
La publication de millions de documents sur l’affaire Epstein n’en finit pas de secouer le milieu des grands de ce monde et de provoquer une certaine sidération : on reste stupéfait de l’étendue du réseau de ce criminel, millionnaire et pédophile…
Il aura fallu une loi spéciale du Congrès des États-Unis pour contraindre Pamela Bondi, la ministre de la Justice, à publier les « Epstein Files ». Les documents ont été caviardés à la hâte – c’est d’ailleurs ce caviardage qui ralentit leur publication intégrale –, pour faire disparaître certains noms de personnes bien en place dans le monde… à commencer par Trump, lui-même ami d’Epstein. En revanche, les noms des victimes – les seuls qui, légalement, auraient dû être occultés – ont été publiés en clair, jetant en pâture à l’opinion publique, dont une partie n’est pas forcément bienveillante, les victimes du prédateur sexuel, la plupart de très jeunes femmes au moment où Epstein les avait capturées dans ses filets.
Les personnes qui apparaissent ne sont pas nécessairement impliquées dans ces sordides affaires de prostitution de jeunes femmes, mais toutes avaient avec Epstein des liens amicaux ou financiers. Toutes font partie du petit monde des puissants, ceux qui disposent des moyens matériels que confère l’argent ou l’exercice du pouvoir, et qui les emplit d’un sentiment de toute-puissance et d’impunité. Epstein n’est pas le premier: de feu le Premier ministre italien Berlusconi au dirigeant « socialiste » Strauss-Kahn en passant par le producteur hollywoodien Weinstein, leurs crimes sexuels étaient connus dans les cercles de la bourgeoisie bien avant qu’ils ne soient publiquement dénoncés.
Ces milliardaires, ces têtes couronnées, ces politiciens font tous partie de cette bourgeoisie où l’on s’entraide, où l’on ferme les yeux . Tous se croisent dans les mêmes soirées mondaines, grands restaurants, hôtels de luxe et autres stations huppées. Car ce qui compte avant tout à leurs yeux, c’est le compte en banque, qui permet de jongler avec des sommes tellement énormes qu’elles échappent à l’entendement du commun des mortels. Mais qui créent des liens bien plus forts que des différences politiques de façade : Epstein n’avait-il pas des liens personnels avec le fasciste Elon Musk aussi bien qu’avec le « socialiste » Jack Lang ?
Ces capitalistes, et les gouvernants à leur service, n’ont pas de mots assez durs pour traiter de profiteurs ceux que la misère ou les guerres ont fait fuir des pays ravagés afin de pouvoir enfin… grelotter sous une tente en France. Et font la leçon aux classes populaires sommées de rembourser les dettes étatiques qu’ils ont eux-mêmes contractées… pour faire tourner cette économie absurde dont la finalité est avant tout, à leurs yeux, de leur permettre ce mode de vie prédateur.
Jean-Jacques Franquier