Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Les détenus palestiniens ont lancé une campagne de protestation contre les mesures punitives prises à leur encontre par le ministre de la Sécurité nationale, le néofasciste Itamar Ben-Gvir. Sous le nouveau régime carcéral, les détenus sont systématiquement menottés en quittant leur cellule, l’eau chaude des douches est limitée à trois minutes, les visites des proches encore plus espacées et le sport matinal est supprimé. En plus l’administration pénitentiaire a décidé la fermeture de cantines et autres installations. Au début du mois, Ben-Gvir a également ordonné la suppression des boulangeries qui fournissent aux détenus le pain quotidiennement ainsi que la clôture ou la saisie de leurs comptes bancaires. Qadura Faris, responsable du Club des prisonniers palestiniens, a déclaré que les dernières mesures visaient à humilier et à briser la volonté des prisonniers et du peuple palestinien. Pas sûr qu’elles y parviennent car les détenus politiques palestiniens en ont vu d’autres. Rappelons qu’Israël détient actuellement 4 780 Palestiniens dans ses geôles, dont 160 enfants, 29 femmes et 914 détenus dits administratifs.

À plusieurs reprises, des militantes féministes ont manifesté devant le tribunal de Bagdad pour demander l’abrogation d’articles du Code pénal justifiant les crimes d’honneur à l’égard des femmes. Un des derniers en date de ces féminicides s’est produit dans la province de Diwaniya dans le sud du pays. Alors qu’elle visitait sa famille, une jeune femme de 22 ans, Tiba al-Ali, a été tuée par son père. Ce dernier lui reprochait, pêle-mêle, d’être une youtubeuse connue, d’avoir choisi de vivre seule en Turquie et d’avoir un « fiancé » qui n’avait pas été agréé par la famille. « Il est impossible qu’il ne s’écoule ne serait-ce qu’une journée sans qu’on entende parler d’une femme tuée, battue ou brûlée vive en Irak » a déclaré une des manifestantes, Esraa M. Salmane. Avocates et militantes féministes dénoncent l’inaction des autorités face aux violences domestiques, aux mariages précoces et aux crimes dits d’honneur. « Tant que les autorités irakiennes n’auront pas adopté de législation assez solide pour protéger les femmes et les filles des violences sexistes, nous continuerons à être témoins de meurtres aussi épouvantables que celui de Tiba Ali », a réagi Aya Majzoub, directrice régionale adjointe d’Amnesty International.

Après les profits faramineux affichés par les grands groupes pétroliers et gaziers, l’industrie du luxe, les grandes banques et quelques autres, c’est au tour d’Airbus d’annoncer un bénéfice record de 5,2 milliards d’euros pour 2022. Et ce malgré le fait que le constructeur n’a pu sortir l’an dernier de ses ateliers « que » 661 avions alors que son objectif était d’en produire 720. On est prié de sortir son mouchoir, mais surtout de se préparer à la lutte pour prendre l’argent où il est, dans la poche des patrons.

L’État a été condamné par la justice administrative à verser plus de 100 000 euros en réparation de préjudices à un manifestant éborgné en 2009 à Montreuil par un tir de lanceur de balles de défense (LBD). Joachim Gatti, à l’époque caméraman et monteur d’images, avait fait condamner en appel le policier fautif à 18 mois de prison avec sursis et 24 mois d’interdiction de port d’arme. Cette fois la cour a reconnu que sa blessure ne lui permettait plus de travailler, qu’elle l’avait partiellement défiguré et qu’il en avait souffert pendant des mois. Mais elle ne lui a accordé que 105 350 euros (alors que son préjudice avait été estimé à 150 500 euros) en lui reprochant d’avoir pris part à un « regroupement ayant montré une attitude agressive puis ayant été à l’origine de violences à l’encontre des forces de l’ordre ». Si lui-même n’a commis aucune violence, sa seule présence sur place est constitutive d’une « imprudence fautive » qui lui coûte 30 % de son indemnité. Un avertissement aux journalistes qui auraient l’idée saugrenue de couvrir une manifestation sans autorisation préalable de la police. Vive la liberté de la presse façon Darmanin.

Afin de « fluidifier » les processus de construction de nouveaux réacteurs nucléaires, le gouvernement a fait savoir qu’il voulait démanteler l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire. Cet organisme – formé d’experts et de scientifiques – est appelé à donner son avis sur les projets de construction de nouveaux réacteurs ou la prolongation de vie des réacteurs existant. Un contrôle qui gêne parfois les pouvoirs publics et n’est pas toujours en phase avec leurs desiderata. Alors exit l’Institut, qui sera amené à fusionner avec des organismes considérés comme plus dociles comme l’Autorité de sûreté nucléaire et le Commissariat à l’énergie atomique. Désormais ce sont les donneurs d’ordre qui auront le dernier mot en matière de sûreté nucléaire. C’est peut-être plus rapide mais nettement moins rassurant pour la population.

