
Cet article est paru sur le site hadaraina.com, animé par des militants socialistes révolutionnaires algériens. Nous le reproduisons ci-dessous.
Quatre mois après l’adoption de la résolution onusienne sur le Sahara occidental qui s’est alignée sur le « plan d’autonomie » marocain, une première réunion a eu lieu les 7 et 8 février à Madrid sous les auspices des USA pour discuter des suites à donner à cette résolution sur le terrain.
La réunion de Madrid
En plus du représentant du Polisario et du ministre des Affaires étrangères marocain, la Mauritanie et l’Algérie avaient été conviées aux négociations tenues loin des regards de la presse au sein de l’ambassade américaine à Madrid. Le peu de choses qui ont filtré sur cette réunion de deux jours on les doit au conseiller de Trump sur la région Afrique et Orient, Massad Boulos qui a qualifié les négociations de « compliquées » et insisté sur la nécessité de poursuivre le travail afin de sortir avec une solution définitive au conflit. Les deux jours n’ont pas suffi parce que le plan d’autonomie marocain présenté lors de la réunion a fait l’objet de discussions, de critiques et souffre de beaucoup d’insuffisances.
Quelle autonomie est-elle possible sous une monarchie omnipotente ?
Si la monarchie a vite crié victoire suite à l’adoption de la résolution du conseil de sécurité qui lui était globalement favorable, force est de constater que l’autonomie qu’elle propose aux indépendantistes sahraouis peine à convaincre même ses propres alliés. C’est plutôt un plan d’annexion en contrepartie de vagues promesses faites aux dirigeants sahraouis de participer à exercer le pouvoir au niveau de leurs localités.
Les Sahraouis ainsi que de nombreux observateurs s’interrogent légitimement sur la faisabilité d’un tel plan au regard du contrôle qu’exerce la monarchie sur la vie politique et économique au Maroc et au vu de son règne par la répression et la violence. L’absence des libertés couplée au creusement des inégalités sociales en font un modèle qui ne peut être attractif pour les Sahraouis qui aspirent à la liberté, à la justice sociale et à l’indépendance. C’est ce qui explique leur ténacité à s’accrocher à leur idéal indépendantiste en dépit des pressions de Trump qui, en gendarme du monde fidèle à sa « diplomatie du deal » est pressé d’annoncer la fin du conflit pour marquer son entrée dans la région et exploiter ses ressources minières.
Au-delà du Sahara occidental, les convoitises de Trump sur toute la région
Depuis la déroute française au Sahel et le recul de son influence au Maghreb, Trump s’empresse d’occuper le terrain pour tenter d’y contrer l’avancée de la Russie et de la Chine. Il a choisi le Maroc comme porte d’entrée. Étant un « allié » docile depuis des décennies, le Maroc n’a de cesse de montrer patte blanche allant jusqu’à signer les accords d’Abraham, à établir une relation stratégique avec Israël. Comme l’avait voulu Trump et contre l’avis de la population marocaine. La contrepartie était un soutien à la position de la monarchie qui revendique la marocanité du Sahara occidental depuis 1958. Comme il a revendiqué la marocanité de la Mauritanie même une décennie après son indépendance. C’est un deal entre brigands. Pas du même poids ni pour les mêmes objectifs. Car derrière la paix que Trump voulait imposer au mépris des droits légitimes des Sahraouis à l’indépendance, il y a la question d’accès aux richesses du sous-sol de toute la région. Trump veut reproduire le deal qu’il a imposé en RDCongo.
La course au contrôle des minerais rares fait rage actuellement entre puissances, accélérée par la ruée vers l’IA et le développement de nouveaux créneaux comme la voiture électrique. Ça aiguise la concurrence et fait redoubler de férocité l’impérialisme américain déterminé à préserver son hégémonie face à la montée de la Chine.
Les Sahraouis continuent de résister en dépit des difficultés et de l’asymétrie du rapport de force. Car ils ne s’opposent pas seulement à la monarchie marocaine mais aussi aux plans de pillage américain. C’est pourquoi il est impératif de soutenir leur cause et leur combat légitimes pour l’autodétermination.
Karim Hamel