Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Un mois après le non-lieu prononcé dans le dossier pénal de la contamination au chlordécone – cet insecticide cancérigène utilisé jusqu’en 1993 par les planteurs de bananes et qui a contaminé une grande partie de la population antillaise – cinq Guadeloupéens ont décidé d’entamer une action en justice contre les gestionnaires de l’eau qui opèrent sur l’île. Ils leur reprochent notamment de fournir le précieux liquide par intermittence, vu la vétusté des réseaux et leur entretien défaillant, mais pointent également du doigt la qualité douteuse de l’eau distribuée qui parfois contient des niveaux élevés… de chlordécone. Leur avocat, Emmanuel Daoud, a donc déposé une plainte pour « exposition d’autrui à un risque immédiat de mort ou de blessure de nature à entraîner une mutilation ou une infirmité permanente ». Une façon de faire que ce scandale sanitaire ne retombe pas dans l’oubli. D’ailleurs plusieurs avocats des parties civiles vont contester le non-lieu rendu par les juges d’instruction dans cette affaire.

L’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique, qui a succédé au Conseil supérieur de l’audiovisuel, a annoncé avoir infligé une amende record de 3,5 millions d’euros à la chaîne de télévision C8 pour des insultes proférées par Cyril Hanouna à l’encontre du député insoumis du Val-de-Marne, Louis Boyard. En novembre 2022, dans l’émission Touche pas à mon poste, ce dernier avait vertement dénoncé les pratiques du groupe Bolloré en Afrique. Or Vincent Bolloré est le propriétaire du groupe Canal +, donc de C8. Hanouna avait alors volé au secours de son patron traitant Boyard, avec sa finesse habituelle, de « bouffon », « tocard », « abruti » et lui avait lancé « T’es qu’une merde ». Être le chien de garde de son maitre est un métier qu’Hanouna accomplit avec zèle. Et Bolloré est plutôt content de lui, même si les excès de son doberman télévisuel lui valent parfois une amende. Amende qui n’est cependant qu’une goutte d’eau, qui n’écorne guère son immense fortune évaluée à plus de six milliards d’euros.

De nombreux députés macronistes et Républicains ont accueilli par des applaudissements le rejet par l’Assemblée nationale d’une proposition de loi socialiste visant à rétablir, dans les restaurants universitaires, le repas à un euro pour tous les étudiants. Rappelons qu’un nombre grandissant d’entre eux fréquentent les banques alimentaires pour pouvoir manger tous les jours. La droite, qui ne trouve à rien à redire aux profits faramineux des pétroliers, trouve excessif de donner un coup de pouce aux étudiants et de plus s’en vante. Fripouilles et fiers de l’être.

Depuis plusieurs semaines, des groupes d’extrême droite comme « Alternative patriotique » ou « Grande-Bretagne d’abord » multiplient les manifestations devant les hôtels où sont hébergés des migrants pour demander leur expulsion. On a ainsi vu ces groupes intervenir ces derniers jours à Londres, Liverpool, Manchester, Nottingham mais aussi à Erskine en Écosse. Ils sont encouragés par des conservateurs comme le député Ben Bradley qui a déclaré à la presse : « Je comprends totalement le sentiment de ceux qui manifestent » ajoutant qu’il n’était pas acceptable que « des gens arrivent ici illégalement puis sont installés dans des hôtels où l’on paie leurs factures pour le logement, la nourriture et tout le reste alors que les Britanniques se battent tous les jours pour vivre ». Une façon d’opposer les couches les plus pauvres de la population aux migrants en rendant ces derniers responsables de la situation catastrophique du pays. Une ficelle un peu grosse qui jusqu’à présent n’a pas marché mais que les Tories ne cessent d’utiliser pour justifier leur politique anti-migrants.

Le président Recep Tayyip Erdoğan a fustigé la multiplication des critiques qu’il estime « malhonnêtes » et qui dénoncent la lenteur de l’arrivée des secours sur les lieux dévastés par le récent tremblement de terre qui a fait plus de 19 000 morts. Certains mauvais esprits ont en effet remarqué qu’Erdoğan était plus prompt à envoyer des tanks et des avions dans les zones habitées par les Kurdes que des ambulances et des pompiers dans les régions touchées par le séisme. Il a donc réagi. D’abord en faisant arrêter et mettre en prison une douzaine de ses opposants, puis en rendant inaccessibles plusieurs fournisseurs d’accès Internet. Car ce qu’il craint par-dessus tout est que sa gestion chaotique de cette catastrophe le handicape dans la prochaine élection présidentielle qu’il a fixée le 14 mai prochain. Alors il cogne. On ne se refait pas.

La lettre d’analyse financière Vernimmen.net affirme que les entreprises du CAC 40 ont versé en 2022 près de 80 milliards d’euros à leurs actionnaires, dont 56,5 milliards sous forme de dividendes (contre 46 milliards en 2021 et 28,6 en 2020) et 23,7 milliards sous forme de rachats d’actions. Et 2023 s’annonce encore meilleur. De son côté le cabinet d’investissement Allianz Global Investors estime qu’à l’échelle du Vieux Continent les dividendes touchés par les actionnaires ont atteint un record de 383 milliards en 2022 et devraient progresser pour atteindre 387 milliards cette année. Le fameux « les patrons peuvent payer » n’est pas qu’un slogan, mais une réalité sonnante et trébuchante.

L’Association nationale des gens du voyage a annoncé son intention de porter plainte contre Hervé Marseille, président du parti centriste Union des démocrates et indépendants (UDI) et sénateur des Hauts-de-Seine. Ce dernier, à l’occasion du débat sur les retraites, avait accusé La France insoumise de « transformer l’Assemble nationale en camp de gitans ». Ajoutant ensuite : « Ce n’est pas les Saintes-Maries-de-la-Mer », fine allusion au pèlerinage annuel des gens du voyage dans ce village de Camargue. Ce sénateur aurait toute sa place au Rassemblement national.

Coucou, le revoilà ! Éric Zemmour, le polémiste d’extrême droite raciste et machiste que l’on avait un peu oublié ces derniers temps après sa veste à la présidentielle, tente son come-back. Pour ce faire, il a donné une interview sur BFMTV dans laquelle il dit tout le bien qu’il pense de la réforme des retraites qu’il serait prêt à voter… s’il était député. Ce qui n’est pas le cas. Et, avec sa modestie habituelle, il sous-entend qu’Élisabeth Borne lui a piqué l’idée de la retraite à 64 ans et de la pénalité pour les entreprises qui n’emploieraient pas suffisamment de seniors. Le soutien de Zemmour à cette réforme s’ajoute à ceux manifestés par le milliardaire américain Elon Musk, suivi sur ce terrain par le patron de TotalEnergies, Patrick Pouyanné. Tous des experts en matière de progrès social et de justice…

Vingt milliards d’euros de bénéfices : c’est le montant pharamineux des profits que TotalEnergies a annoncé pour 2022. Une somme stratosphérique obtenue par l’exploitation de ses plus de 100 000 salariés dans le monde, une contribution majeure au dérèglement climatique en raison de son activité débridée dans les énergies fossiles et la guerre en Ukraine qui lui a permis de rançonner les consommateurs. Pendant ce temps, le gouvernement s’évertue à nous expliquer qu’un déficit hypothétique pour les années futures du système de retraite nous obligerait à travailler jusqu’à 64 ans avec des salaires de plus en plus réduits par une inflation galopante.
Il est vrai que, dans la société capitaliste, le malheur des uns fait le profit des autres.

 
Voir aussi le communiqué du NPA du 8 février