Nos vies valent plus que leurs profits

Taxer les riches ou leur ôter la possession du capital ?

Éric Lombard, éphémère ministre de l’Économie de Bayrou, avouait il y a quelques jours que plusieurs milliers de très riches contribuables ne paient pas d’impôt sur le revenu, et cela en toute légalité. Depuis, Éric Coquerel, le président LFI de la Commission des finances de l’Assemblée nationale, est allé mener l’enquête à Bercy et a conclu, d’après les documents qu’il a consultés : « On peut dire incontestablement qu’il y a plusieurs milliers de personnes, voire plusieurs dizaines de milliers de personnes, qui ne payent pas l’impôt qu’[elles] devraient payer au pays et que ça nous coûte trop cher. »

Pour la gauche, le remède aux inégalités serait la taxation des plus riches. Loin de nous de refuser l’idée de faire payer les riches ! Mais, si l’on peut partager l’indignation légitime que cette situation suscite dans les classes populaires, les propositions de la gauche représentent un point de vue très limité.

D’après le dernier rapport du World Inequality Lab, les 50 % des plus pauvres ne disposent que de 8 % des revenus, pendant que les 1 % les plus riches en accaparent 20 %. Quant aux inégalités de patrimoine, elles sont bien plus flagrantes encore : les 10 % les plus riches possèdent les trois quarts du patrimoine mondial, et parmi eux 1 % en possèdent 37 %.

Cette différence entre les patrimoines n’est pas seulement une question de quantité, mais de nature. Il y a bien sûr une différence entre une Dacia et une Porsche, ou un deux-pièces à Bondy et un duplex dans le Marais. Mais posséder une voiture et un logement, ce n’est pas la même chose que détenir des actifs, c’est-à-dire une part des moyens de production modernes : entreprises, banques, moyens de transport… La possession d’un énorme capital ne leur permet pas seulement de s’octroyer un train de vie princier et d’accumuler toujours plus : elle offre à ses détenteurs le pouvoir exorbitant de décider ce qui se produit et comment, au mépris des besoins de la société, de décider de fermer une usine et condamner ainsi au chômage des dizaines de milliers de salariés. Dans la société actuelle, cette fraction de la population possède… 100 % du pouvoir économique ! C’est cela qui lui donne les moyens de mettre à son service hauts fonctionnaires, cadres dirigeants ainsi qu’un personnel politique servile et des intellectuels complaisants.

Alors, nous ne voulons pas seulement « taxer les riches » ou une « meilleure répartition des richesses », nous voulons leur prendre… tout ! Pour rendre ces richesses à la société, à laquelle elles appartiennent, parce que c’est le travail des classes populaires qui les a créées et parce que ce qu’elles produisent et la façon dont elles le font devrait être l’objet de décisions prises démocratiquement par tous et toues, et non par quelques possédants qui se contrefichent de produire des médicaments ou des bombes, du moment que les profits sont à l’arrivée.

Robin Klimt