Nos vies valent plus que leurs profits

Le CPN du NPA-Révolutionnaires propose une campagne commune à Lutte ouvrière pour la présidentielle de 2027, et sans attendre la réponse de LO, décide de se donner les moyens que le NPA-R soit présent seul si besoin

Le terrain des élections de la bourgeoisie n’est pas celui où les travailleurs et les travailleuses conscients de leurs intérêts fondamentaux peuvent les imposer. Seul celui de la lutte de classe le peut. Nous pensons néanmoins qu’il est de la responsabilité politique des révolutionnaires communistes, trotskistes, internationalistes, d’être présents sur le terrain électoral, selon des axes adaptés aux situations et d’y présenter leur programme de renversement du capitalisme par la construction d’un parti révolutionnaire visant la destruction de l’État bourgeois qui en préserve de façon de plus en plus répressive les intérêts.

Notre NPA-Révolutionnaires s’est présenté aux élections européennes de 2024, législatives de 2024, tout récemment aux municipales de 2026, en faisant chaque fois le choix, là où ses moyens touchaient à leurs limites, d’appeler à voter pour Lutte ouvrière.

Après ces élections municipales, la nouvelle échéance électorale qui s’impose est celle de la présidentielle de 2027. Notre comité politique national des 11 et 12 avril a proposé à Lutte ouvrière une campagne commune de nos deux organisations pour les élections présidentielles. D’en discuter donc prochainement les modalités. Nous avons aussi décidé de nous donner, dès maintenant, les moyens de nous y présenter seuls en cas de désaccord entre nos deux organisations.

Nous ne savons évidemment pas ce que sera la situation politique internationale et nationale dans un an, les choses changent vite, mais nous pouvons tracer les grandes lignes de notre programme aujourd’hui, celui que nous menons dans notre intervention quotidienne et qui est décliné avec d’autres moyens lors des campagnes électorales :

  • Nous ne présenterons pas un notable ou un politicien professionnel, mais une candidature issue du monde des exploités – en conformité avec notre conviction marxiste révolutionnaire que c’est aux « producteurs » de « se sauver eux-mêmes ».
  • Nous prendrons position contre l’impérialisme dominant et ses guerres, contre toutes les guerres menées aujourd’hui par les grandes puissances impérialistes, contre le basculement guerrier de leurs concurrences économiques, pour le pétrole et autres richesses, menées de fait contre les travailleurs et les peuples qu’elles exploitent et envoient sur les fronts ou massacrent sous les bombes. Notre internationalisme prolétarien cible l’ennemi principal dans notre propre pays. Nous assumons comme pleinement actuelle la perspective du communisme.
  • Nous prendrons position contre le protectionnisme et le nationalisme, qui sont des politiques et des armes du patronat. À la différence des appareils politiques de gauche et de la plupart des directions syndicales, nous n’avons évidemment aucune solidarité avec le gouvernement, dans sa guerre économique ou ses guerres tout court. Nous militons contre la militarisation et l’augmentation des budgets militaires, au très grave détriment des budgets sociaux et du niveau de vie des classes populaires.
  • Nous dénoncerons l’enrichissement exorbitant de la classe capitaliste, qui ne tombe pas du ciel mais est le fruit d’une exploitation forcenée : stagnation voire recul des salaires, précarisation, licenciements et chômage de plus en plus mal indemnisé, retraites et allocations toujours davantage amputées.
  • Nous accuserons toutes les oppressions, toutes les formes de racisme et sexisme et toutes les divisions qui, au sein du monde du travail, font le jeu des exploiteurs : un racisme secrété d’en haut, par un gouvernement et de prétendues élites de la bourgeoisie qui s’alignent sur les visées et fantasmes anti-immigration de l’extrême droite. Dont on voit les applications indignes partout dans le monde, à commencer par les États-Unis de Trump.
  • Notre candidature offrira aux classes populaires une perspective de lutte contre les politiques d’extrême droite, tout autre que la perspective illusoire que lui offre la gauche d’un « barrage dans et par les urnes ». La gauche institutionnelle et ses politiques anti-ouvrières ayant pavé la voie de l’extrême droite.
  • Aujourd’hui, sans attendre 2027 et en affirmant qu’il n’y a rien à attendre de cette échéance électorale, c’est un encouragement à une riposte des travailleurs et des jeunes que nous privilégions, face aux conséquences catastrophiques de la flambée des carburants : pour les salaires, les retraites et les allocations, leur augmentation et leur indexation sur les prix : quand les prix augmentent les salaires doivent suivre ; pour l’emploi, et l’interdiction des licenciements ; pour l’augmentation des crédits pour l’école et la santé plutôt que pour l’armée et les guerres.

