Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Dans la traditionnelle présentation de ses vœux à la population, Emmanuel Macron a adopté la méthode Coué. À l’en croire, tout va très bien. Les institutions sont solides, les services publics fonctionnent bien, la croissance économique tient, la recherche se porte comme un charme, l’inflation est faible et le chômage recule. On en vient à se demander si l’on parle du même pays avec des hôpitaux surchargés, une éducation nationale en triste état, des services publics défaillants, une crise parlementaire qui se poursuit et la population laborieuse qui a de plus en plus de mal à joindre les deux bouts. Le seul point où il n’exagère pas trop c’est lorsqu’il vante l’excellente santé des forces armées dont le budget saigne chaque jour un peu plus les finances du pays et n’a jamais été aussi élevé.

Encore un recul du gouvernement sur une mesure écologique largement symbolique. L’interdiction des gobelets jetables comportant du plastique devait entrer en vigueur à compter du 1er janvier 2026. Elle est finalement ajournée à 2030. Le ministère de la Transition écologique et celui de l’Économie et des Finances ont invoqué la « faisabilité technique d’une absence de plastique dans les gobelets » pour justifier ce report. Plus prosaïquement les industriels s’opposaient à la mesure jugée trop coûteuse et le gouvernement a obtempéré. Comme toujours.

Après les femmes, qui continuent de défier le pouvoir au quotidien depuis les grandes mobilisations de 2022, d’autres catégories sont entrées en lutte pour protester notamment contre la vie chère, l’hyperinflation, les coupures d’eau et d’électricité, etc. Ce sont les commerçants, notamment ceux du Bazar de Téhéran, qui ont lancé le mouvement en fermant boutique pour dénoncer l’effondrement de l’économie iranienne, durement touchée par les sanctions prises par les pays occidentaux, au premier rang desquels les États-Unis et l’Union européenne. Ils ont été bientôt rejoints par les étudiants des universités de Téhéran, de Behesti et de Sharif qui ont ajouté aux revendications économiques des slogans politiques contre la dictature des ayatollahs. Pour tenter d’endiguer le mouvement, le gouvernement a décidé de fermer les universités et tous les établissements scolaires, officiellement « en raison du froid » tout en promettant de faire preuve de « fermeté » contre toute tentative de déstabilisation du régime. Mais, pour l’instant, les manifestations se poursuivent.

À partir d’aujourd’hui, le gouvernement israélien interdit à plus d’une trentaine d’organisations humanitaires – dont Médecins sans frontières, Oxfam, Care, Caritas, etc. – d’intervenir dans la bande de Gaza pour aider la population civile qui souffre de la faim, du froid, des conditions d’hygiènes déplorables, du manque de médecins et d’hôpitaux. Les raisons invoquées : les liens supposés avec « les terroristes » du personnel de certaines ONG. Un prétexte déjà mis en avant pour assassiner des journalistes et des professionnels des médias, des médecins, des soignants et des travailleurs humanitaires. Alors que la situation à Gaza reste catastrophique, Netanyahou et sa clique font tout pour aggraver les choses. Ainsi cette semaine l’agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens a affirmé, dans un communiqué, que « des provisions, des abris ainsi des colis alimentaires pour 1,1 million de personnes sont stockés à la frontière et prêts à entrer à Gaza » pour faire face aux fortes pluies et aux vents violents qui ont frappé le territoire ces derniers jours mais que les autorités israéliennes l’empêchent d’acheminer cette aide. Génocidaires un jour, génocidaires toujours.

Le géant du luxe LVMH, qui appartient au milliardaire Bernard Arnault, continue d’accroître sa mainmise sur le secteur médiatique. Déjà propriétaire du Parisien-Aujourd’hui en France et des Échos, il vient de racheter trois autres titres : le magazine économique Challenges et les revues scientifiques Sciences et Avenir et La Recherche. Il dame ainsi le pion à ses concurrents notamment le groupe Bolloré (CNews, Canal Plus, Journal du dimanche) CMA Média de Saadé (BFMTV, RMC, Brut, La Provence, Corse matin) et Xavier Niel (Le Monde, Télérama, Courrier international, La Vie, Le HuffPost, Le Monde diplomatique, Le Nouvel Obs). Plus de 80 % des médias du pays sont entre les mains d’une poignée de milliardaires. La liberté de la presse est mal barrée.

