
Résolution sur la situation intérieure et l’intervention, adoptée à l’unanimité par le conseil politique national (CPN) du 12 avril 2026
Les premiers effets du budget de guerre sociale de Lecornu se font sentir, avec l’exemple du secteur de l’éducation nationale, gratté jusqu’à l’os, et avec ce que tout le monde pressent de la rentrée prochaine : elle sera catastrophique ! L’exemple de la mobilisation à Marseille montre que des contestations peuvent émerger malgré l’absence de perspectives proposées par les organisations syndicales. Des lycées perdant 80 ou 100 heures de dotations horaires, ce qui est énorme, ont démarré début mars, associant profs, élèves et parfois parents d’élèves. Nous avons pu intervenir et nous avons organisé la venue de jeunes camarades d’autres régions pour aller sur les lycées mobilisés. Le 31 mars, première journée de grève nationale du secteur, ne semble pas pour le moment avoir permis d’étendre la lutte à d’autres académies et une certaine fatigue se fait sentir à Marseille et dans sa région… Mais l’ampleur des attaques, dans le primaire comme dans le secondaire, permet de penser que d’autres luttes vont avoir lieu. En région parisienne, des fermetures de classe dans le primaire viennent d’être annoncées, entraînant des réactions sur les écoles concernées de la part des profs et des parents. À l’université Bordeaux Montaigne, la présidence coupe violemment dans l’offre de formation et dans les postes. Un quart des CDD (bibliothèque, logistique, accompagnement des étudiants et services administratifs) sont supprimés. La mobilisation de centaines d’étudiants (jusqu’à 800 en assemblée générale) au côté de la grève du personnel a permis de faire reculer une partie des attaques de la présidence, mais la lutte continue… avec comme principale difficulté l’absence d’extension aux autres campus du pays, contrairement au printemps 2025, alors même que toutes les universités sont touchées d’une manière ou d’une autre. Tous les services publics sont dans la même galère, partout il faut créer les conditions pour mobiliser : AG, réseaux de luttes, regroupement des forces et des bagarres.
Dans le privé, ce sont licenciements et fermetures de site qui continuent. La CGT a actualisé ses chiffres en parlant de 546 plans de suppressions d’emplois entre 2023 et mars 2026 équivalant à 130 000 emplois en moins, dont 60 000 dans l’industrie, tout en reconnaissant des dizaines de milliers d’autres toujours menacés. Les salariés d’ArcelorMittal Dunkerque restent dans l’attente de subventions européennes, sans garantie ni sur l’emploi ni sur la préservation d’autres sites en France. Ailleurs, de nouvelles menaces s’ajoutent à la liste comme Brandt. Mais ce sont surtout chez les sous-traitants de l’automobile que la liste s’allonge. Stellantis Poissy est toujours menacé de fermeture (ce que plus grand monde dans l’usine ne conteste désormais – sauf la direction et encore : officiellement). Mais aucune annonce officielle, sur la fermeture ou les conditions de départ, n’a été formulée. Des actions ont été organisées dans la ville et des contacts ont été pris entre les syndicalistes de l’usine et les salariés menacés des sous-traitants directs. Le passage à une équipe prévue cet été marquera un tournant, qui risque, si rien ne se passe sur le terrain de la lutte, d’accentuer l’atmosphère délétère qui se propage dans l’usine. Évidemment notre intervention sera guidée par la préoccupation de saisir toutes les occasions pour faire mentir ce pronostic.
L’État et le patronat répriment tout ce qui bouge : à Marseille, la répression contre les lycéens mobilisés depuis trois semaines est à la hauteur de la peur du gouvernement que la contestation dans la jeunesse scolarisée gagne en surface. Brutalité policière, arrestations, contrôles judiciaires, interdictions de manifs pleuvent sur les jeunes, et ce d’autant plus qu’ils sont issus des quartiers les plus populaires de la ville. Sur la question palestinienne, Rima Hassan rejoint la longue liste des militants poursuivis pour « apologie du terrorisme » (que la potentielle adoption de la loi Yadan risque d’allonger brutalement). Nos camarades de la Poste du 92 passeront en procès en appel à l’automne prochain. Les peines prononcées en première instance et celles qui les menacent en appel sont inacceptables. Le cadre unitaire qu’ils animent depuis le printemps 2025 et qui cherche à rendre visibles tous les cas de répression patronale, à la Poste comme partout ailleurs, a repris la proposition d’une manifestation nationale le 20 juin prochain. C’est une occasion à saisir pour mobiliser au niveau national sur cette question en tordant le cou à l’idée que, face à la répression, c’est le « cas par cas » qui doit prédominer mais aussi seulement songer « à se défendre » alors qu’il faut essayer de tourner ce problème de manière offensive car il devient de fait une affaire qui concerne l’ensemble de celles et ceux qui luttent contre le gouvernement et le patronat.
