Après l’agression américaine au Venezuela qui, au prix d’une centaine de morts, a permis à Trump d’enlever le président Maduro et sa femme Cilia Flores, et de les emprisonner aux États-Unis, Maria Corina Machado aurait pu croire son heure arrivée. Cette politicienne d’extrême droite, récente récipiendaire du prix Nobel de la paix et encensée par tous les politiciens et médias bourgeois de par le monde, croyait pouvoir succéder au président capturé. Elle avait même été déclarée gagnante de la dernière élection présidentielle par les États-Unis. Pourtant Trump l’a jugée « pas qualifiée pour diriger le pays ».
Mais une politicienne arriviste ne se décourage pas pour si peu. Dégoulinante d’obséquiosité et spéculant sur la bêtise et l’ego surdimensionné du personnage, elle a fait le voyage à Washington et a remis à Trump son titre de Nobel de la paix en gage de soumission. Il a gardé la médaille et s’est déclaré très content… mais pas suffisamment pour adouber Machado, qui devra encore attendre. À quoi lui servirait en effet une femme politique sans assise populaire et détestée par beaucoup alors qu’il peut dicter sa loi au régime en place ?
Car, pour les actuels dirigeants du monde, c’est souvent la chute d’un régime et son remplacement qui posent problème : des mouvements sociaux importants, voire des révolutions, sont toujours possibles, et les bouleversements soudains peuvent générer une longue période de troubles et d’instabilité, même à la suite d’une intervention impérialiste directe, comme en Libye ou en Irak. Certes, dans ce monde capitaliste, les capitaux parviennent toujours, d’une manière ou d’une autre, à prélever leur livre de chair sur les peuples dominés. Mais c’est quand même beaucoup plus rentable de disposer à cet effet d’un régime capable de mater sa population, d’assurer une certaine stabilité politique et un cadre légal reconnu permettant le bon déroulement des affaires.
La vice-présidente vénézuélienne, Delcy Rodriguez, jusqu’alors bras droit de Maduro, s’est résolue à composer avec Trump. Elle n’avait pas vraiment le choix : les menaces et le blocus américain continuent, porte-avions compris. Le 15 janvier, un nouveau navire a encore été arraisonné par la marine américaine, le sixième depuis l’agression.
Trump ne cache pas ses ambitions concernant le Venezuela : le pétrole, qu’il prétend vouloir « récupérer » car il « appartient » aux États-Unis. Mais les grandes compagnies pressenties, pour l’essentiel américaines – Total n’a pas été convié au festin –, ne manifestent guère d’enthousiasme : la relance de la production nécessiterait des investissements considérables peu assurés d’être rapidement rentables.
La politique des États-Unis concernant le Venezuela est un concentré d’impérialisme : s’approprier les ressources, terroriser les populations et garantir des régimes soumis. Ça peut tenir un temps, mais aussi susciter des révoltes !
20 janvier 2026, Michel Grandry