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Brèves

L’actualité en bref

L’association de défense des consommateurs UFC-Que Choisir alerte sur une hausse de 16 % du prix de l’eau potable ces 30 derniers mois, alors qu’il était relativement stable les deux années précédentes. Cette augmentation est due essentiellement au coût de la dépollution qui monte en flèche. Pendant longtemps, ce sont des communes rurales qui étaient impactées, mais aujourd’hui certaines villes moyennes commencent à être touchées. De plus, la part des réseaux où l’eau potable est conforme à la réglementation est en recul. « Seulement 85 % des réseaux sont conformes à l’ensemble des critères réglementaires, soit un recul de dix points par rapport à la précédente enquête de 2021 », s’inquiète l’étude basée sur les résultats de 30 millions d’analyses réalisées pour le compte des Agences régionales de santé. Cette dégradation de l’eau est provoquée essentiellement par les pollutions aux pesticides, surtout liées aux pratiques agricoles. À l’avenir, le coût de la dépollution devrait augmenter car les investissements dans des techniques nouvelles et plus efficaces, comme la filtration membranaire, se chiffrent en milliards d’euros. Et qui au final paiera tout cela : le consommateur… comme d’habitude.

L’an prochain, la mise à jour des fichiers de logements entraînera une hausse de la taxe foncière pour 7,4 millions d’entre eux. Cette augmentation est justifiée par des « critères de confort » qui n’auraient pas été pris en compte antérieurement et qui s’ajoutent à la surface en mètres carrés desdits logements. Et quels sont ces « critères de confort » ? La présence d’eau courante, d’électricité, de WC ou de lavabos dans les lieux d’habitation. Ce qui, au 21e siècle, paraît un minimum. Et ce ne sont pas les logements luxueux qui seront visés. En fait cette mise à jour est un prétexte pour ponctionner chaque propriétaire de logement modeste de 63 euros en plus par an et cela devrait rapporter 466 millions d’euros supplémentaires. L’État reversera ensuite cette somme aux collectivités locales qu’il n’a cessé de ponctionner ces dernières années et dont certaines sont en burn-out. Pour les calmer l’État pioche donc, à nouveau, dans la poche des contribuables, des propriétaires d’abord mais aussi des locataires puisque l’augmentation de la taxe se répercutera sur les loyers. Ce que la ministre des Comptes publics, Amélie de Montchalin, qualifie avec culot de « question d’efficacité et d’équité de l’impôt ». Question équité elle repassera. 

Le trust Nestlé Waters se frotte les mains. En effet, le tribunal judiciaire de Nanterre (Hauts -de-Seine) a autorisé Perrier, un des fleurons du groupe, à poursuivre la vente de son eau en bouteille en mentionnant « eau minérale naturelle » alors qu’elle ne l’est plus vraiment. C’est l’association de consommateurs UFC-Que choisir qui avait introduit une action en justice en pointant que la pratique de la micro-filtration par Perrier sur son eau faisait perdre à cette dernière sa qualité « naturelle ». Dans leur grande sagesse, les juges ont estimé qu’il n’y avait pas de quoi fouetter un chat et qu’il n’était pas question d’embêter la multinationale avec des broutilles et de l’empêcher de s’en mettre plein les poches. La protection des consommateurs attendra. 

Lors d’une réunion à l’Élysée consacrée au narcotrafic, Emmanuel Macron, comme ses ministres avant lui, s’en est surtout pris aux consommateurs de drogue, qu’il a qualifiés de « bourgeois de centre-ville », complices de fait des réseaux de trafiquants. Depuis le récent assassinat d’un jeune à Marseille, le président et plusieurs de ses ministres ont montré à nouveau les muscles en promettant de nouvelles mesures policières, visant tout à la fois les consommateurs et les trafiquants. Pourtant, bien que le cadre répressif en France soit considéré comme un des plus sévères en Europe, la consommation de drogue ne cesse d’augmenter. Le nombre de personnes ayant pris au moins une fois de la cocaïne sur l’année a presque doublé entre 2022 et 2023 (derniers chiffres disponibles), passant de 600 000 à 1,1 million. La même tendance s’observe concernant la MDMA-ecstasy, alors que l’on compte toujours 5 millions de consommateurs de cannabis. Des chiffres alarmants, qui tendent surtout à démontrer l’inefficacité de l’action gouvernementale sur les usagers, malgré des propos toujours plus culpabilisants. Dans ce contexte, les spécialistes des addictions pointent tous un parent pauvre : la prévention. Le gouvernement a en effet au cours des années fait le choix de raboter les crédits alloués à la lutte contre les pratiques addictives qui permettent de soutenir des actions de prévention, dans les écoles, auprès des jeunes ou dans les quartiers sensibles. Ce développement d’addictions nocives et du trafic qui l’accompagne est indissociable de la dégradation générale de société. Pour lutter contre un phénomène sociétal d’une telle ampleur, les matraques sont impuissantes.

Donald Trump a reçu à la Maison-Blanche le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane. Et, lors d’une conférence de presse, le président américain s’est emporté contre les journalistes qui avaient osé poser quelques questions embarrassantes à son invité sur l’assassinat de Jamal Khashoggi, journaliste saoudien, très critique de la monarchie wahhabite et résidant aux États-Unis. Il avait été assassiné et découpé en morceaux le 2 octobre 2018 dans les locaux du consulat saoudien à Istanbul, en Turquie. Son corps ne fut jamais retrouvé. À l’époque, une enquête des services américains avait mis directement en cause ben Salmane dans ce crime. Malgré tout il n’a jamais été visé par des sanctions de Washington. Et cette fois Trump l’a farouchement défendu affirmant qu’à l’époque le prince ne savait rien de cette affaire. Il n’y a plus qu’a le croire. L’attitude de Trump n’est pas étonnante venant d’un individu qui soutient sans faille le génocide de Netanyahou à Gaza : un massacreur qui adoube un assassin.

