
(*) Dura lex sed lex : « La loi est dure, mais c’est la loi ! »
Duralex est encore une fois en redressement judiciaire. L’usine du Loiret de fabrication de verres emblématiques de nos cantines d’écoles maintient l’activité de 243 salariés, dont près de 60 % ont pu la reprendre en Scop (société coopérative ouvrière de production) depuis 2024 : ils n’ont eu que la moitié de leur salaire en mai.
La scop, une « solution » face aux fermetures d’usine, disaient des politiciens à grands renforts de presse ! Pourtant la direction parle aujourd’hui de « tensions de trésorerie liées à une hausse du stock » et aussi de « ruptures impactant les ventes », dans un « contexte de hausse du coût des matières premières et de l’énergie ». Pour de nouveau fours, machines et moules, il faudrait des capitaux : des millions d’euros pour lesquels n’ont pas suffi la mobilisation nationale en décembre dernier : 21 000 particuliers avaient apporté leurs investissements, plafonné à 1000 euros, rémunérés à 8 % vu les risques (qu’aucun capitaliste réel ne voulait plus prendre). Car c’est bien la « sous-capitalisation initiale » qui est pointée. Le ministre de l’Industrie, Sébastien Martin, a multiplié les sorties : « Je ne suis pas là pour faire […] des chèques en blanc. Il faut qu’il y ait un business plan, il faut que ce soit solide. Cela s’appelle gérer une entreprise. »
C’est sûr, penser qu’une usine puisse être « reprise par les travailleurs » et devenir rentable, alors qu’elle dépend des commandes internationales et d’un marché mondial en pleine compétition, est une gageure. Surtout si on voit ça comme une « solution » à long terme et non comme un temps dans la lutte pour le maintien des emplois, comme ça s’est déjà vu. C’est tout le problème de la Scop et plus largement de l’« actionnariat ouvrier » : pour rester profitable, il faut trancher dans les effectifs et accroître les cadences… sans garantir réellement à terme le maintien même des emplois sauvés. Baptisés « actionnaires », les salariés n’auraient plus qu’à s’en prendre à eux-mêmes en cas de naufrage.
Mais les ouvriers de Duralex ont d’autres alliés que de nouveaux investisseurs sans le sou. À l’heure où, selon la CGT, 500 entreprises et les emplois de 300 000 salariés sont menacés, la lutte des ouvriers de Duralex en lien avec celle des dizaines de milliers d’autres contre les licenciements, auraient un tout autre retentissement que les appels à contributions capitalistiques.
Léo Baserli