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« Étaler la boue » : la politique de la direction de l’hôpital Sainte-Anne

« 20 patients, 7 lits, urgences en grève » c’est ce qu’on peut lire sur une grande banderole accrochée à l’entrée de l’hôpital psychiatrique de Sainte-Anne dans le 14e arrondissement de Paris. En effet, depuis cinq jours, les soignants du CPOA (centre psychiatrique d’orientation et d’accueil) sont en grève pour dénoncer des conditions d’accueil des patients de plus en plus dégradées. « Un patient a fait une crise d’épilepsie et on n’avait aucun lit, les réanimateurs sont venus le prendre en charge sur un bureau, improvisé en lit » nous racontent-ils.

Cette situation dramatique ne date pas d’hier, mais elle ne fait qu’empirer, car les patients restent de plus en plus longtemps aux urgences faute de lits d’hospitalisation pour les accueillir en aval. Or, comme le manque de lits d’hospitalisation et de moyens pour le suivi des patients ne date pas d’hier, des situations fragiles sont laissées « dans la nature » pour se dégrader jusqu’au besoin d’avoir recours aux urgences et à l’hospitalisation. Et c’est donc un cercle vicieux qui aboutit à une augmentation de la fréquentation des urgences psychiatriques.

C’est pourquoi les grévistes revendiquent la réouverture de tous les lits fermés du GHU, c’est-à-dire 88, des moyens et des embauches pour leur service, mais également en amont et en aval des urgences. Les dix grévistes qui se relayent en permanence sur le piquet de grève cherchent à étendre leur mouvement.

La direction, elle, fait le choix de la division : elle leur a proposé jeudi des solutions de « rustines » comme des brancards en plus, mais aussi d’obliger les services d’hospitalisation en aval à avoir des lits d’appoint, mais sans espace dédié : ils pourraient par exemple transformer une chambre simple en double, mais ils envisagent aussi de les mettre dans un bureau ou tout autre pièce… Tout ça sans embauche de personnel, bien sûr. C’est donc une manière de déplacer le surnombre de patients en aval, ou « étaler la boue » comme disent les grévistes. C’est pourquoi ils ont choisi de reconduire leur grève jusqu’à lundi et de tenir un piquet tout le week-end.

Les conditions de travail et d’accueil des patients dans la santé sont le résultat d’une politique délibérée des différents gouvernements successifs de sous-financement des services publics de santé. Rien que cette semaine, la Cour des Comptes a annoncé vouloir faire 10 milliards d’économies annuelles sur le budget de la sécurité sociale. Les grévistes de Sainte-Anne montrent la voie.

Retrouvez le lien de la caisse de grève : https://www.leetchi.com/fr/c/caisse-de-greve-cpoa-2026-2111480

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