La justice n’est généralement pas très sévère avec les policiers qui tuent et qui mutilent mais, pour certains, c’est encore trop. Sur proposition des LR et avec le soutien de l’extrême droite et du gouvernement, ils ont voulu faire adopter par l’Assemblée nationale une proposition de loi « visant à reconnaître une présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre, dans l’exercice de leurs fonctions ». En clair, policiers et gendarmes seraient considérés a priori dans leur bon droit quand ils font usage de leurs armes et ce serait à la justice ou à leurs victimes de démontrer le contraire. Cette mesure est réclamée depuis longtemps par les syndicats policiers et une partie de la droite et de l’extrême droite. Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a défendu cette proposition de loi avec acharnement à l’Assemblée. Le texte finalement n’a pas été voté pour cette fois. Mais ce n’est peut-être que partie remise.
Cet épisode participe d’une campagne démagogique de la droite et de l’extrême droite visant à faire croire que les policiers seraient sans cesse agressés et que les victimes de leur violence, matraquées, blessées, mutilées ou tuées l’auraient, en quelque sorte, bien cherché. Mais il ne s’agit pas seulement de discours à visée électoraliste. Cette propagande, reprise à l’envi par les médias, a également pour effet de conforter les forces de répression dans un sentiment du « tout est permis » et d’impunité. D’après les propres chiffres de la police (IGPN), qu’on ne peut soupçonner d’être « anti-flics », dans la seule année 2023, 37 personnes sont mortes et 91 autres ont été blessées au cours d’opérations policières. Ces chiffres auraient d’ailleurs tendance à augmenter : les interpellations seraient à l’origine de la mort de cinq gardés à vue en 2023 et de huit en 2024.
Et c’est ainsi qu’El Hacen Diarra, 35 ans, est décédé le 16 janvier après une violente arrestation par la police du 20e arrondissement de Paris : tabassage et coups de taser, jusqu’à la mort au poste. Une affaire qui ressemble à beaucoup trop d’autres où des jeunes hommes issus de l’immigration sont gravement blessés ou meurent subitement après une intervention policière…
Les policiers meurtriers, quand ils ne sont pas relaxés, ne sont en général condamnés qu’à des peines symboliques. La police tue et s’attaque en priorité aux habitants des quartiers populaires. Les simagrées parlementaires auxquelles on a assisté à propos d’une prétendue « présomption de légitime défense », ne font que la renforcer.
Michel Grandry
