
Suite à l’annonce d’une prime d’intéressement bien plus basse que les années précédentes, les syndicats majoritaires réunis chez Airbus sous le nom de “l’Entente” négocient une prime de partage de la valeur. Après s’être fait débouter la semaine dernière d’une première réunion de négociation, et probablement un peu vexés, leur position se veut plus radicale : « si les revendications n’étaient pas entendues, alors les syndicats mettront en place un rapport de force par la grève bien que cela soit contraire à notre culture et à celle d’Airbus ». Drôle de manière d’y appeler !
Des débrayages ouvriers sur de nombreux sites
Mais il y a les communiqués de l’Entente d’un côté, et puis l’ambiance chez les collègues de l’autre. L’idée d’une grève fait en effet son chemin dans les têtes, car rien n’indique que la direction soit prête à lâcher plus que des miettes, malgré les efforts effectués par les travailleurs ces dernières années.
La semaine dernière, des débrayages ont eu lieu dans de nombreuses usines et chaînes d’assemblages d’Airbus, à Toulouse, Nantes, Méault, le Bourget… FO, syndicat majoritaire chez les ouvriers, et qui est bien connu pour accompagner les réformes demandées par la direction, a appelé partout à la reprise du travail. Question de culture en effet !
Dans les ateliers, la semaine a été à l’attente des résultats d’une première réunion de négociation. Mais si certains espéraient que la colère retombe, ils sont déçus ! Car l’annonce d’un potentiel appel à la grève en fonction des résultats de la négociation suivante a été l’occasion d’exprimer un enthousiasme qui révèle que l’envie d’en découdre ne fait que grandir.
Une grève possible…. Et nécessaire ?
Ce qui sortira de la réunion du lundi 18 mai entre les syndicats et la direction dépendra en partie de l’attitude de la direction. Osera-t-elle rester sur ses propositions initiales, quitte à ce qu’une grève éclate ? Ce serait parier sur les capacités de l’Entente syndicale à la garder sous contrôle, mais sans un os à ronger, ceux-ci risqueraient de ne pas vouloir laisser le monopole de la colère à d’autres, comme la CGT.
Pour la direction d’Airbus, lâcher entre 500 et 1000 € de prime de partage de la valeur suite à un tête-à-tête plus ou moins musclé et plus ou moins mis en scène, serait toujours une victoire en gardant pour elle presque 2000 € par salarié. Et cela permettrait aussi à l’Entente syndicale de se faire valoir d’une “victoire sans avoir eu recours à la grève”… La culture d’entreprise serait sauvée !
Mais toute la production, et donc l’ensemble des bénéfices d’Airbus, sont le fruit du travail des ouvriers, ingénieurs, techniciens, et pas que d’Airbus d’ailleurs ! Alors quelle que soit le montant de la prime, elle sera toujours trop basse par rapport aux milliards que la direction d’Airbus préfère verser aux actionnaires.
Pour réussir à obtenir ce que les travailleurs peuvent estimer nécessaire pour vivre, il va falloir bien sûr éviter quelques embûches de taille : la course contre la montre de la direction qui sait balader de réunion en réunion, accompagnée de syndicats qui souhaitent garder la mainmise sur ce qui se dit, se fait, s’organise… Pour aller chercher ce qui nous est dû, dans toutes les entreprises, il faut faire grève oui, et prendre le temps de discuter, en assemblées générales, de ce qu’on veut, et de ce qu’on est prêt à faire pour aller l’obtenir. Pour en entraîner d’autres, rien de mieux que de montrer qu’on en veut.
Une grève pour en appeler à d’autres ?
Les possibilités des ouvriers d’Airbus les dépassent aussi : les débrayages ont été regardés positivement par les ingénieurs et cadres ; mais aussi par certains collègues de la sous-traitance. Bien sûr, une première réaction a été méfiante (« de quoi ils se plaignent ? Ils sont mieux payés que nous… »), mais elle était aussi accompagnée d’une certaine curiosité : après tout, si les « compagnons » d’Airbus s’y mettent, pourquoi pas les autres ? Parce que des hausses de salaire dans la sous-traitance, il y en aurait bien besoin !
Un mouvement réussi chez le donneur d’ordre ferait peur à l’ensemble des patrons de la chaîne de production, surtout si ce mouvement se veut solidaire de ces collègues qui font bien souvent le même travail, sur les mêmes postes… mais avec des salaires bien moindres !
Les prix de l’essence explosent, le coût de la vie continue lui aussi d’augmenter… tout comme les profits, alors pourquoi ne pas aller chercher ce qui est, après tout, simplement le fruit de notre travail ?
Correspondants