Nos vies valent plus que leurs profits

Grenade — Le samedi 23 mai, toutes et tous dans la rue, pour des conditions de travail dignes pour les femmes de chambre ! Sans nous, rien ne fonctionne !

Traduction de l’appel de la Coordination des travailleurs et travailleuses d’Andalousie (CSTA) [L’appel en espagnol en PDF]

 

 

Le 23 mai, une fois de plus, les femmes de chambre de Grenade reprendront la rue comme elles l’ont fait le 31 mai 2025, et comme à de nombreuses reprises ces derniers mois devant les hôtels, pour faire face aux patrons.

Elles ne manquent pas de raisons : quotas de chambres à nettoyer impossibles à tenir sur les heures travaillées, conventions collectives non appliquées, heures de travail non payées… et pour celles et ceux qui s’organisent face à ces conditions, les patrons répondent par des avertissements, la répression et la persécution.

La première manœuvre qui précarise le travail des femmes de chambre, est l’application d’une convention collective qui ne correspond pas à leur travail. À la place de la convention collective de l’hôtellerie, beaucoup de travailleuses se voient appliquer celle du nettoyage (surtout lorsqu’il s’agit de sous-traitants). Ce n’est pas un hasard : la différence de salaire entre ces deux conventions peut aller jusqu’à 300 euros, en plus des différences concernant les congés ou encore le repos.

S’ajoutent des conditions de travail insupportables. Les fiches de poste données chaque jour aux travailleuses sont irréalisables, sauf en y laissant sa peau, ou au prix d’heures supplémentaires qui, évidemment, ne sont dans l’immense majorité des cas pas payées. Et ce malgré le fait que ce sont des travailleuses avec des horaires fixes de début et de fin de journée, donc non payées à la tâche ou à la chambre. Cette situation est bien connue, surtout de celles ceux qui la subissent, elle a déjà été montrée dans de nombreux hôtels.

Concrètement, des mesures de quantification de la charge de travail ont été mises en place sous la pression du syndicat des femmes de chambre – le CSTA – dans deux établissements de Grenade. Elles ne laissent aucune place au doute : ces fiches de poste sont irréalisables en une journée de travail pour laquelle les travailleuses sont embauchées. Les conséquences de cet abus : une usure physique énorme, qui donne lieu à des problèmes de santé et à des arrêts maladie, qui s’ajoutent à la difficulté de concilier vie de famille et vie professionnelle, à cause de l’allongement des journées pour réussir à finir les chambres. Il faut donc réduire le nombre de chambres à nettoyer par jour, et améliorer les conditions de travail, en installant des roues sous les lits de tous les établissements afin de soulager l’usure physique que subissent les femmes de chambre.

Sans surprise, avec ces rythmes de travail, la retraite sera impossible pour l’immense majorité des travailleuses du secteur. Les chiffres ne trompent pas : seulement 5 % des femmes de chambre parviennent à prendre leur retraite à l’âge prévu, à cause des dégâts sur la santé et des maladies liées au travail. Avancer l’âge de la retraite n’est donc pas une option. C’est une obligation.

L’application de conventions collectives qui dégradent les conditions de travail et augmentent l’exploitation par le biais de fiches de poste abusives – avec les conséquences que cela implique – répond à une seule logique : celle des patrons qui veulent gagner de l’argent, au détriment des travailleuses. Nous l’affirmons haut et fort avec cette campagne : les patrons du secteur maltraitent les femmes de chambre pour s’enrichir. Avec des fiches de poste de chambres à faire qui correspondent à la charge de travail qui est réellement réalisable, les patrons devront embaucher plus de monde. Avec l’application de la convention collective, ils devront débourser plus d’argent. C’est tout.

Les patrons du secteur peuvent largement se le permettre. De l’argent il y en a. Le secteur est en bonne santé, les caisses de nombreuses entreprises sont pleines à craquer. 2025 a été l’année record de fréquentation touristique, avec une augmentation de 5,2 % !

En 2024, Room Mate a augmenté ses bénéfices de 23 %, jusqu’à 128,5 millions d’euros. La chaîne Barceló a clôturé l’année 2025 avec 300 millions de bénéfices. Il ne s’agit là que de quelques exemples de chaînes, où des conflits sont en cours à Grenade.

Il ne faut pas nous résigner. Comme nous le savions déjà, mais c’est une fois de plus visible, peu importe ce que dit la loi, les conditions de travail doivent se gagner dans chaque hôtel, par la mobilisation et la lutte. C’est ce qu’ont démontré, entre autres, les combats menés par les sections de CSTA dans plusieurs hôtels de Grenade, qui ont gagné l’application de conventions collectives, la mise en place de négociations que les entreprises et les hôtels ont été contraints d’accepter, tant pour les mesures de quantification de la charge de travail que pour le nombre de jours de vacances ou pour le respect des jours de repos.

La réponse des patrons a été (et sera toujours) d’essayer d’intimider les travailleuses qui se mobilisent : avertissements, tentatives de les muter dans un autre hôtel, menaces (parfois mises à exécution) de licenciement.

De leur point de vue, c’est la seule solution pour continuer à s’enrichir sur le travail des autres, face à celles et ceux qui s’organisent et obtiennent des améliorations. Mais leur repression, leurs intimidations, montrent que la peur est bien de leur côté !

Les sections syndicales ont répondu aux tentatives de répression et de licenciements par des luttes, qui ont obligé les entreprises et les hôtels à reculer. Pourquoi ? Parce que des travailleuses se sont organisées et ont dit : « ça suffit ! » Dans chaque hôtel et dans chaque entreprise, grâce à l’auto-organisation et à la lutte syndicale, il est possible de se battre et de gagner des conditions de travail dignes. Lorsque les patrons tentent de nous réprimer parce que nous luttons, être organisés est l’unique garantie contre les licenciements et les sanctions disciplinaires.

Pour toutes ces raisons, pour l’application de la convention collective de l’hôtellerie dans tous les hôtels, pour une charge de travail adaptée à nos contrats et aux horaires de travail, pour une retraite anticipée, contre la répression syndicale, prenons la rue le 23 mai 2026 à Grenade en Andalousie !

 

 


 

 

À voir

Vidéo de soutien des camarades travailleuses et travailleurs, militantes et militants du NPA Révolutionnaires, de France et d’Allemagne, aux femmes de chambre en lutte à Grenade qui se battent pour leurs conditions de travail.

Soutien à la manifestation du 23 mai à laquelle nous appelons à être nombreux et nombreuses, une délégation du NPA Révolutionnaires sera présente.

[Retrouver la vidéo sur Youtube]