Plusieurs dizaines de journalistes et de militants des droits humains ont protesté à Tunis contre la politique répressive du pouvoir à l’égard des médias. « Non à la répression des journalistes », « Nous exigeons une presse indépendante et libre », « Honte à la présidence qui veut restreindre la liberté des journalistes », ont notamment scandé les manifestants rassemblés dans la capitale près des bureaux de la présidence du gouvernement. Certains arboraient du scotch rouge sur la bouche en allusion à la volonté prêtée au pouvoir de museler les médias. Des représentants d’ONG et des militants de la Ligue tunisienne des droits de l’homme ont participé à cette manifestation organisée à l’appel du Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT). Le week-end dernier, le président Kaïs Saïed a fait arrêter dix personnalités du monde de l’information dont Noureddine Boutar, patron de Mosaïque FM, une radio très écoutée dans le pays. Quant à Saïed – qui s’est arrogé les pleins pouvoirs en juillet 2021 – il continue d’affirmer que tous les journalistes poursuivis en justice le sont pour des délits de droit commun. Défense de rire… sous peine de se retrouver derrière les barreaux.

Les députés espagnols ont voté définitivement une loi créant un « congé menstruel » pour les femmes souffrant de règles douloureuses. Une mesure destinée, selon le gouvernement de gauche, « à briser un tabou ». Adopté par 185 voix contre 154 contre et 3 abstentions, ce texte fait du pays le premier en Europe et l’un des rares dans le monde à intégrer cette mesure dans sa législation – à l’instar de ce qui existe déjà au Japon, en Indonésie ou en Zambie. « C’est un jour historique pour les avancées féministes », a lancé sur Twitter la ministre de l’Égalité, Irene Montero, membre de la formation de gauche Podemos, alliée des socialistes au sein de l’exécutif. La loi prévoit aussi un renforcement de l’éducation sexuelle dans les écoles, ainsi que la distribution gratuite de moyens contraceptifs et de produits d’hygiène menstruelle dans les lycées. Pour sa part, le Parti populaire, principale formation de la droite, a voté contre, craignant un risque de « marginalisation » et de « stigmatisation » des femmes, et les « conséquences négatives sur le marché du travail » pour elles. Tant de sollicitude à leur égard est touchant venant d’une formation qui, ces dernières années, s’est opposée à toute législation en faveur des femmes, depuis le droit à l’IVG en passant par l’aggravation des peines à l’encontre des féminicides et des auteurs de violences de genre. Comment dit-on faux-culs en espagnol ?

Guillaume Pépy est surtout connu pour avoir dirigé la SNCF jusqu’en octobre 2019. Depuis lors cet ancien haut fonctionnaire et collaborateur de cabinets ministériels n’a pas chômé et a montré que pour lui le pantouflage bien rémunéré dans le secteur privé n’était pas un vain mot. Il est ainsi, simultanément, président du comité stratégique du groupe Lagardère, président d’Initiative France, réseau d’aide au financement des entreprises, président non-exécutif du groupe de maisons de retraite Orpea, senior advisor au cabinet de consultants Boston Consulting Group et chez Salesforce, un éditeur américain de logiciels, et administrateur de Chemours Inc., un groupe US de l’industrie chimique. Et comme cela ne suffisait pas, il vient de rejoindre Galileo Global Education, un géant de l’enseignement supérieur privé, qui l’a nommé président du conseil de surveillance de son école lyonnaise. Alors de deux choses l’une, soit il travaille non-stop 24 heures sur 24, week-end compris en sautant ses repas, soit il fait tout simplement bénéficier ses employeurs de son imposant carnet d’adresses. Ce qui est plus probable et nettement moins fatiguant.

Daniel Perrette, un homme de 38 ans, pris en charge aux urgences de l’hôpital Émile Muller et qui souhaitait être hospitalisé, a été renvoyé chez lui. Moins de 48 heures plus tard, il a été retrouvé mort par sa famille. « Il disait ne pas aller mieux. On ne l’a pas écouté. Le médecin de service lui a rédigé un courrier à remettre à son médecin traitant, dans lequel il est écrit qu’il présentait une hyperalgie au niveau de l’abdomen et évoquait l’évolution probable d’une pancréatite aiguë », a ainsi expliqué sa sœur. Le parquet a ouvert une enquête pour déterminer les responsabilités dans ce drame. Mais il n’est pas vraiment étonnant dans une situation où le service public de santé est en crise et souffre de sous-effectif et de sous-équipement chroniques. Aux urgences des hôpitaux, c’est souvent la course pour trouver des lits disponibles et nombre de patients sont laissés sur des brancards dans les couloirs, voire renvoyés chez eux. Dans ces conditions, les drames ne peuvent que se multiplier. Selon le syndicat Samu-Urgences de France, 43 décès « inattendus » ont été recensés aux urgences entre le 1er décembre 2022 et le 31 janvier 2023. Un nouveau signal d’alarme de la dégradation de la prise en charge des patients.