Au printemps 1917, en pleine Première Guerre mondiale, la bourgeoisie française s’acharne à poursuivre un conflit meurtrier. Mais les prolétaires envoyés au front, eux, s’épuisent. Ils commencent à se révolter contre une guerre qui n’est pas la leur. « On croit mourir pour la patrie, on meurt pour les industriels » dit plus tard Anatole France ; c’est bien l’état d’esprit qui domine en ce début d’année 1917. L’offensive ratée du Chemin des Dames est le carnage de trop. Tandis qu’une colère sourde se fait sentir chez les soldats, les ouvrières restées à l’arrière ne sont pas en reste.
Ces femmes, si elles ne meurent pas dans les tranchées, ont bien des raisons de revendiquer, notamment à propos des salaires de misère qui ne permettent plus de vivre. C’est ce que mettent en avant les ouvrières du textile, dites les « cousettes », petites mains des ateliers de couture. 250 d’entre elles, travaillant pour la maison Jenny, apprennent qu’elles sont mises au chômage technique un jour par semaine… non payé. Apprenant également que leurs consœurs anglaises seront payées pour ce jour chômé, elles décident d’arrêter le travail pour demander des conditions égales. Leur mutinerie à elles, c’est la grève !
Une grève qui fait tache d’huile, puisque, mi-mai, d’autres secteurs rejoignent le mouvement. Des vendeuses aux dactylos, la contestation s’étend. Mais ce qui fait le plus peur au patronat, au gouvernement – et même aux syndicats – c’est bien la mise à l’arrêt des usines qui soutiennent l’effort de guerre. L’entrée dans le mouvement des métallurgistes, et plus précisément de celles qu’on appelle les « munitionnettes », provoque la panique dans la grande bourgeoisie : au sommet de l’État, on menace de réquisitionner les usines d’armement. Mais, face à la détermination des ouvrières, le patronat joue finalement la carte de la négociation. Les grévistes gagnent des augmentations de salaire et « la semaine anglaise », c’est-à-dire un jour de congé payé.
Ces grèves de femmes – parmi les plus importantes de l’histoire – ont ébranlé la « défense nationale ». Quelques mois plus tôt, leurs sœurs russes, à l’origine de la révolution, ont ouvert la voie… et s’y sont engouffrées jusqu’au bout !
Mona Netcha
Sommaire du dossier
- 8 mars 2026 : pour faire face aux offensives antisociales qui pavent la voie à l’extrême droite, comme pour l’ensemble de nos droits, construisons un mouvement d’ensemble et défendons l’urgence de la révolution !
- La santé des femmes, sacrifiée sur l’autel de l’austérité dans la santé
- L’école au régime sec : l’austérité frappe !
- 1917 — Les hommes au front… les femmes en grève
- L’extrême droite, un danger pour les femmes