus !), laisser le corps se soigner lui-même.

Mais Casasnovas n’est pas le gentil baba cool aux intentions louables pour lequel il aimerait passer. Déjà, ses trafics lui rapportent gros : formations payantes, vente d’extracteurs de jus pour préparer à domicile les élixirs du maître, stages pour régénérer sa santé (et soulager son portefeuille)… Et puis, c’est aussi un grand copain de l’extrême droite : il dit partager les valeurs d’Égalité et Réconciliation, le groupe fasciste d’Alain Soral, a pris position contre l’avortement, et reçu des mains de Dieudonné une « quenelle d’or » avec laquelle il pose en photo sur Facebook, un ananas dans l’autre main – symbole de l’antisémitisme depuis un jeu de mot infect dans une chanson de Dieudonné…

Les voies du complotisme ne sont pas impénétrables : elles mènent toujours aux idées les plus sombres.

Petit vent de panique aux USA : l’une des grosses banques américaines (la 16e en importance), la Silicon Valley Bank, a fait faillite. C’était l’une des banques préférée des start-ups de la Silicon Valley, mariage des innovations techniques et des innovations financières qui bâtissaient des fortunes. Le gouvernement américain se précipite pour garantir une partie des dépôts faits à cette banque, de peur que tout le monde ne retire ses avoirs et que la faillite faisant boule de neige en entraine d’autres. On n’en est pas encore au krach bancaire de 2008 qui a couté cher à la population de toute la planète. Mais ça en a un peu l’odeur : bénéfices rapides pour les uns un jour, déficits aux frais du contribuable ou en réduction des services publics le lendemain pour sauver banquiers et spéculateurs.

Depuis janvier 2022, le gouvernement a tenu secret un rapport accablant sur la situation de Mayotte, 101e département français. Rendu public la semaine dernière par Mediapart, il pointe la pauvreté massive, avec huit personnes sur dix en dessous du seuil de pauvreté, la généralisation des bidonvilles et les milliers de mineurs isolés vivant sur l’île, dont une majorité n’est pas scolarisée. Le rapport alerte également sur la situation alimentaire et sanitaire de ces jeunes, qui sont « en moins bonne santé que partout ailleurs en France ». Face à ce constat, le gouvernement français ne répond que par la répression. À partir du 21 avril, Darmanin promet une opération « spectaculaire », amplifiant ce qui se fait déjà : destruction de bidonvilles sans relogement, expulsions massives vers les autres îles des Comores d’adultes dont les enfants restent seuls à Mayotte et renforcement de la présence policière. Tout ce qui nourrit la détresse de Mayotte…

En Guadeloupe, la colère monte depuis la mort d’un retraité de 67 ans, après son interpellation par des gendarmes fin 2020. Le parquet de Basse-Terre a récemment requis un non-lieu, alors que des images de vidéosurveillance montrent les gendarmes le sortir violemment de son véhicule et le projeter au sol. Il meurt après avoir passé dix jours en réanimation, touché par une double fracture des cervicales, dont une compressant la moelle épinière. Depuis, les manifestations se succèdent pour dénoncer ce déni de justice.

Aux États-Unis, une enquête du New York Times vient de mettre en lumière un scandale d’ampleur : le travail des enfants migrants. Ils ont entre 11 et 16 ans et travaillent comme des adultes, dans des blanchisseries industrielles, sur des chantiers, sur des chaînes d’empaquetage de Cheerios ou dans des usines Ford et General Motors. Mineurs non accompagnés sur le territoire américain, ils sont livrés à eux-mêmes, ou plutôt à des « parrains » n’ayant souvent aucun lien de parenté, censés subvenir à leurs besoins, mais profitant de leur exploitation. La présidence de Biden, après celle de Trump, n’a rien changé à cette situation : aucun moyen supplémentaire pour accueillir ces enfants.

Avec plus de 10 % d’inflation et aucune aide du gouvernement conservateur, de nombreux britanniques n’arrivent plus à se chauffer. Dans des églises, des centres culturels ou des bibliothèques, des initiatives se mettent en place pour accueillir et réchauffer quelques heures les personnes les moins aisées. Dans une des premières puissances mondiales, une situation qui nous montre quels reculs nous promet le capitalisme débridé…