
Le 3 septembre, le câble qui reliait les deux cabines du funiculaire da Gloria s’est détaché de l’une d’elles, celle-ci a dévalé la pente a toute allure, est sortie de ses rails et s’est écrasée contre un immeuble, provoquant la mort de 16 personnes, dont le conducteur. Une vingtaine de blessés dont dix graves s’ajoutent à ce bilan dramatique. Une enquête est en cours mais il était clair dès le départ que des problèmes liés à la gestion de la maintenance étaient en cause et que l’accident n’avait rien d’une tragédie inévitable. Les deux systèmes de freinage censés éviter le pire n’ont pas fonctionné…
La compagnie des transports de Lisbonne, la Carris, est une entreprise publique de droit privé mais sous la direction de la mairie qui en est l’actionnaire. Cette cascade de responsables avait décidé de sous-traiter la maintenance il y a 14 ans, notamment celle des funiculaires et ascenseurs de la capitale, un matériel qui fonctionne pourtant depuis 140 ans. Le 31 août, le contrat avec la société MNTC arrivait à échéance et l’appel d’offres pour le renouveler n’avait pas abouti, les sommes demandées étant jugées trop élevées selon les responsables de ce service public. Mais ceux-ci affirment que MNTC a continué à intervenir en attendant et a effectué un contrôle visuel le matin même de l’accident.
Des travailleurs et responsables syndicaux avaient signalé des manquements au niveau de la sécurité, mis en cause la sous-traitance. Quel que soit le niveau où une erreur a été commise, c’est tout un système qui est en cause : des ingénieurs et techniciens interviewés par les médias portugais ont fait état de sommes ridicules allouées à la maintenance (250 euros en moyenne par intervention), de durée de vie du matériel et notamment du câble pas adaptées à l’actuelle activité de ces funiculaires très prisés des touristes : près de trois millions de voyageurs l’empruntent chaque année. Par ailleurs, l’agence publique dédiée à la prévention et aux enquêtes concernant les accidents aériens et ferroviaires (GPIAAF) ne compte que deux enquêteurs – dont son directeur – et réclamait une embauche au gouvernement depuis mars. (Voir articles du Diario de Noticias du 5/09/2025).
Le directeur de la Carris et le maire de Lisbonne ont versé des larmes de crocodile, celui-ci déclarant que Lisbonne était « en deuil », visiblement plus préoccupé par la mauvaise image de la ville et les répercussions de cette catastrophe sur les chiffres du tourisme que par le vrai deuil des proches des victimes. Ces attitudes ont largement choqué l’opinion et feront peut-être perdre sa place à l’actuel maire de droite aux élections d’octobre. L’accident a aussi mis en lumière le système rapace des assurances censées indemniser les victimes et leurs familles : une des fonctions des autopsies est de chercher des antécédents de santé permettant d’évaluer la durée de vie présumée des personnes décédées afin de minimiser les indemnisations…
Anne Hansen