Ci-dessous le texte d’une intervention à la réunion publique du 4 mars 2026 à Marseille
Nous sommes à Marseille, mais nous allons commencer par parler… de la Bretagne. Plus précisément d’Orion 26 qui s’y déroule actuellement. Orion 26, c’est le jeu de rôle grandeur nature auquel s’amusent en ce moment les armées de vingt-quatre pays de l’Otan. C’est la plus grosse opération d’entraînement militaire depuis la fin de la guerre froide. Ce sont des simulations de débarquements, des colonnes de blindés qui se promènent sur les routes, des murs qui tremblent et des habitants qui s’affolent quand les avions de chasse passent le mur du son (véridique, les gens ont cru à un tremblement de terre !), ce sont des douilles qui jalonnent les campagnes… Rien que pour l’armée française, il y a 12 500 soldats, 25 navires de guerre, 140 avions et hélicoptères et 1 200 drones qui jouent à la guerre avec leurs alliés. Mais évidemment, pour nous, ce jeu-là n’a rien d’amusant, parce que c’est bien la démonstration que nos dirigeants se préparent, de leurs propres mots, à un « conflit de haute intensité ». Et ils s’y préparent avec un projet bien clair pour les jeunes et les travailleurs, un projet résumé par le chef d’état-major des armées quand il dit qu’il faudra « accepter de perdre ses enfants ».
Parce que oui, pendant que les soldats d’Orion 26 jouent un scénario bien connu, celui d’un conflit entre puissances impérialistes qui veulent se repartager le monde, le gouvernement, lui, prépare déjà les esprits et recrute dès maintenant sa future chair à canon en se branchant sur son meilleur canal : l’Éducation nationale.
En trois mois le gouvernement a :
- réinventé le service militaire, intégré à Parcoursup, car il vise principalement les jeunes de 18 ans ;
- produit une lettre « d’information d’éducation à la défense » à destination de tous les enseignants ;
- pire encore, il a envoyé un guide à tous les établissements scolaires, qui s’appelle Acculturer la jeunesse à la défense.
Acculturer, c’est un terme bien présent dans l’histoire coloniale de la France, qui signifie en fait imposer une nouvelle culture : ici, on parle de la culture de la guerre !
Il s’agit donc bien d’une volonté consciente d’embrigader les jeunes.
Mais, quand on dit jeunesse, en réalité, c’est surtout la jeunesse issue de la classe ouvrière, celle des milieux les plus populaires, qui est visée.
Par exemple, est-ce que vous connaissez les « classes Défense » ? C’est l’outil phare du gouvernement pour militariser les jeunes esprits et recruter ses futurs soldats. Si, en 2016, elles concernaient 3 700 élèves, elles en concernent plus de 32 000 dans le secondaire aujourd’hui. Elles servent à renforcer le lien « armée-jeunesse » en y consacrant plusieurs heures par semaine. Et l’on y fait parfois directement encadrer les élèves par des militaires. Dans les textes, très officiellement, avec beaucoup de transparence, les cibles sont clairement définies : prioritairement, les élèves des REP ou des REP+, donc les élèves issus des quartiers où vivent très majoritairement les travailleurs les plus exploités et ceux privés d’emplois, ainsi que les jeunes des zones rurales isolées qui connaissent eux aussi des difficultés sociales et l’exclusion.
Alors, dans ces classes Défense, on a des classes Armée de terre, Marine nationale, certaines même en partenariat avec des unités de sous-marins nucléaires lanceurs d’engins ; des classes Gendarmerie aussi (il ne faudrait pas oublier de se préparer à taper sur celles et ceux qui pourraient se révolter). Et l’on a aussi des classes encadrées par la Légion étrangère. Comme dans le Vaucluse, où ils avaient même l’intention d’organiser un bivouac encadré par les légionnaires. Esprit camping et adrénaline : ça fait une jolie vitrine !
Sauf que la guerre, ce n’est pas fun, la guerre, c’est la mort. Et certains ne s’en cachent pas, comme la principale du collège Lou Garlaban, à Aubagne, qui fait aussi une classe Légion étrangère et qui a expliqué que son but était de présenter les valeurs de l’armée comme, je vais la citer : « Le courage, la détermination et le respect de la parole donnée, accomplis jusqu’au sacrifice suprême de donner son sang pour la nation. » On parle d’un projet qui concerne… des collégiens de 13 ans ! Pour qui, c’est écrit noir sur blanc dans les textes officiels, un des objectifs est « de faire naître des réflexions […] ayant pour but de déboucher sur la question de l’engagement ».
Alors, des exemples sur cette volonté de préparer la nouvelle génération à la guerre, on pourrait en dresser la liste pendant des heures. Par exemple, les étudiants d’une MFR (maison familiale et rurale) en BTS Gestion et Protection de la nature, qui apprennent à piloter des drones sous la direction d’un lieutenant-colonel. Autre exemple, on peut à juste titre s’indigner des futures classes Défense destinées aux élèves d’une école primaire en Gironde ou parce que les classes Défense seront maintenant des partenariats non plus d’un an, mais de trois ans. Toujours plus !
