La répression sanglante du régime des mollahs a eu raison des manifestations. « L’ordre règne en Iran », un ordre sanglant. En tout cas provisoirement, car la colère est là et nul ne peut prédire quand elle explosera à nouveau – peut-être très bientôt : les vagues du mouvement Femmes, Vie, Liberté n’étaient pas complètement retombées quand la révolte a éclaté en décembre dernier.
Samedi 17 janvier, l’ayatollah Khamenei reconnaissait que la répression des manifestations a fait plusieurs milliers de morts. Il en rend les États-Unis responsables pour avoir « encouragé les fauteurs de trouble ». Le bilan réel de ces deux semaines de manifestations et répression sanglante est encore loin d’être connu ; des ONG donnent des chiffres d’au moins 4 000 morts répertoriés à ce jour, mais on parle de plus de 12 000 morts, de très nombreux blessés grièvement et de dizaines de milliers d’arrestation. Le mouvement a débuté le 28 décembre avec les protestations des commerçants du Bazar de Téhéran contre l’inflation et l’effondrement de la monnaie. Mais il s’est vite généralisé à l’ensemble de la société : des étudiants, déjà nombreux dans les manifestations de 2022-2023 à la suite de la mort Jina Mahsa Amini, et de toutes les couches pauvres dont les salaires déjà misérables ne permettent plus de vivre. Il s’est étendu comme une traînée de poudre en quelques heures dans tout le pays, y compris les centres industriels qui, depuis quelques années, ont connu de nombreuses grèves, malgré la répression.
L’ombre du chah pour berner la révolte
Si Trump y est pour quelque chose, ce n’est pas pour avoir encouragé la contestation sociale, dont lui comme ses amis qui règnent dans les pays voisins craignent avant tout qu’elle aille au-delà de ce qui peut servir à manœuvrer contre le régime de Khamenei et se répande aux autres populations. La responsabilité de l’impérialisme américain porte sur les conséquences de ses bombardements sur l’Iran, à la suite des bombardements israéliens en juin dernier, et par la multiplication des « sanctions », officiellement prises contre le régime, mais qui ont pénalisé avant tout les classes populaires en aggravant la crise économique que connaît le pays.
Et c’est sûrement bien plus dans une petite couche de la bourgeoisie iranienne, y compris parmi une partie des hommes d’affaires, jusque-là profiteurs du régime, que la carte de rechange du fils de l’ancien chah, Reza Pahlavi, réfugié aux États-Unis a quelques attraits.
La nécessité d’un parti qui soit celui de la classe ouvrière
En 1979, les masses populaires, en particulier la classe ouvrière, s’étaient soulevées en Iran contre le régime dictatorial et corrompu du chah. Le fondateur du régime iranien actuel, l’ayatollah Khomeiny, avait rejoint l’Iran depuis la France où il était en exil, pour faire rentrer dans l’ordre la révolution qui venait de renverser la dictature du chah… et la remplacer par la dictature d’une nouvelle clique de religieux et de ses fidèles, les futurs gardiens de la révolution, avec le concours, à l’époque, de l’essentiel de la gauche iranienne.
Même si cette histoire est vieille de près de 50 ans, celle d’une révolution trahie, la classe ouvrière iranienne a bien des raisons de se rappeler la leçon. Alors qu’on lui propose aujourd’hui de faire le chemin retour, ou qu’on cherche à la berner avec de vagues promesses de « démocratie », surtout dans un pays où l’inégalité sociale est si criante qu’elle ne s’impose que par la force brutale et la dictature, c’est la société elle-même qu’il est urgent de changer, l’exploitation capitaliste de renverser.Ce n’est pas de combativité et de courage que manque la classe ouvrière aujourd’hui, on le voit. C’est bien plutôt, à cause de 50 ans de dictature, de militants ouvriers organisés qui puissent donner des perspectives à ses luttes.
Olivier Belin