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Brèves

L’actualité en bref

À l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le sida, un sondage Opinionway a montré que plus d’un jeune homme de 16 à 34 ans sur trois (37 %) consulte sur les réseaux sociaux des contenus masculinistes, c’est-à-dire promouvant la suprématie ou la préservation de la domination des hommes. Parmi ceux de 25-34 ans connaissant des influenceurs masculinistes, un sur deux (51 %) estime que leurs contenus « disent enfin la vérité ». Cela s’accompagne d’une montée spectaculaire des discours masculinistes sur les réseaux sociaux. Un sexisme qui infecte toute la société capitaliste et qui ne disparaitra qu’avec elle.

« Gouverner c’est prévoir ! » Une maxime que devrait méditer Stéphanie Rist, la ministre de la Santé. Depuis plusieurs semaines elle a lancé dans les médias une vaste campagne de communication pour inciter les personnes à risque (âgées, diabétiques, femmes enceintes…) à se faire vacciner contre la grippe. Excellente initiative. Mais, alors que l’épidémie n’a pas encore commencé, les pharmaciens s’inquiètent déjà du manque de vaccins disponibles, leurs réserves actuelles étant pratiquement épuisées. Le ministère a pointé du doigt le succès inattendu de la campagne pour expliquer la situation et a promis de débloquer des stocks. Une annonce accueillie avec scepticisme par la profession. Le président de l’Union des syndicats des pharmacies d’officine, Pierre-Olivier Variot, a évoqué des expériences malheureuses avec la vaccination anti-Covid en espérant que la promesse de la ministre ne serait pas du genre : « Je commande aujourd’hui mais je n’ai les doses que dix jours plus tard. » S’il s’était agi de planifier non la distribution de vaccins mais de drones de combat aux forces armées, on peut parier que la planification gouvernementale aurait été plus efficace.

Le locataire de l’Élysée a annoncé qu’il voulait étendre l’an prochain aux lycéens l’interdiction des portables. Une déclaration qui se voulait choc mais qui a été accueillie avec scepticisme par les directeurs de lycée, les syndicats d’enseignants, les parents d’élèves… et nombre de lycéens. Et pour cause. Les téléphones portables sont déjà interdits dans les collèges par une loi de… 2018. Dans les faits elle n’est guère appliquée. À tel point que le ministère de l’Éducation nationale a remis le couvert en lançant en 2024-2025 le dispositif « portable en pause » qui contraint les élèves à les laisser dans des casiers, mallettes ou pochettes si nécessaire. Et là encore avec un succès des plus limité. Personne ne nie que l’utilisation excessive du smartphone chez les adolescents, et plus généralement le temps passé quotidiennement devant les différents écrans, est devenu un fait de société qui pose des problèmes d’apprentissage, de socialisation et de santé publique. Mais, comme le rappelle Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU (collèges et lycées) le président « passe à côté de l’enjeu essentiel, celui de la prévention, de l’information, de la régulation de tous les outils numériques ». Comble d’hypocrisie, Macron prétend que cette mesure devrait permettre aux adolescents de mieux apprendre… au moment même où il continue de supprimer des postes d’enseignants, de psychologues, d’accompagnants, de surveillants et de travailleurs sociaux dans l’Éducation nationale.

Trois députés du Rassemblement national, accompagnés d’un membre du site d’extrême droite Boulevard Voltaire, ont fait irruption sur le campus de Villetaneuse de la Sorbonne (Seine-Saint Denis) et y ont tourné des vidéos sans autorisation. Ils prétendaient « vérifier sur place » les affirmations d’un article d’un autre média d’extrême droite, l’hebdomadaire Valeurs actuelles, qui présentait le campus comme « le temple du communautarisme musulman ». Le ministère de l’Enseignement supérieur, la présidence de l’université Sorbonne-Paris-Nord, qui accueille 26 000 étudiants et l’association des présidents d’universités ont dénoncé la venue de ces parlementaires « sans autorisation ». « Cette intrusion intervient dans un contexte où certains médias présentent notre université comme un espace livré à des logiques identitaires. Ces mises en scène construisent une image déformée, éloignée des réalités de nos campus », a également assuré la présidence de Sorbonne-Paris-Nord sur son site. Et de conclure : « La diversité sociale, culturelle et intellectuelle qui traverse notre établissement est une force. » Une diversité que n’apprécient pas les fachos de tout poil, dont ceux du Rassemblement national, qui trouvent tous les prétextes pour alimenter leur campagne anti-arabe et anti-musulmane.

