Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

La semaine dernière, TotalEnergies annonçait des bénéfices record de 19,5 milliards d’euros pour 2022. Dans la foulée, le patron du groupe, Patrick Pouyanné, évoquait la possibilité d’accorder une nouvelle ristourne aux automobilistes si le prix des carburants à la pompe dépassait deux euros le litre. Et depuis, on a vu les ministres courir les plateaux de télévision pour demander gentiment et poliment à Pouyanné de faire rapidement un geste dans ce sens. Dans cet exercice se sont distingués notamment le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, celui des comptes publics, Gabriel Attal et le porte-parle du gouvernement Olivier Véran. Tous se sont couchés devant ce grand patron. Un exercice qui fait d’ailleurs partie intégrante de leur job.

Ce sont les services d’information du gouvernement qui l’affirment : Borne a fait « un geste conséquent » envers Les Républicains afin de s’assurer de leur soutien parlementaire à la réforme des retraites. La cheffe du gouvernement a annoncé que ceux ayant commencé à travailler avant 21 ans n’auront pas à cotiser plus de 43 ans pour partir à la retraite. Ainsi un jeune qui a occupé son premier emploi à 17 ans pourra partir à 60 ans. Il suffisait d’y penser ! C’est ce que propose Le Pen depuis un an : abaisser l’âge légal du travail à 16,15, 14 ans, voire moins pour avoir une retraite à 60 ans. Le travail salarié des enfants, voilà l’avenir de nos retraites ! Et qui ose dire que ce gouvernement ne fait pas de social ?

La commission indépendante chargée d’estimer l’ampleur de la pédocriminalité au sein de l’Église catholique vient de rendre son rapport final. Elle estime à 4 815 le « nombre minimal » de victimes de violences sexuelles par des religieux depuis 1950. Il s’agit en général de mineurs venus de toutes les régions du pays et de toutes les catégories sociales. L’an dernier, le cardinal-patriarche de Lisbonne, plus haut prélat de l’Église locale, Manuel Clemente, s’était dit prêt à « reconnaître les erreurs du passé » et à « demander pardon » aux victimes. Cela ne mange pas de pain, d’autant plus que la plupart de ces crimes sont prescrits. Quant au pape, il avait promis de faire le ménage et de livrer une « bataille totale » contre la pédophilie. C’était en 2019. Et depuis on n’a rien vu venir. Il est vrai que les voies du Seigneur sont impénétrables. Amen.

Les scandales concernant Bernard Arnault, le patron du groupe de luxe LVMH, se succèdent mais ne sont que très rarement repris par la grande presse. Le dernier en date : Arnault est imposé à un taux de 14 %, équivalent à celui appliqué à un couple de cadres sans enfants gagnant à eux deux 100 000 euros par an. Dévoilé par Le Canard enchaîné, ce taux d’imposition, ridiculement bas pour l’homme le plus riche du monde, n’a été repris que par BFM Business. On comprend que les médias que possède le milliardaire (Les Échos, Le Parisien, Radio Classique) n’en soufflent mot, mais les autres ? Ce silence est peut-être lié au fait que, tous médias confondus, la presse nationale dépend à hauteur de 30 % de la publicité des sociétés du groupe LVMH. De quoi les faire réfléchir. Mais le quotidien Le Monde fait mieux. Son plus gros actionnaire, Xavier Niel, est à la ville le compagnon de la fille d’Arnault, Delphine, qui dirige la maison Dior, alors que son conseil de surveillance est présidé par Aline Sylla-Walbaum, directrice de Chaumet, joaillerie et horlogerie de luxe qui dépend de… LVMH. Ceci explique peut-être cela.

Dans le secteur de l’habillement, après Camaïeu et Kookaï, c’est au tour de Pimkie d’être sur la sellette. L’enseigne, qui possède 232 magasins en propre et 81 affiliés et emploie 1 500 salariés, devrait être reprise par un consortium qui procéderait à la fermeture de 100 magasins et au licenciement de 500 salariés. Notons que Pimkie appartient à la très riche famille Mulliez qui possède, entre autres, Décathlon, Auchan, Leroy-Merlin, Norauto, Flunch, etc. Elle aurait largement de quoi conserver ces emplois, quitte à diminuer et partager le temps de travail dans ses nombreuses enseignes. Mais elle préfère liquider partiellement et mettre sur le carreau plusieurs centaines de personnes. Comme dit le dicton : « les patrons ferment leurs entreprises aussi facilement que leurs portefeuilles. »

Aurore Bergé, présidente du groupe Renaissance qui réunit à l’Assemblée nationale les parlementaires macronistes, a accusé sur le plateau de BFMTV le député insoumis Louis Boyard d’avoir incité au cyber-harcèlement de certains parlementaires de droite qui avaient voté contre la création d’un repas à un euro dans les restaurants universitaires pour aider les étudiants dans le besoin. Boyard avait publié leurs noms sur les réseaux sociaux ce qui, selon Bergé, revenait à un délit de « délation ». C’est alors que le journaliste lui a fait remarquer qu’elle-même, en août dernier, avait publié la liste des députés Insoumis qui n’avaient pas voté la loi « pouvoir d’achat ». Qui se sent morveuse se mouche…

Des experts indépendants, mandatés par l’Union européenne de football (UEFA) pour enquêter sur les graves incidents qui avaient ponctué la finale du match Liverpool-Real Madrid le 28 mai 2022 au Stade de France à Saint-Denis, critiquent sévèrement les organisateurs de la compétition qui portent « la responsabilité première des échecs qui ont quasiment mené au désastre ». Mais ils n’en sont pas moins sévères avec les responsables des forces de police – en l’occurrence le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, et l’ex-préfet de police de Paris, Didier Lallement – qu’ils accusent d’avoir été incapables d’anticiper les évènements, d’avoir menti sur le nombre de faux billets en circulation et la pseudo-agressivité des supporters anglais, et d’avoir fait usage sans raison de gaz lacrymogènes, de sprays au poivre et de matraquages à l’égard de la foule massée devant les grilles. En résumé ils se sont montrés imprévoyants, incapables, menteurs et violents. Un portrait saisissant et au vitriol, mais criant de réalisme des responsables du maintien de l’ordre dans ce pays.

Dimanche 12 février, des centaines de milliers de personnes, près d’un million selon les organisateurs, ont manifesté dans la capitale espagnole pour réclamer des moyens pour la santé. La manifestation, organisée par des collectifs d’habitants, est la troisième de cette ampleur depuis trois mois dans la ville. Ils reprochent aux pouvoirs publics de favoriser les prestataires de soins privés au détriment des services de santé publique, surmenés et en difficulté financière. Il en résulte un système qui maltraite à la fois les professionnels et les patients. Une situation qu’on connaît bien également de ce côté des Pyrénées.
Défilant derrière une banderole proclamant « La santé ne se vend pas, elle se défend », les protestataires, par leur nombre et leur détermination, sont en passe de réussir à étendre le mouvement à toute l’Espagne. Et demain à la France ?

À Plastic Omnium, qui sous-traite les pare-chocs de PSA Rennes, les salariés ont obtenu 5 % d’augmentation, avec un minimum de 150 euros après une journée de grève fin janvier.
Presque au même moment, à 40 kilomètres, à Forvia, sous-traitant des planches de bord pour PSA, cinq jours de grève ont permis de gagner 6 % d’augmentation et le paiement d’une partie des jours de grève. Leur patron a vite cédé, car ça mettait PSA Rennes au chômage. Les centaines de travailleurs mobilisés en sont ressortis plus forts. Derrière la colère contre la réforme des retraites, toujours celle sur les salaires !