 

Notre comité politique national a donc décidé, parallèlement à la mise en marche du dispositif destiné à permettre notre campagne, de proposer une campagne commune de Lutte ouvrière et du NPA-R pour cette présidentielle.

Pourquoi ? Dans le contexte présent d’extrêmes tensions économiques et politiques qui pèsent lourdement sur les intérêts vitaux des travailleurs, il nous semble de notre responsabilité de révolutionnaires communistes et internationalistes de leur offrir des perspectives sous forme d’un front commun même s’il n’est qu’électoral à cette étape. Il nous semble dilatoire et en dessous des enjeux d’aujourd’hui d’en rester à dire, les uns et les autres, qu’« on additionnera les voix ». Si les voix s’additionnent, c’est peut-être qu’elles sont de même espèce (sans nier ni nuire à leur diversité), et donc que sous l’effet de l’unité, une candidature commune pourrait recueillir davantage de votes que la somme des deux parties. C’est-à-dire davantage de poids pour des perspectives de renversement du capitalisme. Car le souci d’une unité entre révolutionnaires (ou le regret qu’il n’y en ait pas) existe bel et bien chez des travailleurs parmi les plus conscients, qui sentent à juste titre qu’on est plus forts quand on frappe ensemble. Qui voient aussi l’erreur que représente pour des révolutionnaires de partir divisés, pour les élections comme pour les luttes d’ailleurs. Alors même que ce qui nous sépare est moins important que ce qui nous rassemble. C’est encore plus vrai lorsqu’on fixe l’offensive généralisée de l’impérialisme. Certaines de nos divergences justifient encore la construction d’organisations révolutionnaires distinctes. Nous refusons cependant, catégoriquement, de pérenniser nos constructions séparées dans des couloirs étanches, en menant des vies parallèles. Des journalistes, par perfidie, nous posent la question des candidatures séparées. Mais des travailleurs qui nous aiment bien nous la posent aussi, sans perfidie. Leur préoccupation « unitaire » est légitime, tout particulièrement face aux épreuves qui nous attendent – sachant évidemment qu’un simple front électoral de révolutionnaires, sur des axes nécessairement limités, ne pourra remplacer des collaborations militantes nécessaires sur le terrain des luttes politiques et sociales.

Nous pensons qu’une candidature commune serait aussi un plus pour les deux organisations. À commencer par Lutte ouvrière dont nous accepterions – dans des conditions et modalités à discuter – qu’elle soit la candidature commune aux deux organisations. Candidature que Lutte ouvrière a annoncée comme étant celle de Nathalie Arthaud.

Il n’y a pas de fatalité. Depuis près de vingt ans, après les 1,33 % d’Arlette Laguiller et les 4,08 % d’Olivier Besancenot en 2007, les scores de Lutte ouvrière et du NPA sont tombés à des niveaux très bas : 0,56 %, 0,64 %, 0,56 % des suffrages exprimés pour Lutte ouvrière ; 1,15 %, 1,09 %, 0,77 % pour le NPA, aux présidentielles de 2012, 2017, 2022. Le sujet n’est pas le moral induit des militantes et militants qui ne saurait être affecté. Mais faut-il en rendre responsable la seule situation, ces difficultés de la période – indéniables – qui rendraient les révolutionnaires toujours plus isolés et minorisés ?

Nous pensons que dans le contexte d’exploitation mondiale intensifiée, de misère et guerres ; un contexte de plus en plus lourd, qui s’accompagne de véritables émeutes dans le monde, certes sporadiques et éclatées et qui ne trouvent pas de débouché favorable aux classes populaires, il faudrait que des révolutionnaires trotskistes tentent de proposer ensemble une politique de défense des intérêts fondamentaux de la classe ouvrière ; d’affirmer la nécessité de construire un parti révolutionnaire. Assumer cette responsabilité commune pourrait nous faire franchir un cap, plus facilement ensemble que séparément, sachant que nous ne marquerons pas des points les uns contre les autres.

Le comité exécutif du NPA-R