Pour le gouvernement actuel, réprimer et mener la guerre sociale va de pair avec son obsession à ramener toujours plus d’argent pour la guerre. Au budget militaire, et sa rallonge de 8,5 milliards annoncée en janvier dernier pour la commande de munitions d’ici 2030, le gouvernement doit présenter en avril une « actualisation de la Loi de programmation militaire » (LMP), soit l’ajout de 36 milliards d’euros aux 413 milliards déjà prévus pour la période 2024-2030, avec notamment un programme de production massive de « petits drones pas chers », annonce le vice-président de la commission de la Défense de l’Assemblée nationale, un député macroniste. Macron se fait le VRP du nucléaire civil et militaire, il n’y a pas d’argent pour l’hôpital mais il en pleut pour les Rafale et pour la construction d’un deuxième porte-avions. Sous les deux quinquennats de Macron, le budget militaire a doublé. Et c’est bien pour cela que l’argent public est rationné. Le positionnement des directions syndicales à ce propos est tout aussi éclairant que leur absence totale de réponse face à l’ampleur des attaques. Le 26 mars dernier, la CGT organisait non loin de Vencorex, des « assises du made in France », y conviant le ministre de l’Industrie… La veille, le tribunal de commerce enterrait définitivement tout espoir d’une reprise pour Vencorex. Tout un symbole : au moment où la CGT se met en scène comme conseillère du patronat et de l’État face à la désindustrialisation, les plans de licenciements et fermetures d’usine continuent de plus belle. Quant à l’attitude de la LFI sur la question de la guerre, on pourrait la résumer par « c’est pas beau la guerre, mais si c’est avec du matériel français, faut voir ! » Deux mois après la visite de Mélenchon à l’usine Dassault de Cergy, s’extasiant sur la production française, lors des débats sur le budget militaire à l’Assemblée, Bastien Lachaud est intervenu au nom de son groupe LFI pour dire que « la France doit respecter les accords de défense qui la lient à ses partenaires dans la région, lorsqu’un allié est attaqué, la parole de notre pays ne saurait manquer ». LFI et la grandeur de la France sur cinq continents, Binet et le « made in France », voilà deux illustrations d’une même politique : du patriotisme économique au patriotisme tout court aligné derrière celui de la bourgeoisie impérialiste française. Fabriquer des drones à Renault Ampère Cléon ou à Renault Le Mans, c’est non ! On ne sauve pas l’emploi avec le sang des peuples que la rapacité des impérialistes fait couler.
Si le prix du carburant à la pompe flambe, c’est parce que l’État est au service des capitalistes. Les tradeurs de TotalEnergies ont gagné plus d’un milliard de dollars en spéculant sur la fermeture du détroit d’Ormuz. Face à ce scandale, certains réclament le plafonnement des prix du carburant. Ce serait une première mesure, pour laquelle il faudrait sans aucun doute se mobiliser pour être entendus. Mais il faudrait ne pas s’en arrêter là, car l’inflation est repartie de plus belle, et ce n’est qu’un début. La flambée des prix du pétrole et du gaz grève déjà les budgets, mais elle se répercute rapidement sur de nombreux produits : les prix des engrais, donc de l’alimentation, la pénurie en hélium touche les fabricants de semi-conducteurs, avec des conséquences sur l’industrie numérique et le matériel médical… En fait tous les prix vont s’envoler. Cela va entraîner une accentuation des difficultés de l’ensemble de la classe ouvrière à faire face à ses obligations quotidiennes de base : se nourrir, se déplacer, se soigner, se chauffer… sans même parler de la possibilité de partir en vacances.