On peut citer directement le guide Acculturer la jeunesse à la défense qui veut favoriser les stages de découverte professionnelle des élèves de 3e et 2de dans l’armée. Et qui, dans les trois pages consacrées spécialement aux élèves de lycée professionnel, annonce franchement la couleur : « L’ambition est de garantir des flux constants et pérennes entre les établissements scolaires et les unités opérationnelles de l’Armée de terre. […] Le volume des partenariats pourrait considérablement progresser à court et moyen terme. »
L’objectif est donc de préparer les jeunes adultes de demain à faire la guerre, il est très clair. Assumé ! Il faudrait même faire plus d’enfants pour alimenter les besoins en travailleurs à exploiter et en soldats prêts à crever. En prônant, comme Macron, le « réarmement démographique ». Ou, comme l’a fait le gouvernement, par courrier, en demandant aux jeunes femmes de se dépêcher d’enfanter quand approchent les 30 ans ! Ce n’est pas une blague…
Pourtant, même si le projet est limpide, ce qu’il faut dire en premier lieu, c’est que ceux qui sont responsables de la guerre sont aussi ceux qui sont responsables de la misère. C’est le grand patronat, qui nous exploite autant qu’il obligera les jeunes travailleurs à se battre et à mourir pour garantir ses profits. Parce que, pour toute une partie de ces grands patrons, la guerre ça veut dire trois choses :
- Premièrement, défendre leur pré carré, leurs intérêts dans des territoires qu’ils considèrent comme les leurs : l’Afrique de l’Ouest pour les capitalistes français, Bolloré et Cie, (même s’ils sont en train de se faire éjecter par les peuples africains qui n’en peuvent plus de leur présence) ou l’Amérique latine pour les capitalistes américains. Bref, des territoires qu’ils ne veulent pas qu’on leur dispute d’ailleurs ! Car les tensions internationales, c’est toujours ça : gagner, ou conserver, les ressources et les industries d’un pays.
- Deuxièmement, la guerre pour les capitalistes, ça veut dire se préparer à reconstruire. Il n’y a qu’à les voir se lécher les babines en se partageant les futurs marchés ukrainiens, palestiniens, libanais ou iraniens. D’ailleurs, dès 2022, Challenges, le journal des boursicoteurs, titrait gaiement : « Face à une concurrence serrée, les entreprises françaises bien positionnées pour reconstruire l’Ukraine. » Parce que le patronat sait très bien ce que signifie la guerre, il a l’habitude, et l’Ukraine c’est un paradis du profit. En février, le ministre français du Commerce extérieur était encore à Kiev pour essayer de décrocher de nouveaux contrats pour les capitalistes français. Et ça tombe plutôt bien, la reconstruction vient d’être évaluée à 588 milliards de dollars ! Alors, leurs larmes de crocodile ne trompent personne, de toute façon, les plus cyniques ne jouent même plus la comédie : en janvier, à Davos, Trump relançait son horrible projet de Riviera dans la bande de Gaza. Il a dit : « Regardez ce site sur la plage et ce magnifique lot foncier ! » Le capitalisme ne connaît aucune limite dans l’horreur. Dans ce système, même un génocide est toujours convertible en devises !
- Enfin, pour le grand patronat, la guerre, c’est aussi et surtout produire des armes, beaucoup d’armes, et les vendre. Et, dans un contexte de crise économique où l’industrie a parfois du mal à dénicher de nouveaux marchés, ces grands groupes trouvent là un débouché qui les ravit.
D’ailleurs, il n’y a qu’à voir qui soutient la production des fascicules pro-guerre qu’on distribue dans les écoles. Il y en a un qui s’appelle Ma première cérémonie militaire. C’est un petit livre illustré pour les élèves du primaire promu par le Fonds du Bien Commun de Stérin, le milliardaire qui sponsorise l’extrême droite, mais aussi directement par les industriels de l’armement comme Arquus qui produit des missiles, MBDA, qui produit des blindés, Naval Group, pour les engins de la Marine. Et, derrière les brochures pour collégiens, on trouve Airbus, Safran, Dassault – en gros les plus grands marchands de canons français.
On voit bien que cette marche à la guerre ne relève pas simplement du discours et des symboles. Il ne s’agit pas seulement de Macron qui choisit comme Premier ministre Lecornu, son ministre des Armées pendant plus de trois ans. La militarisation à la guerre, ce n’est pas que dans les esprits ! En dix ans, le budget de la Défense a doublé et, depuis 2022, Macron parle d’économie de guerre. Alors, même si on n’y est pas encore totalement, on se dépêche de s’y préparer. Et certains vont très vite : les industriels de l’armement ont vu leurs profits battre des records dès 2024, quand les 100 plus grosses entreprises mondiales de l’armement ont accumulé 679 milliards de dollars de revenus.
