Nos vies valent plus que leurs profits

Malgré la répression du régime islamique, la colère se généralise en Iran

Depuis quelques jours, des manifestations massives ont éclaté dans les principales villes iraniennes. Les commerçants de Téhéran ont rapidement été rejoints par les étudiants et des pans plus importants de la population dans ces manifestations initialement causées par l’augmentation du coût de la vie (+250 % pour le pain !). La colère a dépassé les revendications économiques, avec des appels à renverser la république islamique – malgré une répression ayant fait déjà plus de sept morts.

Corruption rampante, sanctions internationales, défaite militaire : la république islamique s’érode de la base au sommet

Cette crise intervient alors que le régime des mollahs est affaibli. Trois ans après le mouvement « femme, vie, liberté » et quelques mois après les bombardements israélo-américains, la police des mœurs a notamment lâché la bride sur les libertés individuelles : les femmes refusant de porter le voile dans l’espace public ne sont, par exemple, plus harcelées. Mais en parallèle, le gouvernement a renforcé et accéléré la répression politique, en visant particulièrement les militants (associatifs ou syndicaux) au nom de la lutte contre les « espions israéliens ».

Encore aujourd’hui, le régime, frappé par la force de la mobilisation, cherche à diviser celle-ci entre les revendications « légitimes » des commerçants (qui ont constitué une part importante de sa base sociale à l’établissement de la république islamique), et le reste des manifestants dénoncés comme des « agents de l’étranger ». Ainsi, lors des premiers jours des manifestations, le gouvernement a même essayé d’affaiblir les manifestations en limogeant certains responsables de la police et promis de travailler à des mesures pour améliorer le « pouvoir d’achat » de la population. Manque de chance, l’inertie d’un régime corrompu l’amène à quelques malheureux contretemps : le 31 décembre (trois jours après le début des manifestations) le pouvoir augmentait le coût des péages de 30 % sur quinze autoroutes du pays !

Les manifestations se maintiennent et se propagent à l’ensemble du pays, certaines prenant d’assaut des lieux de pouvoir comme les préfectures. Le gouvernement a imposé des « congés » pour l’ensemble de la population, fermé les écoles et les universités et renforce la répression ciblée en arrêtant des syndicalistes et étudiants – parfois en les empêchant de quitter leurs dortoirs universitaires. Le régime envoie ses partisans ou miliciens violenter les rassemblements et ses flics ouvrent le feu sur les manifestants, qui leur répondent parfois en lançant des pierres.

Les impérialistes vont-ils intervenir ?

La révolte en cours peut transformer le Moyen-Orient, et le régime des mollahs – comme ses adversaires – en ont bien conscience. Israël et les États-Unis font planer la menace d’une nouvelle intervention militaire, au prétexte de « sauver » les populations d’Iran en installant le fils de l’ancien chah d’Iran (Reza Pahlavi) au pouvoir. En réalité, Trump et Netanyahou semblent peser le pour et le contre. Ils rêvent de se débarrasser du régime iranien, affaibli par la quasi-disparition de son « axe de la résistance » (Hezbollah libanais, Syrie de Bachar el-Assad, Houthis yéménites), d’autant plus qu’une intervention militaire aurait le mérite d’enterrer tout soulèvement populaire émancipateur (et ses risques associés) sous des montages de morts et débris. Mais d’un autre côté, ils ne souhaitent pas que l’affrontement avec les mollahs (et leur potentiel effondrement) propage le chaos dans l’ensemble du Moyen-Orient qu’ils s’emploient à remodeler violemment depuis près de trois ans1.

La nécessité d’une politique ouvrière et révolutionnaire indépendante

Les masses en lutte font donc non seulement face au risque d’une ingérence militaire impérialiste, mais aussi à un renforcement politique des tendances monarchistes et ultra-nationalistes (y compris « fascistes ») qui prennent plus de place dans le mouvement actuel que lors des années précédentes – notamment grâce au soutien politique des impérialistes, qui apparaissent pour certains comme un moindre mal face à la dictature.

L’intervention croissante du monde du travail, qui a démontré dans certains secteurs (notamment les raffineries) sa combativité, sera-t-elle suffisante pour porter des perspectives politiques émancipatrices pour l’ensemble des travailleurs et peuples d’Iran ?

Solidarité avec les masses en lutte d’Iran ! Non à l’intervention des puissances impérialistes ! Non au retour de la monarchie du chah ! À bas la république islamique !

Stefan Ino

1  Ali Larijani, secrétaire de Conseil Suprême de la Sécurité Nationale, menace d’ailleurs Trump « qu’une intervention américaine dans cette affaire interne équivaudrait à la propagation du chaos dans l’ensemble de la région et la destruction des intérêts américains ».