En 2025, pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, il y a eu moins de naissances que de décès en France. La natalité s’effondre, avec 24 % de bébés en moins par rapport au pic de 20101. Véritable coup dur pour le « réarmement démographique » de Macron, ou la « grande cause nationale » que le Rassemblement national a voulu faire voter pour la relance de la natalité.
Une menace pour nos retraites ? Seulement tant que les grandes fortunes continuent de s’accaparer les gains de productivité. Une menace pour la nation ? Seulement pour les capitalistes qui voient les enfants comme de la chair à canon ou à patron.
À qui la faute, si les jeunes générations manquent d’entrain à se reproduire ? Certains pointent du doigt la volonté des jeunes de se réaliser en dehors de la parentalité. S’il n’y avait que ça, ce serait un progrès ! Malheureusement ce sont plutôt les sombres perspectives proposées par la société capitaliste qui expliquent la tendance actuelle.
L’Assemblée a mis en ligne un questionnaire pour s’expliquer cette baisse. La réponse est implacable : la difficulté pour se loger et la hausse des coûts (frais de garde, cantine, charges diverses) dissuadent de nombreux couples d’avoir un enfant, et plus encore d’en avoir un deuxième. Les répondants (non représentatifs de la population) ont pourtant un niveau de vie supérieur à la moyenne, de l’aveu même du Parlement. Rien d’étonnant donc que la chute de la natalité ait accéléré ces trois dernières années sous les coups de l’inflation.
Mais au-delà des contraintes du quotidien, c’est l’avenir pour les futures générations qui inquiète. Depuis la Seconde Guerre mondiale, le développement du travail des femmes et l’aspiration aux loisirs avaient surtout retardé les naissances et un peu réduit la taille des familles. La fécondité est, moins qu’avant, guidée par le « devoir » de produire des enfants, que par le « désir » d’avoir des enfants. Les mouvements de libération des femmes, et surtout l’accès à la contraception et à l’avortement, ont facilité le choix du moment et du nombre d’enfants, même si la pression sociale se poursuit pour faire naître ce « désir ». Mais entre le changement climatique, la situation économique toujours plus incertaine et la montée de l’extrême droite, de plus en plus de couples angoissent à l’idée de faire vivre ça à des enfants. Aujourd’hui, 15 % des hommes et 13 % des femmes de 18 à 29 ans disent ne pas vouloir d’enfant : trois fois plus qu’il y a vingt ans ! Et celles et ceux qui veulent aller au-delà de deux enfants sont de plus en plus minoritaires.
Autant dire que l’ambition des généraux et du gouvernement de sacrifier nos enfants sur l’autel du profit et des rivalités internationales entre bourgeoisies ne risque pas de dynamiser le désir d’enfants. Pas plus que les motivations racistes de l’extrême droite.
Maurice Spirz
1 À l’inverse, le nombre de décès augmente avec l’arrivée à un âge de mortalité élevée des générations nombreuses du baby-boom.