Emmanuel Macron s’est entretenu avec le chef du Conseil présidentiel de la refondation de la république de Madagascar, et lui a « proposé l’appui de la France ». Le président en question, le colonel Michael Randrianirina, est arrivé au pouvoir lors d’un coup d’État militaire, mi-octobre, après un important mouvement de contestation contre la corruption et la pauvreté qui avait provoqué la chute et la fuite à l’étranger de son prédécesseur, Andry Rajoelina. En s’emparant du pouvoir, l’armée, dont une partie avait activement participé à la répression des manifestations, voulait couper les ailes à la mobilisation populaire tout en faisant mine de se rallier à elle. Un détail pour Macron qui – au-delà quelques phrases ronflantes sur le « retour à la démocratie » ou « la préservation de l’État de droit » – veut surtout s’assurer que les intérêts des capitalistes français dans le pays ne sont pas menacés.

Zelensky a annoncé que son chef de cabinet, Andrïy Iermak, a remis sa démission après la perquisition de son domicile par l’agence anti-corruption. Âgé de 54 ans, il est considéré comme le deuxième homme le plus influent d’Ukraine, après le président. Sa démission intervient deux semaines après la révélation d’un scandale de fraude d’ampleur dans le secteur énergétique qui avait déjà conduit à la démission de deux ministres et à plusieurs arrestations, dont celle d’un ami intime du président. Cette corruption porterait sur une somme d’au moins 86 millions d’euros. En Ukraine, comme ailleurs, la guerre est l’occasion pour les profiteurs de tout poil de s’en mettre plein les poches. Au nom du patriotisme évidemment…

Le groupe d’experts sur le Smic a recommandé au gouvernement de ne pas revaloriser le salaire minimum au-delà de son augmentation mécanique qui sera d’environ 1,4 % au 1er janvier prochain. Si cette recommandation est suivie d’effet, le Smic, aujourd’hui à 1 426,30 euros net par mois (1 801,80 euros brut), augmentera d’un peu moins de 20 euros pour s’établir à 1 446 euros net environ. Pour expliquer leur décision les « experts » mettent en avant « le ralentissement du marché du travail » et « le niveau élevé du Smic par rapport au salaire médian ». Depuis sa création, en 2008, ce groupe d’experts n’a jamais préconisé un seul coup de pouce. Il faut dire qu’aucun d’entre eux ne sait ce que c’est de vivre avec moins de 1 500 euros par mois. Aujourd’hui, alors que la pauvreté continue de progresser, un Smic décent ne devrait pas être inférieur à 2 000 euros net mensuels.

Lancée vendredi dernier, la collecte publique des banques alimentaires se termine ce dimanche. « En ce moment, la demande est forte et nos rayons sont très vides, nous sommes notamment à court d’huile et nous avons besoin de produits pour bébés », a expliqué Jean-Louis Duprez, le président de la Fédération française des banques alimentaires. Il a ajouté que parmi les bénéficiaires, « il y a toujours des personnes seules avec enfants, des personnes âgées avec une faible retraite mais depuis quelques années, on voit aussi des personnes en CDI qui ont du mal à joindre les deux bouts, à cause de l’inflation ». On estime que 2,4 millions de personnes en situation de grande précarité sont accompagnées par les banques et ses associations partenaires. Au total, la Fédération collecte et achète chaque année sur tout le territoire plus de 128 000 tonnes de produits, soit l’équivalent de 223 millions de repas fournis. Chiffre qui progresse chaque année et qui montre à la fois l’appauvrissement de la population et le désengagement de l’État qui se décharge de ses responsabilités sur les associations d’entraide.

Avec la bénédiction du gouvernement, le conseil d’administration du musée du Louvre a approuvé l’instauration, à partir du 14 janvier prochain, d’une tarification différenciée pour les visiteurs en fonction de leur origine géographique. Les ressortissants hors Espace économique européen devront alors payer leur billet d’entrée 32 euros contre 22 euros actuellement, soit une augmentation de 45 %. L’objectif de la mesure est de générer des recettes supplémentaires de l’ordre de 15 à 20 millions d’euros par an afin de financer les rénovations et la création de nouveaux espaces. On annonce dans la foulée que le château de Versailles et quatre autres établissements verront également leurs tarifs augmenter. Encore une fois, on va demander aux visiteurs de suppléer à la carence de l’État et, de plus, en discriminant selon les nationalités. Ce qui est proprement scandaleux. Les lieux de culture devraient être ouverts à tous et à toutes gratuitement. Mais dans cette société tout se paie et la culture est une marchandise comme une autre.