Onze anciens ministres de la Santé ont publié une tribune libre dans Le Monde pour critiquer la proposition de Sébastien Lecornu de transférer certaines compétences des Agences régionales de ranté aux départements. Le projet du Premier ministre a été présenté devant l’Association des départements de France. Il a immédiatement suscité une levée de boucliers chez de nombreux acteurs de la santé, notamment les grandes fédérations hospitalières publiques et privées rejointes par 24 organisations comme Addictions France, Aides, Avec Santé (maisons de santé pluri-professionnelles), Emmaüs France ou Médecins du monde. Dans le passé l’État s’est déjà déchargé des maisons départementales des personnes handicapées (MDPH) ou de l’aide sociale à l’enfance (ASE), avec des résultats parfois désastreux, les finances des conseils départementaux étant souvent exsangues et cette politique aggravant les inégalités territoriales. Une façon supplémentaire de porter un coup à la protection sociale.

La dernière étude de l’Insee confirme que tout baigne pour les plus grosses fortunes du pays. Elle met en lumière le creusement des inégalités dans le pays, avec une augmentation notable des revenus des plus aisés par rapport aux autres foyers fiscaux. Il en ressort notamment qu’entre 2003 et 2022, le revenu moyen des foyers les plus riches a plus que doublé en euros courants (+ 119 %), soit une augmentation 2,6 fois plus forte que pour le reste des foyers fiscaux. Le revenu annuel moyen de ces foyers privilégiés est ainsi passé de 469 000 euros en 2003 à un million d’euros en 2022, soit une croissance annuelle moyenne de 4,7 %, plus du double de celle des autres foyers fiscaux (+ 2 %). Et alors que les comptes bancaires de l’immense majorité de la population sont alimentés à 90 % par les salaires, pensions et retraites, les revenus des plus riches sont à l’inverse composés à 47 % de dividendes ou revenus d’obligations, à 38 % de salaires, à 11 % de bénéfices professionnels et à 3 % de revenus financiers. Et depuis plus de vingt ans ils ont vu leur taux d’imposition baisser régulièrement. Pour cela ils peuvent dire merci à Macron et plus généralement aux gouvernements qui se sont succédé entre 2003 et 2022 et qui leur ont tous servi la soupe.

Suite au meurtre d’une surveillante à l’entrée d’un collège par un élève de 14 ans en Haute-Marne en juin 2025, Élisabeth Borne, alors ministre de l’Éducation nationale, avait décidé que tout port d’arme par un élève donnerait systématiquement lieu à un conseil de discipline. Et, depuis lors, 818 conseils de discipline pour port ou intrusion d’arme sont été convoqués, 345 armes blanches saisies, 6 257 opérations de fouilles de sacs aux abords des établissements scolaires effectuées par la police ou la gendarmerie. En outre 4 793 mesures de protection fonctionnelles ont été accordées pour renforcer la sécurité des enseignants et autres agents. L’aggravation de la violence en milieu scolaire est un fait. Mais penser que l’on pourra l’enrayer par des mesures disciplinaires, des fouilles systématiques ou la multiplication des portiques de détection à la porte des établissements est un leurre. Car la violence de la jeunesse en général, et des jeunes scolarisés en particulier, n’est que le reflet de la violence de la société en général. Qu’elle soit familiale, sociale, née des guerres, du sexisme ou du racisme, la violence est partout. On la retrouve sur les réseaux sociaux comme TikTok, sur les écrans de télé ou autres, même dans la musique. Circonstance aggravante : l’école, qui devrait être lieu d’éducation contre la violence et d’épanouissement, a de plus en plus de mal à jouer ce rôle par manque de moyens humains et matériels. Et c’est la société elle-même qui alimente cette violence. Pour la faire disparaître c’est cette société qu’il faut changer.

La Cour des comptes vient de rendre public un rapport sur le coût réel pour l’État de ce qu’on appelle « le pacte Dutreuil », rapport qui met en rage le Medef, la principale organisation patronale. Il s’agit d’un mécanisme qui est un véritable cadeau fiscal pour les ultra-riches et les entreprises et qui est financé par le contribuable. C’est une niche fiscale avantageuse pour les transmissions d’entreprises familiales qui prévoit un abattement de 75 % sur la valeur de l’entreprise transmise, à condition d’une conservation de celle-ci par les héritiers pendant une période déterminée. Jusqu’à présent le coût de ce dispositif avait été chiffré dans les projets de loi de finances des dernières années à 500 millions d’euros (sauf pour 2024, 800 millions d’euros). Des chiffres en réalité très loin de ce qu’a découvert la Cour des comptes avec son audit. En effet, son coût réel était de 1,2 milliard d’euros en 2020 et 2021, atteignait 3,3 milliards d’euros en 2023 et plus de 5,5 milliards d’euros en 2024, soit dix fois plus que les estimations officielles. De plus, 1 % des donataires et héritiers, soit en tout et pour tout 110 personnes, bénéficiait de 65 % de cette manne fiscale défendue bec et ongles par le Medef, mais aussi par le ministère des Finances. L’austérité budgétaire n’est pas pour tout le monde !