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SNCF : les 35 heures dans le viseur patronal

Les syndicats ont rendu public la volonté de la direction SNCF de s’en prendre aux jours de repos des cheminots, avec l’objectif d’imposer cinq jours de travail supplémentaires par an.

Cela fait plus de dix années que le patronat du ferroviaire ronge son frein et s’échine à construire une ouverture à la concurrence taillée sur mesure pour s’en prendre aux conditions de travail des travailleurs du rail. Chaque étape du processus a été combattue par plusieurs dizaines de milliers de cheminots lors de grèves reconductibles.

En 2016, une convention collective du ferroviaire plus défavorable que l’actuelle réglementation du travail avait vu le jour, alors même que les cheminots SNCF constituaient plus de 90 % des salariés d’entreprises ferroviaires. Le PDG de l’époque, Guillaume Pépy, avait mené l’offensive pour rapprocher la réglementation du travail SNCF de celle de la convention collective, au nom de la compétitivité face à la future concurrence. La grève cheminote, qui avait pris place dans le plus large mouvement contre la loi Travail du gouvernement Hollande, l’avait contraint à reculer.

Avec le même argument de la compétitivité, Jean Castex, ancien PDG de la RATP et nouveau de la SNCF, revient à la charge dix ans plus tard. La réglementation du travail actuelle n’a pourtant pas empêché la SNCF de faire des bénéfices record ces trois dernières années ni de remporter 80 % des appels d’offres qui ont déjà eu lieu dans le cadre de l’ouverture à la concurrence. Mais dans ce jeu truqué où les patrons, passant d’une entreprise à une autre, se donnent la main pour tirer ensemble vers le bas les conditions de travail, la direction de la SNCF se fait un devoir de montrer l’exemple. Elle a à y gagner ! Cinq jours de travail en plus, ça lui permettrait de supprimer très directement un poste tous les 40 cheminots (les agents SNCF en horaires décalés travaillent un peu plus de 200 jours par an).

Castex a d’ailleurs mené pareille attaque à la RATP, retirant six jours de repos par an aux conducteurs de bus et de tramway en 2023. C’est à présent aux 70 000 cheminotes et cheminots de SNCF Voyageurs que le patronat du transport veut s’en prendre.

Les capacités à entrer fortement en lutte, mais aussi à donner des idées aux autres salariés du transport et au-delà, compteront pour repousser une nouvelle fois l’attaque.

Franck Rouvier