Nos vies valent plus que leurs profits

Budget Lecornu : 49.3 un chiffre qui arrange tout le monde politique

Ni oui ni non, pas d’avis à donner pour entériner un budget d’austérité des plus impopulaires, quoi de plus commode ? Notamment pour le PS, lui quit, en octobre, avait contribué à introniser ce second gouvernement Lecornu, contre la promesse de gouverner par consensus avec lui, sans 49.3. Depuis quelques jours, ses ténors ne rêvaient plus que de ce paravent : « Il faut que Sébastien Lecornu prenne ses responsabilités, en recourant au 49.3 » avait déclaré début janvier le chef de file pour le budget du groupe PS du Sénat. Le PS inviterait ses députés à « ne pas censurer le gouvernement [à condition] que le financement de toutes les victoires obtenues […] ne se fasse pas sur le dos des français », précisait Oliver Faure samedi 17 janvier.

Lundi 19, fort de cette assurance, Sébastien Lecornu annonçait qu’il allait y recourir.

Quelles sont donc ces « victoires » que le budget Lecornu dernière mouture aurait offertes au PS pour acheter son consentement ? Côté social, la « prime d’activité », versée par les Caisses d’allocations familiales (donc la Sécurité sociale) à laquelle peuvent postuler les salariés les moins payés pourrait être augmentée de 50 euros par mois. Toujours ça que les patrons n’auront pas à débourser pour obtenir une main-d’œuvre sous-payée. Côté « faire payer les riches », le budget 2026 maintiendrait la surtaxe d’impôt pour les plus grandes sociétés, réduite seulement d’un tiers et non de moitié comme prévu initialement : cela rapporterait 6,3 milliards au lieu de 8, et concernerait les 300 plus grandes entreprises du pays au lieu des 400. Pas cher payé quand on sait que 40 d’entre elles ont engrangé plus de130 milliards de bénéfices en 2024. Pour les consoler, Lecornu rajoute que cette surtaxe (réduite) sera « une expression concrète de leur patriotisme économique » car ces milliards seront exclusivement destinés à la hausse des dépenses militaires. Quelques milliards qui retourneront illico dans les poches des Dassault, Thales et autres Safran.

Car s’il y a quelque chose de marquant dans le projet de budget c’est bien la nouvelle augmentation du budget militaire quand les dépenses de tous les autres ministères seront inférieures à celles de l’année dernière. Même chose pour les budgets des collectivités territoriales, des hôpitaux ou des transports urbains. En plus des salaires qui restent au plancher et des grandes entreprises qui suppriment les emplois, de quoi alimenter nos colères, plus efficaces que les tempêtes dans un verre d’eau des débats parlementaires.

Olivier Belin