Nos vies valent plus que leurs profits

Infirmières de New York en grève !

Photo : Richard Drew / AP News.

Traduction d’un article de nos camarades de Speak Out Now du 21 janvier. Mise en page et sous-titres de la rédaction.

 

 

Le lundi 12 janvier, près de 15 000 infirmières de trois des plus grands regroupements hospitaliers de New York se sont mises en grève. Elles réclament une augmentation salariale, se battent pour obtenir de meilleures conditions de travail et souhaitent préserver leurs avantages sociaux. Cette grève s’insère dans une confrontation d’échelle nationale entre les travailleuses de la santé et les réseaux hospitaliers, dans un contexte national de réduction des financements des différents systèmes et programmes de santé.

Quand le non-lucratif cherche à réduire les dépenses au détriment des soins et de la sécurité

Montefiore, Mount Sinai et New York Presbyterian, ces établissements dépendent des trois principaux systèmes de santé de New York où les travailleuses font grève. Ces hôpitaux sont liés à des universités qui s’affirment à but non lucratif et forment de jeunes infirmières et médecins. Toutefois, dans ces trois établissements, l’indécence des factures présentées aux patients s’ajoute aux coupes budgétaires du gouvernement fédéral pour réduire les coûts de soins supposés excessifs. Cela signifie que les administrateurs de ces réseaux hospitaliers et d’autres ne sont pas disposés, ou incapables, d’augmenter les salaires ou les avantages sociaux de leurs salariés, ni à dépenser davantage pour les soins et la sécurité des patients. En général, cela signifie qu’ils chercheront à réduire leurs dépenses.

Non seulement les infirmières en grève et leur syndicat critiquent les hôpitaux pour avoir continuellement sous-doté les établissements en personnel, ce qui entraîne une augmentation du burn-out et du turnover parmi les soignantes, mais ils reprochent également à leur direction de ne pas en faire assez pour maintenir la sécurité dans les hôpitaux. Deux incidents récents ont mis en évidence leur vulnérabilité au travail, et les travailleuses du rang sont presque unanimes pour dire que les cadres ne font pas assez pour assurer leur sécurité et celle de leurs patients. Leur colère à ce sujet est peut-être le principal moteur de la grève.

Des infirmières privées d’assurance maladie ?

De plus, Mount Sinai et New York Presbyterian prévoient de réduire ou de supprimer complètement leurs contributions au système d’assurance maladie géré par le syndicat des infirmières, la New York State Nurses Association (NYSNA). Cela signifierait une réduction, voire une perte totale, des remboursements des soins de santé non seulement pour les 15 000 infirmières concernées, mais aussi pour près de 44 000 autres travailleurs inscrits au régime de santé géré par le syndicat. Cela signifierait que les infirmières et autres personnes dont le job est de soigner pourraient elles-mêmes perdre leur assurance maladie !

Alors qu’ils prévoient de mettre en œuvre ces mesures, les cadres hautement rémunérés de ces hôpitaux continuent de gagner des millions, tandis que les travailleurs ont à peine les moyens de vivre dans la ville. Les infirmières en grève ont un salaire de départ supérieur à 100 000 dollars par an qui correspond au salaire moyen dans ces hôpitaux. Mais, même si cela peut sembler important, New York est la ville la plus chère des États-Unis et l’une des plus inabordables du monde. Les dépenses essentielles associées au coût de la vie new-yorkais absorbent une grande partie de ces salaires. En revanche, au sommet de l’échelle salariale, le directeur du New York-Presbyterian Hospital a empoché 26 millions de dollars de rémunération totale en 2024. Cet énorme écart entre son revenu et celui de ses milliers d’employés n’est pas très différent de celui que l’on observe dans les entreprises à but lucratif, où les propriétaires, les PDG et les membres du conseil d’administration gagnent des millions ou des milliards tandis que leurs employés ont du mal à joindre les deux bouts.

60 millions de dollars pour briser la grève

Et, alors que ces trois hôpitaux affirment ne pas avoir assez d’argent pour payer les salaires des infirmières et embaucher suffisamment de personnel, le New York Presbyterian a dépensé à lui seul 60 millions de dollars pour embaucher 1 700 infirmières pour faire le boulot des grévistes. Pour le dire autrement, même lorsque l’argent est censé être rare, ils trouvent des sommes importantes pour casser les grèves. Mais plutôt que d’offrir de meilleures conditions et avantages sociaux à leur personnel ou d’améliorer les soins hospitaliers, leur priorité est de payer des remplaçantes pour l’emporter face à leur propre personnel infirmier.

Compression des salaires et réduction des effectifs en raison du sous-financement des soins de santé

La dernière pièce du puzzle est le contexte dans lequel cette grève se déroule. Ces dernières années, et en particulier sous l’administration Trump, des coupes budgétaires de toutes sortes dans les programmes sociaux et de santé se font sentir partout aux États-Unis. Les dirigeants des hôpitaux new-yorkais admettent ouvertement qu’une partie de la raison pour laquelle ils ne veulent pas augmenter les salaires des infirmières est que leurs établissements recevront moins de fonds fédéraux pour les soins de santé dans les années à venir. C’est directement lié à la suppression des subventions pour les soins de santé, qui devrait rendre l’assurance maladie inaccessible pour peut-être dix millions de personnes voire plus. Il s’agit là d’un exemple clair de coupes budgétaires au niveau fédéral qui se répercutent sur les travailleuses et les obligent à faire des économies. Au moment où les régimes de santé proposés par les employeurs du secteur privé sont pratiquement inexistants, et où même les régimes de santé médiocres sont inabordables pour tous sauf pour les plus riches, les coupes budgétaires du gouvernement fédéral ne feront qu’aggraver toutes ces tendances. Les infirmières et les patients des grands hôpitaux de New York sont pris en étau par ces logiques.

Grâce à leurs efforts pour renforcer leurs syndicats, grâce à leur grève de 2023 et à celle-ci, ces infirmières s’organisent et ripostent. Nous les soutenons dans leur lutte contre les priorités d’un système qui ne fonctionne ni pour elles ni pour leurs patients.