« Je leur ai fait savoir que s’ils commençaient à tuer des gens, ce qu’ils ont tendance à faire pendant leurs émeutes, ils ont beaucoup d’émeutes, s’ils le font, nous les frapperons très fort » : ça, c’étaient les déclarations de Trump, le 8 janvier dernier. Quelques jours plus tard, le 13, il écrivait sur son réseau social : « L’aide est en route ! », ajoutant : « Continuez à protester. Emparez-vous de vos institutions ! »
Trois jours plus tard, Trump dressait le constat : « Les tueries ont pris fin. » Et il remerciait les responsables iraniens d’avoir renoncé aux pendaisons annoncées de plusieurs centaines de manifestants arrêtés : « Je respecte grandement le fait que toutes les pendaisons prévues, qui devaient avoir lieu hier ont été annulées par les dirigeants de l’Iran. Merci ! »
Entre le 13 et le 16, que s’est-il passé ? Le régime iranien a tout simplement réussi à écraser le mouvement, au moins provisoirement, en assassinant des milliers de manifestants, et en en arrêtant bien davantage. Le New York Times rapportait que l’Arabie saoudite, Oman et le Qatar sont intervenus pour mettre en garde les États-Unis contre une intervention militaire qui risquait d’ébranler les marchés pétroliers. Et Netanyahou lui-même a demandé à Donald Trump de « reporter tout projet d’attaque militaire contre l’Iran », selon un responsable américain cité par le même journal.
Tous souhaitent pourtant depuis longtemps que le régime iranien tombe. L’impérialisme américain aussi, parce que le régime des mollahs n’est pas à sa botte et peut décider lui-même de ses alliances dans une région considérée comme sa chasse gardée par l’impérialisme occidental.
Pour tous, le sort de la population iranienne n’entre guère en ligne de compte : tout au plus ont-ils vu dans le soulèvement populaire une occasion de mettre à la tête de l’Iran une direction qui choisirait clairement le camp occidental. C’est là le véritable sens du premier appel de Trump qui visait à obtenir d’une partie au moins de l’appareil d’État qu’il lâche Khamenei et se rapproche de l’impérialisme américain. C’est bien ce qui a été obtenu au Venezuela : Maduro éliminé, Trump a obtenu que le régime se soumette, tout en laissant en place l’appareil répressif dont l’impérialisme a besoin contre les classes populaires. De ce point de vue, tous s’accommoderaient fort bien de l’élimination de Khamenei et d’un acte de soumission des dirigeants qui le remplaceraient. C’est en ce sens qu’une intervention militaire des États-Unis, avec pour but de remplacer une toute petite partie de l’appareil dirigeant, n’est d’ailleurs toujours pas exclue. En tout cas, en Iran, les « solutions de rechange » en dehors de l’appareil d’État existant sont encore moins crédibles que l’opposition vénézuélienne : Trump s’est gardé de s’appuyer sur le fils de l’ex-chah, Reza Pahlavi – comme il avait écarté Maria Corina Machado.
L’impérialisme occidental et les régimes arabes voisins craignent la mobilisation des classes populaires iraniennes qui, si elle devait repartir et prendre de l’ampleur, pourrait agir par contagion sur tous les peuples de la région – c’est ce qui est sous-jacent dans l’appel des pays voisins à ne pas ébranler « les marchés pétroliers ».
Comme on le voit, les fées qui se sont portées au chevet de la mobilisation iranienne ne sont pas vraiment bienveillantes !
Jean-Jacques Franquier