
Dimanche 18 janvier a eu lieu le premier tour de l’élection présidentielle dans une situation très polarisée par la montée du parti d’extrême droite Chega. Le candidat du PSD – la droite gouvernementale actuelle – est arrivé cinquième avec 11,3 %, derrière un autre candidat de la droite libérale, Cotrim de Figueiredo (16 %) et un amiral de la marine qui avait organisé la campagne Covid en 2020, Gouveia e Melo (12,3 %). Le mécontentement qui s’est exprimé lors de la grève générale très suivie du 11 décembre 2025 contre un projet de loi travail massivement rejeté a trouvé un écho dans les urnes dans l’avance inattendue du candidat du Parti socialiste.
Ce dernier, António Seguro, est arrivé en tête du premier tour avec 31,1 % des suffrages. Quasi inconnu de la population avant ces élections, si ce n’est pour ses positions plutôt droitières au sein du PS, il a bénéficié du vote de beaucoup de Portugais qui rejettent une extrême droite qui a le vent en poupe et qui ne voulaient pas voir son candidat, André Ventura, au second tour.
Celui-ci s’y retrouve quand même avec 23,5 %, soit 1,3 million de voix, une progression énorme pour un parti – Chega (« ça suffit » en français) – créé en 2019 avec une quasi-inexistence de l’extrême droite auparavant. Sans surprise, sa campagne a déversé une démagogie anti-immigrés et sécuritaire. Proche du Rassemblement national français, qui lui prodigue des conseils, il assène des propos outranciers à la mode Trump contre les travailleurs d’Asie (ceux-ci travaillent dans l’agriculture industrielle le plus souvent) : un de ses slogans de campagne était « Ici ce n’est pas le Bangladesh ! », encourageant y compris les agressions racistes. Et il répète à l’envi la devise de la dictature salazariste1 : « Dieu, patrie et famille. »
Le vote pour l’extrême droite reflète, au Portugal comme ailleurs, un désespoir social, surtout en ce qui concerne les classes populaires. Cela pourrait sembler contradictoire dans un pays vanté dans les médias et par les économistes comme un petit miracle de croissance. Mais cette croissance rime pour les travailleurs, et même une partie importante de classes dites « moyennes », avec inflation, prix exorbitants de l’alimentation, des logements, des salaires très bas qui font que le Portugal continue à être un pays d’émigration.
La spéculation immobilière, les visas et dégrèvements dorés accordés aux investisseurs ces dernières années, notamment par des gouvernements socialistes, ont conduit à une situation explosive : des familles vivent entassées, louent des chambres chez l’habitant, des bidonvilles repoussent.
Depuis 2022, il y a eu trois élections législatives, dont deux anticipées et la droite est revenue au pouvoir mais sans majorité pour gouverner.
On peut penser que le candidat socialiste l’emportera sur le candidat d’extrême droite le 8 février : en plus des électeurs de gauche, une partie des électeurs de droite reporteront probablement leur voix sur lui. Mais le soulagement de ne pas voir un Trump à la portugaise devenir président (avec peu de pouvoir au Portugal) ne résoudra pas l’appauvrissement croissant d’une partie de la population et il faudra reprendre le chemin des manifestations et de la grève.
20 janvier 2026, Anne Hansen
1 La dictature salazariste a duré de 1933 à 1974, où elle a été renversée par un processus révolutionnaire. Jusqu’à ces dernières années, l’extrême droite au Portugal, apparaissant comme liée à cette dictature, était largement rejetée.