On est habitué à voir CNews, la chaine d’information en continu d’extrême droite du milliardaire Vincent Bolloré, être condamnée pour ses propos sexistes, racistes, homophones et anti-migrants. Mais une première : elle vient de se voir infliger une amende de 20 000 euros par le Conseil d’État pour désinformation climatique. Sur son antenne, l’économiste Philippe Herlin, soutien d’Éric Zemmour, avait déclaré sans être contredit : « Le réchauffement climatique anthropique est un mensonge, de l’ordre du complot. Et pourquoi cela a autant de poids ? Parce que ça justifie l’intervention de l’État dans notre vie, et ça absout l’État de devoir diminuer ses dépenses publiques. C’est une forme de totalitarisme. » Résultat des courses, l’Autorité de régulation de la télévision (Arcom) l’avait condamné en juillet 2024. Mais, comme à son habitude, CNews avait crié au scandale et à la liberté d’expression qu’on assassine. Elle avait donc décidé de faire appel devant le Conseil d’État… qui a confirmé l’amende. Rendez-vous à la prochaine fake news…

Les médias en général, et la presse Bolloré en particulier, nous ont bassinés sur le fait que l’homme qui, le 26 décembre dernier, avait légèrement blessé trois femmes au couteau dans le métro parisien était un migrant en situation irrégulière qui faisait de plus l’objet d’une obligation de quitter le territoire français. Et de se lamenter sur le laxisme de la justice, sur les migrants qui créent l’insécurité partout où ils passent, sur l’invasion migratoire, etc. Sauf que le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a fait machine arrière et a reconnu un « dysfonctionnement » de ses services. En fait l’homme en question, qui a été hospitalisé en psychiatrie après la levée de sa garde à vue, est d’origine malienne mais a obtenu la nationalité française en 2018. Un citoyen français donc. Mais qu’importe, pour la droite et ses soutiens tout est bon pour alimenter la xénophobie.

Début décembre, lors du tirage au sort du Mondial 2026, à Washington, Gianni Infantino, le président de la Fifa, le fédération internationale de football, avait remis Trump un prix de la paix créé de toute pièce par son organisation dans le seul but de flatter le locataire de la Maison-Blanche, toujours sensible à la flagornerie. Et l’histoire vient de se répéter. C’est cette fois le génocidaire bien connu Benyamin Nethanyahou vient de décerner le prix israélien de la paix au locataire de la Maison-Blanche. La paix en question est probablement celle des cimetières que tant le président américain que le Premier ministre israélien alimentent à coups de bombes, d’interventions militaires tous azimuts et de massacres des populations civiles. De grands pacifistes on vous dit !

Selon l’ONG espagnole Caminando Fronteras, 3 090 migrants ont perdu la vie en 2025 en essayant de rallier l’Espagne par la route migratoire de l’Atlantique, entre l’Afrique et les îles Canaries. Parmi les victimes figurent 437 enfants. Selon les chiffres officiels, 35 935 migrants sont entrés dans le pays de façon irrégulière entre le 1er janvier et le 15 décembre de cette année. Et s’il y a eu une baisse « significative » des arrivées aux Canaries, l’association mentionne une nouvelle route « plus lointaine et plus dangereuse » avec des départs depuis la Guinée. Caminando Fronteras a également noté une hausse du nombre de bateaux quittant l’Algérie, principalement à destination des îles des Baléares Ibiza et Formentera en Méditerranée. Le nombre de morts sur cette route a doublé par rapport à 2024, pour atteindre 1 037 cette année. Les traversées sont rendues d’autant plus dangereuses que les pays d’origine (Mauritanie, Sénégal, Gambie, Guinée-Conakry, etc.) multiplient les mesures pour empêcher les départs.