Nos vies valent plus que leurs profits

Incendie de Crans-Montana : une scène de crime capitaliste

On sait désormais que le drame qui a touché le bar Le Constellation la nuit du Nouvel An faisant 40 morts et 116 blessés, était lié directement à la cupidité des propriétaires qui, pour faire des économies, avaient lésiné sur la sécurité (pose de mousse anti phonique hors-norme, sortie secondaire fermée, usage d’engins pyrotechniques inadaptés à des lieux clos, etc.). Mais aussi indirectement aux autorités municipales qui avaient zappé depuis 2019 les inspections de conformité obligatoires. Municipalité qui voulait malgré cela se porter partie civile… ce qui a quand même été refusé par les autorités judiciaires fédérales suisses.

Les familles des victimes se sont émues que des autopsies n’aient pas été systématiquement pratiquées sur leurs proches décédés. Pour celles qui l’ont exigé, elles ont dû la faire réaliser à leurs frais. C’est à la fois choquant et très étrange alors qu’on a affaire de manière évidente à des morts violentes provoquées par l’absence de respect de nombreuses normes de sécurité de la part des propriétaires, désormais prévenus d’« homicide par négligence, de lésions corporelles par négligence et d’incendie par négligence », l’un des deux étant incarcéré en préventive. Or, dans la perspective du procès pénal, connaître les causes précises du décès est une nécessité absolue !

Par ailleurs, les victimes et leurs familles risquent de se heurter désormais à un nouvel obstacle : celui mis en avant par la compagnie d’assurances Axa Suisse chargée des indemnisations. Cette dernière a en effet fait savoir que les contrats d’assurances souscrits tant par la commune que par les propriétaires ne prévoient qu’« une somme d’assurance limitée » et « sans doute pas suffisante pour prendre en charge tous les dommages financiers subis par les personnes blessées et les familles des défunts ». Autant dire que, pour obtenir de justes réparations, les victimes devront se battre contre le premier groupe suisse d’assurances qui a pour clientes plus de 40 % des entreprises du pays et réalise un chiffre d’affaires annuel de plus de 6,5 milliards d’euros. Ce qui ne le rend pas plus généreux pour autant. Dans cette affaire la rapacité capitaliste est présente à tous les niveaux.

Marie Darouen