À propos de la militante et essayiste Rokhaya Diallo, un caricaturiste de Charlie Hebdo n’a pas trouvé mieux que de la représenter vêtue d’une jupe en bananes, style imagerie coloniale française. Que les illustrations du magazine surfent sur des clichés réactionnaires, sexistes, racistes, n’est plus à souligner. La députée LFI Danièle Obono en avait également fait les frais il y a deux ans.
Dans le corps de l’article, on trouve une défense inconditionnelle et sans nuance de la « laïcité française », portée en étendard contre l’idéologie des « Yankees » dont Rokhaya Diallo est jugée trop proche. Preuve en serait la dénonciation qu’elle fait du racisme et de l’islamophobie structurels en France. Pour Charlie l’irrévérencieux, pas touche quand même à la République et à ses valeurs… faites pourtant de lois anti-migrants, de racisme institutionnel, de discriminations sexistes à tous les étages et d’inégalités sociales records. L’universalisme républicain, que Charlie a retenu des « usines à cerveaux tricolores », c’est celui au nom duquel s’est réalisée la colonisation de l’Afrique sous la Troisième République.
L’instrumentalisation de la laïcité à des fins racistes est de mode, et on ne la trouve pas qu’à droite ou à l’extrême droite. À gauche aussi, sous ce voile laïc se cachent des positions islamophobes, au nom du féminisme ou de la défense de l’intégrité républicaine. Après les attentats de janvier et de novembre 2015 à Paris, une vague d’islamophobie a traversé le pays, et la gauche n’a pas été épargnée. Manuel Valls, alors Premier ministre de François Hollande, champion du racisme anti-Roms, en rajoutait aussi dans le racisme anti-musulmans. En mars 2016, alors que des centaines de milliers de travailleurs s’organisaient et luttaient contre la loi Travail inspirée par le ministre de l’Économie Emmanuel Macron, des personnalités associatives, médiatiques et politiques (venant du PCF, d’EELV et du PS) signaient le manifeste pour un Printemps républicain, qui a donné son nom à une nouvelle formation politique. Elle a rapidement ouvert ses portes et ses tribunes aux politiciens de droite et, sous couvert de défense de la laïcité et de lutte contre l’islamisme, s’en prend exclusivement aux musulmans.Le ralliement de pans de la gauche derrière cette rhétorique raciste n’est ni anodin, ni un simple accident. Gare à l’air du temps, à la remontée en surface de vieilles idées réactionnaires de la bonne bourgeoisie catholique, voire suprémaciste blanche, gare à la montée de l’extrême droite, qui fait désormais de la laïcité un drapeau ! Un vent mauvais que seules la lutte et la solidarité de classe pourront balayer, en ouvrant à des débats non pollués sur tous les sujets de société. Et à de l’humour, même caustique, sans avoir besoin d’être réac !
Dylan Bourrier