Adolescence, de Jack Thorne et Stephen Graham
Mini-série disponible sur Netflix
Jamie, un adolescent de 13 ans est brusquement arrêté un matin, accusé du meurtre de sa camarade de classe, Katie. Les caméras de surveillance montrent qu’il l’a suivie, s’est disputé avec elle et l’a poignardée de sept coups de couteau. Ce qui passe au départ pour un accès de colère sanglant contre Katie qui harcelait Jamie se révèle finalement être un crime misogyne influencé par les discours incels (« involuntary celibate ») qui se multiplient sur internet. À travers quatre épisodes réalistes rendus étouffants par l’utilisation brillante du plan séquence, on voit que ni les parents, ni la police, ni le collège, n’ont réussi à endiguer la propagation des discours masculinistes en ligne bien connus des adolescents mais tout à fait inconnus des adultes. Le jeu des acteurs est particulièrement précis et met l’accent sur toutes les émotions contradictoires des personnages, tout en laissant au spectateur l’espace de comprendre avec horreur ce qui amène un jeune garçon à adhérer à de telles théories.
Jamie, fils de plombier, semble pourtant être un enfant banal, élevé par une famille fonctionnelle dans la ville de Sheffield au nord de l’Angleterre. Ses parents et sa sœur sont aimants et présents autant que la journée de travail le permet. Il admire son père et le perçoit comme une figure protectrice. Mais au fur et à mesure du déroulement de la série, on voit comment son admiration pour la masculinité trahit sa haine des femmes. Le troisième épisode en particulier montre que les discours masculinistes font leur nid dans la tête de jeunes hommes influençables, frustrés de ne pouvoir atteindre le modèle fantasmé de la masculinité vendu par la société patriarcale.
Faute de pouvoir blâmer le patriarcat, ils en blâment les femmes qui les repoussent et qu’ils s’imaginent être en position de force dans la société et sur le « marché sexuel ». Considérant que la sexualité des femmes est un dû dont ils seraient privés par une minorité d’hommes qui en accapareraient la majorité, ils cultivent un fort ressentiment contre elles, pouvant aller jusqu’à des tueries de femmes comme il y en a eu au Canada ou aux États-Unis.
Si au Royaume-Uni, la série semble avoir relancé des polémiques sur l’interdiction des réseaux sociaux pour les mineurs, elle pointe surtout les vulnérabilités et contradictions créées par un système patriarcal qui pave la voie aux discours masculinistes, conservateurs et misogynes qui cultivent la haine des femmes.
Izia Tvarskaia