Nos vies valent plus que leurs profits

Scafouillage européen

Le projet européen de système de combat aérien du futur (Scaf) prend l’eau. Dassault et Airbus se chamaillent pour savoir qui dirigera la conception et la production de cet avion, au grand dam des gouvernements français et allemand qui ont longtemps défendu une collaboration pour partager les coûts et être compétitifs face aux États-Unis et à la Chine.

C’est qui le patron ?

Avant même ces disputes, chacun restait frileux à l’idée de partager avec l’autre ses secrets industriels. Pour ces gens-là, c’est « toi d’abord » pour les efforts et « moi d’abord » pour les bénéfices. Ce qui a crashé le projet, c’est de savoir qui sera le commandant et donc en tirera le plus de profits. Parce qu’il serait le seul à savoir le faire et qu’il voudrait le rester, Dassault, par la voix de son PDG Éric Trappier, se posait en concepteur tout indiqué. Airbus voulait partager à parts égales la responsabilité entre les trois pays impliqués dans le projet : la France, l’Allemagne et l’Espagne. Par coïncidence, la France était représentée par Dassault, l’Allemagne et l’Espagne par Airbus. Cette répartition démocratique lui aurait garanti les pleins pouvoirs. Quand on a l’habitude de commander, pas facile de laisser la main !

Chacun son joujou

Pour autant, personne ne veut renoncer à construire l’avion du futur. Airbus se cherche de nouveaux amis, notamment du côté italien. De son côté, Dassault envisage un avion franco-français. Et comme pour enfoncer un dernier clou dans le cercueil de ce projet, les dirigeants français et allemands semblent eux-mêmes reprendre l’idée de deux avions : la France souhaiterait un avion capable de décoller d’un porte-avion et de porter l’arme nucléaire, ce dont l’Allemagne n’a pas besoin. Pas d’inquiétude pourtant, chaque État subventionnera son champion et garantira lui-même les commandes, en dépensant des fortunes ou, comme Macron le fait si bien, en jouant les commerciaux à l’étranger.

Le bon et le mauvais chasseur ?

Certains, dans les directions syndicales, semblent avoir choisi leur champion : IG Metall, syndicat allemand de la métallurgie, demande à ses ministres de rompre avec Dassault et la CGT de l’usine de Cergy défend le point de vue de Trappier. Les travailleurs, eux, n’ont bien sûr aucun parti pris dans ces querelles et leur résolution, ni aucune solidarité avec les patrons ou de conseils aux gouvernements. Un avion ou deux, ce sont toujours des engins de guerre de trop. Dassault ou Airbus, seuls ou ensemble, ces patrons nous feront la guerre. Rien ne nous garantit nos emplois et des salaires décents, sinon nos luttes.

Marinette Wren