Nos vies valent plus que leurs profits

Toulouse ouvrière et révolutionnaire — réponse à la CGT Airbus Defense & Space

Ci-dessous une réponse à la CGT Airbus Defense & Space

 

 

Chers camarades,

Commençons tout d’abord par exprimer la solidarité de notre liste avec le combat mené pour les emplois et contre la casse des conditions de travail, alors même qu’une montée en cadence se fait sentir dans le secteur aéronautique et aérospatial.

Il est clair que les directions des grands groupes de l’aéronautique, du spatial et du militaire jouent au jeu des fusions / acquisitions de leurs activités depuis quelques années dans le but de concurrencer les entreprises du secteur américaines – Starlink, Boeing, Lockheed – et, demain, peut-être chinoises.

Cela prend un tour particulier dans le contexte actuel de guerre commerciale, aiguisée par la politique de l’administration Trump, visant à un repartage des marchés au profit de l’impérialisme américain.

Le projet BROMO s’inscrit dans la logique de cette concurrence exacerbée : pour faire face aux géants américains du spatial et de l’armement, nos dirigeants voudraient leur opposer des géants européens.

Mais la création d’un « champion » européen, qu’il soit de la défense ou du spatial sur le modèle d’Airbus ne répond à aucun besoin des travailleurs des États européens : répondre à l’impérialisme de Trump commence pour nous, à combattre tous les impérialismes, pas à lui opposer celui de l’Europe ou de la France.

Les arguments sur la souveraineté industrielle servent à justifier la mise en concurrence des travailleurs des différents pays. Derrière Elon Musk les travailleurs américains et derrière les patrons de BROMO, les européens ? Nous proposons de combattre cette mise en concurrence qui est la base du système capitaliste et qui ne peut que déboucher, tôt ou tard, sur des affrontements fratricides entre travailleurs.

Dans ce grand Monopoly auquel se livrent les groupes du spatial, le projet BROMO est aussi une machine visant à mettre la main sur le pactole des aides et des commandes des États européens en les canalisant vers un nouveau monopole européen. Les patrons d’Airbus, Thales et Leonardo se mettent ainsi en bonne place pour éteindre toute concurrence, y compris européenne.

En dénonçant les États européens qui préfèrent acheter du matériel américain, les patrons comme Guillaume Faury chez Airbus ou Éric Trappier chez Dassault utilisent le prétexte de la survie de l’industrie européenne ou nationale, pour faire croire que dans la guerre qui se dessine, l’intérêt des populations serait d’avoir du matériel de guerre « made in Europe ».

Les dirigeants des États se préparent à une guerre redevenue possible et ce qu’attendent d’eux Guillaume Faury ou Éric Trappier, c’est qu’ils dégagent les moyens nécessaires pour leur passer commande. Voilà les raisons de la guerre sociale que nous mènent ces gouvernements et de toutes les coupes budgétaires auxquelles nous assistons.

Les CGT Airbus D&S et Thalès le dénoncent depuis le début à juste titre : le projet BROMO est également un projet d’attaque contre les conditions de travail : salaires, restructurations, suppressions de postes. Et c’est bien là l’un des buts majeurs de cette fusion : réaliser des gains de « productivité », c’est-à-dire, pour l’essentiel, faire réaliser le même travail, ou davantage, par un moins grand nombre de travailleurs : ces nouveaux mastodontes seront en fait les champions de la destruction d’emplois.

L’argument de la compétitivité économique est bien connu dans l’industrie aéronautique et spatiale. C’est au nom de cette « compétitivité » que la nouvelle convention collective de la métallurgie a été « négociée » entre les patrons du secteur et les « partenaires sociaux », qui se sont bien gardés d’appeler les travailleurs à se mobiliser sur la question.

Dans le même temps, ce sont toujours plus de milliards de dividendes qui sont versés aux actionnaires chaque année. Quantité astronomique d’argent que chaque nouvel accord d’entreprise et recul des conditions de travail permet d’augmenter.

Alors, voilà le message que nous voudrions faire passer aux travailleurs des branches spatiales d’Airbus, Thales et Leonardo : 

Dans la lutte pour nos conditions de vie et de travail, les patrons du secteur de l’aéronautique et du spatial ne sont pas nos amis. Ne tombons pas dans le piège du nationalisme et du protectionnisme car il participe – même au nom de la prétendue sauvegarde de nos emplois et de notre savoir-faire – d’un repli loin de la solidarité avec les salariés des autres entreprises, qu’elles soient implantées ici ou dans d’autres pays, au plus grand bénéfice de nos exploiteurs nationaux.

Pour lutter contre une multinationale ou, dans le cas de BROMO, plusieurs, impossible de compter sur les institutions. Airbus vient de réussir à faire plier le gouvernement espagnol sur la question de l’importation de composants militaires venant d’entreprises israéliennes. Pour lutter contre les ambitions de BROMO, il faudra bien plus que le pouvoir d’une mairie, ou d’un gouvernement.

Mais c’est nous, les travailleurs, qui faisons tourner cette société. C’est d’ailleurs le slogan de notre campagne et nous y voyons aussi la solution : « c’est nous qui faisons tout, c’est nous qui devrions tout décider ». Si nous décidons de nous organiser, il ne resterait rien de la « puissance » de ces grands patrons.

Alors, oui, avoir les pouvoirs d’une municipalité pourrait aider. Mais c’est seulement l’organisation des travailleurs qui peut imposer au patronat et aux gouvernements l’arrêt de la politique mortifère qui se tient derrière les projets actuels.

Nous nous présentons aux élections municipales à Toulouse, mais aussi partout où nous le pouvons en France, pour pouvoir être les porte-voix des luttes des travailleurs de ces grands groupes. Nous nous présentons pour pouvoir dénoncer depuis le balcon de la mairie les complicités que les patrons manigancent dans leurs conseils d’administration.

Nous pourrions, avec l’aide des moyens de la municipalité, aider à coordonner les luttes et les grèves des travailleurs du secteur, qui ne manqueront pas de continuer, suivant l’exemple des mobilisations sur les salaires et contre les suppressions de poste à Airbus D&S et Thales dont nous avons été solidaires en y participant et en les soutenant.

C’est notre slogan, sur le pouvoir des travailleurs, que nous proposons de mettre dans l’urne.

C’est un ralliement vers l’unité du monde du travail, mais aussi un slogan et un vote d’espoir pour les luttes de demain.

Alors nous souhaitons par cette réponse remercier la CGT ADS pour nous avoir sollicité, mais aussi adresser nos encouragements les plus sincères aux travailleuses et travailleurs des groupes d’Airbus Defense & Space, Thales et Leonardo dans les combats qu’ils ne manqueront pas de mener.

Vive les luttes des travailleurs !

Guillaume Scali, ouvrier dans l’aéronautique & Nathanaëlle Loubet, enseignante en lycée. Candidats en tête de la liste Toulouse ouvrière et révolutionnaire