Évidemment dans cette situation d’approfondissement de la crise sociale, l’extrême droite agite ses solutions démagogiques, notamment sa proposition de supprimer les taxes sur l’essence et le gasoil. Mais n’est pas Gilet jaune qui veut : le RN ne cherche pas à organiser la colère sociale, il cherche à accéder au pouvoir par les urnes l’an prochain. Une fois élue, l’extrême droite aurait exactement le même comportement que celui de Lecornu aujourd’hui : dérouler le tapis rouge aux plus fortunés. Ce qu’on doit défendre, nous, les militants révolutionnaires, c’est que les seules perspectives viendront de nos luttes, qu’il s’agisse de plafonner les prix ou de gagner une augmentation générale et l’échelle mobile des salaires : si tu perds 50 ou 100 balles par mois, car tu mets du gasoil dans ton réservoir, il faut que ton patron paie la note. Indexation des salaires sur les prix à la pompe ! De l’argent il n’y en a jamais eu autant dans les coffres des actionnaires, notamment les pétroliers et les marchands d’armes ! Pour gagner sur ces revendications, pas d’autres méthodes que la lutte sociale : il faut défendre la nécessité de la grève interprofessionnelle de masse, prendre des initiatives allant dans ce sens partout où on milite alors que l’ensemble des directions syndicales reste l’arme au pied ! En cette période de NAO (négociations annuelles obligatoires), des grèves pour les salaires ont lieu, comme à Cenexi, avec une nouvelle journée de grève le 24 mars dernier après plusieurs jours en reconductible fin février. Les exemples ne manquent pas en ce moment : chez Securitas Technology, chez les salariés des magasins Cora repris par Carrefour, chez Findus à Boulogne-sur-Mer, chez des sous-traitants de Chanel en Charente-Maritime, en lutte pour 400 euros d’augmentation ! La presse locale se fait l’écho de nombreux exemples. C’est donc à une généralisation de ces luttes pour les salaires qu’il faut appeler.
Que ce soit dans l’Éducation nationale ou dans les entreprises, sur la question des salaires ou des suppressions d’emplois, on voit donc qu’une colère se fait sentir. Cette volonté de lutter s’exprime pour le moment dans le cadre de mouvements émiettés, ne franchissant pas un certain « plafond de verre » avant la généralisation des bagarres. Nous devons continuer à mettre en avant cette perspective et mettre en relation les uns et les autres quand nous le pouvons.
La jeunesse est le cœur de cible de la militarisation de la société : budgets d’austérité pour les lycées et les facs, et les classes « défense » et le service militaire volontaire ont le vent en poupe. Jeunesse précarisée, jeunesse enrôlée, embrigadée et plus que jamais exploitée. Mais personne dans la jeunesse ne veut mourir pour Macron ou Total ou Bolloré ! La mobilisation de la jeunesse en Allemagne contre le rétablissement du service militaire doit être popularisée et servir d’exemple à suivre, d’autant plus que le gouvernement allemand se prépare le droit d’autoriser ou non le droit des 17-45 ans à quitter le territoire pour des « longues durées » supérieures à trois mois… Comment s’y prendre ? Quels cadres unitaires relancer ? Quelles prises d’initiatives au sein des lieux d’études, alors qu’on s’approche rapidement de la fin des cours à l’université ? On l’a vu à Marseille, les lycéens mobilisés font tout naturellement le lien entre la baisse des budgets pour l’éducation avec la hausse des dépenses militaires – et c’est aussi le cas à Bordeaux.
La société marche sur la tête et nous entraîne vers la catastrophe : guerres, bombes sur les peuples, pays entiers menacés d’être « renvoyés à l’âge de pierre », génocide, racisme venu d’en haut de plus en plus décomplexé (déluge fascistoïde après la mort du nazillon Deranque, insultes négrophobes contre le maire de Saint-Denis, loi Yadan…). Face à cela, il faut permettre à notre classe de faire front, en étant unitaire (y compris pour dix parfois) dans tous les cadres brassant ces questions avec comme condition que ceux-ci proposent in fine des initiatives sur le terrain de la lutte des classes, des mobilisations de rue ou même des grèves, car il est fondamental de garder la boussole de l’indépendance de classe. Dans la situation ouverte par la guerre impérialiste au Moyen-Orient, il faut chercher à prendre des initiatives, certes contre la guerre en général, mais surtout contre le jeu guerrier dangereux mené par notre propre impérialisme, ainsi que leurs conséquences sociales. Participer à des meetings, à des campagnes de propagande, à des manifestations (cf. le cadre du 28 novembre-28 mars dans lequel nous sommes malgré toutes ses limites et ses difficultés), intervenir dans nos syndicats par rapport à leur positionnement face à la guerre impérialiste est nécessaire mais ne sera pas suffisant. Il faut défendre la nécessité d’en finir avec le capitalisme : plus que jamais, oui c’est urgence révolution, socialisme ou barbarie. Si tout cela rend plus que jamais déterminant le renforcement de notre propre organisation, c’est en l’articulant avec une orientation pour la construction d’un pôle des révolutionnaires, pôle qui aurait l’avantage de donner de la visibilité à des positionnements politiques que seuls les communistes internationalistes savent défendre face à la guerre impérialiste et à leur propre bourgeoisie. C’est pourquoi nous serons présents à l’initiative contre la guerre le vendredi 17 avril au soir à Paris.