Nos vies valent plus que leurs profits

Ville de Paris : des grèves orphelines d’une politique de regroupement

Dans cette période électorale, où les surenchères politiciennes et les envolées lyriques de Dati, Grégoire, Knafo et compagnie vont bon train, le quotidien dans les services publics parisiens continue de se dégrader.

En plus de l’inflation infligée aux travailleurs et travailleuses, les centaines de millions de coupes budgétaires votées depuis des années au Conseil de Paris ont des répercussions concrètes sur les conditions de travail et d’accueil des publics concernés par les services.

Pendant que les enjeux électoraux font la Une, les travailleurs et les travailleuses de la ville de Paris font grève dans l’indifférence des médias. Ça aurait pourtant été un curseur intéressant du bilan d’Hidalgo, et de Grégoire par la même occasion, ainsi qu’un rappel que les agents de la ville combattent les mesures d’austérité qui leur sont imposées.

La semaine avant le premier tour des municipales, plusieurs services de la ville ont justement manifesté leur mécontentement, tour à tour :
Le 9 mars, les agents des services sociaux du Centre d’action sociale de Paris entamaient une grève de deux jours et manifestaient devant l’Hôtel de Ville. Au programme : augmentation des salaires pour les secrétaires et arrêt d’une réorganisation imposée générant en fait une énorme désorganisation. Les sous-effectifs sont tels dans les services que la charge de travail s’intensifie jusqu’au craquage. Un travailleur social confiait avec désarroi qu’une personne sans abri doit attendre neuf mois avant un premier rendez-vous avec une assistante sociale pour un suivi de sa situation. Une politique sociale efficace pour chasser les pauvres !
Le 11 mars : au tour des agents de nettoyage de se lancer dans deux jours de grève et de fouler le pavé de l’hôtel de ville, contre la privatisation et les bas salaires, à l’heure où la majorité de ces missions sont désormais confiées au privé et à une précarisation toujours plus rude.
Le 12 mars après-midi : un collectif d’agents de la ville appelait à la grève pour le droit au logement pour tous et toutes. Sur 10 000 demandes de logement social des agents de la ville en attente, seulement 500 attributions ont eu lieu en 2024 et ce chiffre tend à baisser. Une agente à la retraite expliquait vivre dans un foyer d’hébergement pour les agents de la ville dans l’attente d’un logement social. Un beau remerciement pour toutes ses années de travail…

Malgré tout ça, et toutes les grèves de ces derniers mois qui dénoncent exactement les mêmes dérives (éboueurs, musées, animation périscolaire, direction de la construction et du patrimoine, etc.), aucun appel unitaire à la mobilisation n’émane des syndicats de la ville, tout comme aucun appel national.

Face à la brutalité des attaques contre notre camp social, il y a donc besoin d’initiatives pour regrouper toutes ces colères et les transformer en redoutable force collective.

Car quoi qu’il arrive pour le deuxième tour des municipales, une chose est sûre : seules nos luttes payent.

Flora Morand