Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Nouveau rebondissement dans le scandale des laits infantiles potentiellement contaminés et commercialisés par les trusts de l’agroalimentaire Nestlé et Lactalis. Un nourrisson est décédé à l’hôpital Haut-Levêque de Pessac, dans la banlieue bordelaise après avoir été admis pour des troubles digestifs. Il avait été alimenté avec du lait infantile de la marque Guigoz du groupe Nestlé. En outre, dans le Maine-et-Loire, le parquet a ouvert une enquête après la mort d’un autre nourrisson survenue le mois dernier au CHU d’Angers dans des circonstances semblables. Un scandale sanitaire qui ne parait guère affecter ces champions de l’agrobusiness qui, même s’ils sont reconnus coupables, s’en tireront avec une amende qui écornera à peine leurs fabuleux profits.

La plus grande ferme terrestre de saumons du monde pourrait bientôt s’implanter dans le terminal portuaire du Verdon-sur-Mer. L’entreprise Pure Salmon, financée par un fonds d’investissement singapourien, ambitionne d’installer 24 bassins pour produire près de deux millions de poissons par an. Ses opposants pointent du doigt le fait que ce projet « complètement démesuré », gourmand en eau et en énergie, menace l’écosystème de l’estuaire, le plus grand et le plus sauvage d’Europe, qui pâtirait des rejets de boues, au détriment de la pêche et de la conchyliculture locales. Ils dénoncent aussi l’entassement des poissons dans les bassins et la qualité de leur nourriture faite de farine et d’ huile issues de poissons pêchés en Afrique de l’Ouest et de soja d’Amérique latine. Sur le terrain plusieurs centaines d’opposants se sont rendus sur le site prévu pour la future usine, à la veille de la clôture de l’enquête publique qui a enregistré plus de 20 000 contributions, quasi toutes défavorables. Dans ce débat, la Commission locale de l’eau, le Bureau de recherches g et Minières et le Conseil scientifique de l’estuaire de la Gironde ont rendu des avis eux aussi défavorables. Mais le projet va de l’avant, fort de l’appui d’une partie des collectivités locales à la recherche d’une manne financière et de la bienveillance du ministère de la Mer.

Santé publique France vient de rendre publique la première enquête épidémiologique sur le bien-être et la santé mentale d’enfants scolarisés du CP au CM2 dans l’Hexagone. Et elle pointe du doigt que le harcèlement est « l’un des principaux facteurs susceptibles d’impacter la santé mentale des enfants, avec des conséquences sur leur vie à court et moyen termes ». 16 % des enfants de 6 à 11 ans présentent un trouble de santé mental. Sans surprise, parmi les enfants harcelés, la majorité sont des filles alors que les garçons sont plus nombreux parmi les harceleurs. En moyenne, dans une classe de trente élèves, près de cinq sont harcelés et près de cinq agresseurs, en sachant qu’un enfant peut passer d’un statut à l’autre, voire cumuler les deux, être à la fois harcelé et harceleur. Toujours selon Santé publique France, les enfants concernés « sont le plus souvent issus de familles monoparentales, avec un parent ayant un niveau de diplôme inférieur ou équivalent au baccalauréat, et déclarant une situation financière perçue comme difficile ». Bref de milieu pauvre. Et si l’enquête ne se penche pas sur les causes profondes du phénomène il est évident que des enfants élevés dans une société traversée par toutes sortes de violences, d’inégalités, d’injustices, de discriminations de toutes sortes (d’orignes, de genres, de cultures, de richesses…) ont de fortes chances de se sentir mal dans leur peau et de reproduire des comportements agressifs.

À la suite d’une visite de quatre prisons et d’un établissement pénitentiaire pour mineurs, le Comité pour la prévention de la torture (CPT) du Conseil de l’Europe a dénoncé l’état des prisons françaises, les comparant à des « entrepôts humains ». Au cours de ces dernières années, de nombreux rapports ont signalé cette situation mais les conditions de détention ont continué à se dégrader. « Nous sommes extrêmement inquiets quant aux conditions d’incarcération en France », a déclaré Alan Mitchell son président dans un communiqué. Et de s’en prendre sans le nommer au ministre de la Justice, Gérald Darmanin, qui veut ouvrir d’ici un an et demi 3 000 places supplémentaire dans des prisons modulaires, en écrivant : « Le CPT est fermement convaincu que la construction de nouvelles prisons ou l’augmentation de la capacité des prisons ne constituent pas une solution durable au problème de la surpopulation. » Mais de cela Darmanin s’en moque. Il veut emprisonner à tout-va et rendre plus difficiles les libérations. Les prisons sont un enfer qui reflète l’image d’une société pourrissante.

