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Russie : derrière la répression, une contestation continue de la guerre

Dès les premiers jours de l’invasion russe en Ukraine, la répression s’est déchaînée contre les dizaines de milliers de personnes qui ont manifesté pour s’opposer à cette fuite en avant guerrière. Arrestations, procès, lourdes amendes, intimidations, mais aussi emprisonnements de longue durée, certains en camp de relégation. Et la fuite hors du pays d’un total d’un million de personnes. Depuis, la répression n’a fait que s’accroître.

En avril 2023, Poutine a signé une loi condamnant à la prison à perpétuité tout « traître à la patrie ». La Russie compte aujourd’hui plus de 1 700 prisonniers politiques selon certaines ONG, soit plus que sur l’ensemble du territoire soviétique au début des années 1980, sous Brejnev, un des derniers dirigeants de la bureaucratie stalinienne. Soixante nouveaux dossiers « criminels » seraient ouverts chaque mois concernant des affaires de « trahison », c’est-à-dire des procédures judiciaires contre des citoyens ayant critiqué la guerre.

Fin janvier, les médias annonçaient que « l’opposition russe en exil fait son entrée au Conseil de l’Europe ». Quelques figures de l’opposition libérale à Poutine, une frange de la classe bourgeoise russe qui attend son heure en cas de chute du dictateur, sont courtisées par les « démocraties » impérialistes européennes. Elles avaient entre autres négocié la libération en 2024 d’Ilya Iachine, proche de l’opposant Alexeï Navalny mort, probablement assassiné, en prison en février 2024, comme du journaliste opposant Vladimir Kara-Mourza, condamné à 25 ans de prison pour « espionnage ». En revanche, elles restent silencieuses sur le sort de centaines d’autres, dont Boris Kagarlitsky, une figure de la gauche russe socialiste et antiguerre, arrêté en 2023 et condamné à des années de camp.

La répression s’abat particulièrement sur les jeunes. Le 24 novembre dernier, l’âge de la responsabilité pénale a été abaissé de 16 à 14 ans. Selon les chiffres officiels du ministère de l’Intérieur russe, 159 adolescents ont été poursuivis pour « trahison » depuis le début de la guerre. Le cas le plus emblématique est celui d’Arseny Turbin, 14 ans, arrêté en septembre 2023 et condamné à cinq ans de prison pour des vidéos anti-Kremlin et anti-guerre sur les réseaux sociaux. Souvent, les arrestations se font sur des motifs totalement futiles : en août dernier, deux jeunes « tiktokeuses » avaient été arrêtées pour s’être filmées en train de danser devant des entrepôts bombardés par des drones ukrainiens, et avaient dû s’excuser publiquement, dans une mise en scène digne des procès de Moscou.

Le but pour le régime est clair : instaurer la terreur pour dissuader toute tentative de s’opposer à sa politique guerrière. Mais la population est loin d’être unie derrière le dictateur, d’autant que la Russie est quasiment passée en économie de guerre, ce qui pèse de plus en plus lourd sur les classes populaires.

Aurélien Perenna

Désertions dans l’armée russe

Pour les soldats du rang qui tentent de déserter, la punition est souvent terrible. On se souvient d’images de mercenaires de Wagner se filmant en train de tuer à coups de masse un soldat accusé de désertion. Le plus souvent, les déserteurs qui sont rattrapés sont enfermés dans des caves et subissent des tortures, avant d’être expédiés dans des régiments envoyés en première ligne, où la mort est quasi certaine. Il n’empêche, le nombre de désertions dans l’armée ne cesserait d’augmenter. Dans une enquête de 2025, The Insider, estime que les tribunaux militaires russes auraient prononcé plus de 18 000 verdicts pour des affaires d’abandon de poste, avec plus de 8 500 pour la seule année 2024. Une association d’aide aux déserteurs russes, « L’Adieu aux armes », estime que 30 000 à 40 000 soldats ont déserté pour la seule année 2023 – des chiffres difficilement vérifiables, mais qui témoignent de l’étendue de l’opposition à la guerre dans un pays qu’on présente comme totalement caporalisé.

A.P.

 

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