Le procès en appel de Marine Le Pen et de onze autres cadres ou ex-dirigeants du Rassemblement national s’est ouvert mardi 13 janvier. En 2025, Le Pen avait écopé d’une peine de quatre ans de prison – dont deux ans ferme à purger sous forme d’une détention à domicile sous surveillance électronique –, d’une amende de 100 000 euros et d’une peine complémentaire de cinq ans d’inéligibilité assortie d’une exécution provisoire qui l’empêche, à ce jour, de se présenter à l’élection présidentielle de 2027.
Toute la clique est soupçonnée d’avoir détourné des enveloppes de 21 000 euros fournies par le Parlement européen chaque mois à chaque eurodéputé pour que celui-ci embauche des assistants chargés de l’épauler dans sa tâche : les assistants en question n’ont pas travaillé pour l’activité européenne des parlementaires… mais pour le compte de leur parti. Et cela sur trois législatures allant de 2004 à 2016. Une belle somme d’argent public : 4,6 millions d’euros. Pour des gens prompts à dénoncer « les fraudeurs du RSA » et les « migrants qui pillent les caisses de la Sécu », ils jouent hors catégorie.
En première instance, Le Pen avait surjoué l’outragée, la victime d’une « machination politique ». Là, c’est une toute autre musique qui est diffusée par les coaccusés qui plaident désormais… « la bonne foi », en retournant vers le Parlement européen la responsabilité de ne pas les avoir rappelés à l’ordre. « Si un délit a été commis, et tout le monde semble dire qu’un délit a été commis, je veux bien l’entendre », a déclaré Le Pen le jour de l’ouverture de l’audience. « Mais je veux que la cour sache qu’en ce qui nous concerne, a-t-elle continué, nous n’avions pas le sentiment d’avoir commis le moindre délit lorsque, en 2004, en 2009, puis en 2014, nous avons embauché nos propres assistants, puis mutualisé ces assistants. » En bonne catholique pratiquante, Le Pen doit penser que « faute avouée est à demi-pardonnée ». Peut-être espère-t-elle encore sauver sa tête pour 2027… même si les derniers sondages évaluant la popularité de Bardella au sein de l’électorat RN montrent que celui-ci a déjà, de fait, tourné la page Marine pour l’option Jordan. Celui-ci prend d’ailleurs de plus en plus la confiance, avec ses petits costumes bien taillés adaptés à la « stratégie de la cravate » pratiquée par le RN depuis 2022, visant à se rendre « crédible » auprès du grand patronat, dans l’optique d’accéder au pouvoir en 2027.
Marie Darouen