Alors, pas étonnant qu’en France, même quand ce n’est pas pour être soldats, on nous prépare à la guerre d’une manière ou d’une autre. Toujours selon le guide Acculturer la jeunesse à la défense, les lycées professionnels pourraient permettre de fournir une main d’œuvre pour la maintenance d’engins et véhicules militaires, ou dans la logistique de l’armée.
Aux travailleurs et aux travailleuses de la santé, le gouvernement demande de se préparer à accueillir des soldats et des blessés de guerre, voire à ne bientôt plus accueillir de civils du tout, comme c’est le projet pour l’hôpital militaire Lavéran dans le 13e arrondissement de Marseille.
On doit prendre aussi conscience de cette marche vers la guerre dans l’Éducation nationale. Nous devons en discuter avec nos collègues, nous devons dénoncer tous les projets qui visent à embrigader la jeunesse et nous y opposer.
Pour les 2 000 ouvriers de Renault Le Mans, la militarisation, c’est d’apprendre par la presse qu’ils allaient produire des drones militaires de dix mètres d’envergure ; même chose à Renault Cléon, près de Rouen. Alors, certains ouvriers le disent très bien : « On n’a pas signé pour fabriquer des armes ! » Un premier pas vers la production militaire en ouvre facilement d’autres, et, comme le disent très justement certains d’entre eux : « Maintenant, l’usine est devenue une cible en cas de conflit. » Chair à patrons, chair à canon : pour le capitalisme, les rôles sont interchangeables…
Mais cette économie de guerre, là où elle devient très visible, c’est avec la dernière annonce va-t-en-guerre du gouvernement. La mise en place à France Travail (l’ancien Pôle emploi), d’une « force spéciale » – oui c’est bien son nom officiel ! – chargée de recruter des travailleurs et des travailleuses pour l’industrie de la défense. Cette structure sera non seulement dirigée par une ancienne générale de l’armée, mais elle travaillera directement avec la Direction générale de l’armement et les neuf plus grandes entreprises de l’armement : Airbus, Thales, Safran, MBDA, Naval Group, Dassault, Arquus… Tiens ! Les mêmes que ceux qui financent les livrets pour nos minots…
Alors voilà, on pourrait dire la boucle est bouclée, mais nous, au NPA-Révolutionnaires, si nous militons, c’est bien parce que nous pensons que, pour échapper à la guerre et à la misère, il y a une autre possibilité. Ce n’est pas la plus simple, c’est vrai, mais c’est la seule qui peut changer nos vies et même le sort de l’humanité : celle de compter sur nos propres forces, pour lutter contre cette marche forcée vers les guerres et, plus encore, pour se débarrasser d’une société capitaliste qui poussera toujours l’humanité vers les pires conflits.
Objectivement, nous avons les moyens de faire cesser les guerres, tout d’abord car ce sont les travailleurs et les travailleuses qui produisent les armes. Car ce sont les jeunes issus des milieux populaires qui sont appelés à former les contingents de l’armée. Sans nous, rien ne se passe.
D’ailleurs, les jeunes Allemands ont commencé à nous montrer la voie. En décembre dernier, ils étaient plus 55 000 à manifester contre le service militaire volontaire et la militarisation, et ils remettent ça le 5 mars.
Se battre contre la guerre, cela veut dire aussi être intransigeants dans la lutte contre le racisme et l’extrême droite, intransigeants dans les luttes contre les mythes nationaux et les chimères patriotiques. Pour nous, pas de fleurons français ! Quel que soit leur drapeau national, les marchands de canon sont des marchands de mort préparant des désastres pour l’humanité.
Loin de nous les « mélanchonades » au sujet de son ami Dassault, qu’il admire tant et dont il disait : « J’admire beaucoup la maison Dassault, le travail qui a été fait pendant toutes ces années. » Si Mélenchon est « fan » du Rafale, ce n’est pas notre cas ! Ce n’est pas le cas de Selma, notre porte-parole nationale. Car, au NPA-Révolutionnaires, nous sommes fondamentalement antimilitaristes et internationalistes. Et pas seulement par humanisme, mais parce que le sort de chaque travailleur, de chaque travailleuse sur cette planète est lié à celui de tous les autres.
Cette montée vers la guerre est évidemment internationale, et notre résistance devra être l’être aussi. Les mythes nationaux ne servent qu’à cacher les véritables ennemis des jeunes et des travailleurs : les capitalistes qui nous jettent dans la guerre en fonction de leurs intérêts. Alors, c’est très clair : la jeunesse populaire et ouvrière n’a pas à aller crever pour les intérêts d’une bourgeoisie toujours plus avide de profits. Pour préparer la paix, il faudra faire la guerre au grand patronat et aux gouvernements qui les servent.
Pour un monde débarrassé de ces parasites que sont les capitalistes de toutes les nationalités, il faudra la grève, il faudra lutter, il faudra s’organiser.
Pour une paix véritable, préparons la révolution !
Intervention à la réunion publique du 4 mars 2026 à Marseille