Dans son rapport annuel sur l’état du sexisme dans le pays, le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, un organisme rattaché à Matignon, alerte sur les risques liés au masculinisme, une idéologie qui défend la suprématie masculine et accuse les femmes d’être à l’origine d’une dégradation des conditions des hommes et de leur rôle. C’est une forme de sexisme poussé à l’extrême et qui peut aboutir à des drames, notamment des féminicides. Selon ce rapport, la France « accuse un retard préoccupant dans l’identification et le traitement de ce phénomène », alors que d’autres pays, comme le Canada et le Royaume-Uni l’ont intégré à leurs dispositifs de lutte contre l’extrémisme violent. Et pour cause. Au Canada, en 1989, un homme qui se revendiquait antiféministe a tué par balles 14 femmes à l’école Polytechnique de Montréal. En France, un homme de 18 ans a été interpellé l’été dernier à Saint-Étienne (Loire) car il était suspecté de vouloir attaquer des femmes avec des couteaux. Dénoncer le masculinisme est une bonne chose. Cependant le faire disparaître ne sera possible qu’en changeant radicalement l’image et la position de la femme dans toutes les sphères sociales. Mais il ne faut pas compter sur la société bourgeoisie pour faire ce travail.

Le groupe bancaire Société générale annonce une réorganisation qui va se traduire par la suppression de 1 800 postes en France d’ici à fin 2027. Cette réduction d’effectif n’a rien à voir avec des difficultés quelconques que rencontrerait la banque mais a uniquement pour but de faire monter son action en bourse. En février 2024, la banque avait déjà annoncé la suppression d’environ 900 postes à son siège. Et cela a payé… pour les actionnaires. L’an dernier, son action a fait un bond de 153 % à la Bourse de Paris, la meilleure performance de l’indice CAC 40, et sa capitalisation a franchi le seuil symbolique de 50 milliards d’euros. Encore une fois les salariés sont les grands perdants de l’opération.

Donald Trump a signé à Davos (Suisse) la charte fondatrice de son fameux « Conseil de paix », en présence d’une vingtaine de chefs d’États et de gouvernements ayant accepté l’invitation à rejoindre cet organisme. Un grand absent cependant : le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou qui avait un des premiers à soutenir l’initiative trumpiste. Et pour cause. Son absence fait suite à l’annonce de la Suisse, qui se dit juridiquement tenue de coopérer avec la Cour pénale internationale et de valider le mandat d’arrêt émis à son encontre pour crimes de guerre commis à Gaza. Netanyahou a préféré ne pas prendre de risque et rester chez lui. L’exemple suisse est d’autant plus frappant que d’autres États qui reconnaissent la CPI ont fait savoir au cours des mois qu’ils n’appliqueraient pas ce mandat d’arrêt. Parmi ces derniers la Hongrie, l’Allemagne… et la France qui a laissé à plusieurs reprises Netanyahou survoler son espace aérien en toute impunité. Le respect du droit international par Macron et d’autres est à géométrie variable.

La classe « Optimum », un nouveau service lancé par la SNCF début janvier, entendait offrir à sa clientèle un voyage calme et sans enfants. En effet ces espaces réservés au sein des TGV étaient interdits au moins de 12 ans et proposaient « un voyage de haute qualité ». Sur le site de la SNCF figurait parmi les « avantages à voyager dans l’espace dédié Optimum » le fait que « les enfants ne sont pas acceptés » afin de « garantir un maximum de confort à bord… ». Donc pas question de voyager en famille en classe « Optimum ». Devant le tollé provoqué par cette mesure, et après intervention de Sarah El Haïry, la Haute-commissaire à l’Enfance, la SNCF a modifié son site et précise que si l’« espace calme » est « accessible à partir de 12 ans… les plus petits sont bien sûr les bienvenus dans le reste du train ». Dans les soutes à bagages ou le compartiment des encombrants par exemple…

Vincent  Jeanbrun, le ministre du Logement, a décidé d’appuyer la proposition du sénateur centriste Michel Canévet visant à comptabiliser les cellules des prisons comme des logements sociaux, au même titre que les HLM. Objectif : contourner la loi relative à la solidarité et au renouvellement urbains qui impose aux communes de plus de 3 500 habitants de compter au moins 25 % de logements sociaux. Celles qui s’y refusent, en général les plus riches, doivent acquitter chaque année une pénalité financière. Le projet de loi en question permettrait de gonfler sur le papier le nombre de logements sociaux sans avoir besoin d’en construire. En si bon chemin, on pourrait aussi comptabiliser comme HLM les cellules des commissariats de police, les centres de rétention administrative, les hôpitaux, les internats des établissements scolaires, etc. La liste est infinie. Et tout ça parce que certains maires ne veulent pas loger des familles modestes dans leur pré-carré. Malheur aux pauvres !