Dans un essai sur le génocide juif basé sur le procès du nazi Eichmann, la philosophe conservatrice Hannah Arendt pointait, entre autres, le travestissement du langage opéré par les États. Soixante ans après, nous n’en sommes toujours pas sortis.
Appeler un chat un chien et faire l’union nationale
Bardella et Maréchal-Le Pen étaient ces derniers jours en Israël pour lutter contre l’antisémitisme. Les deux jeunes héritiers de Jean-Marie Le Pen et derrière lui de la Milice, de la Waffen-SS et plus généralement de l’extrême droite européenne responsable du génocide des Juifs d’Europe comme convives de Netanyahou. Une folie ? Pas vraiment. Herzl, fondateur du sionisme, écrivait dans son journal intime : « Les antisémites seront nos amis les plus fiables et les pays antisémites nos alliés. » Balfour, dirigeant anglais qui a accordé le premier « foyer national juif » dans la Palestine colonisée en 1917, était devenu un soutien des sionistes en raison d’un antisémitisme chrétien viscéral. Aujourd’hui, un Bardella n’est plus un fou de la messe. Ce qui l’unit à Netanyahou est la haine des Arabes.
Il s’agit de s’afficher comme des soutiens sans condition de Netanyahou afin d’ajouter une couche d’islamophobie et de racisme. Et sur ce terrain-là, dans le monde politicien, tout le monde veut être de la partie. Manuel Valls et Bruno Retailleau ont participé à un meeting « contre l’islamisme » pour accuser d’antisémitisme les soutiens des Palestiniens, taper sur les « wokes » au nom d’on ne sait trop quoi et appeler à une union nationale anti-ouvrière. Un beau rapprochement de l’extrême droite et de l’extrême centre qui associe parfois PS et PCF et conduit à présenter le RN comme respectable, s’attaquer aux travailleurs immigrés et faire marcher sous les drapeaux d’une République française censée incarner la « civilisation » occidentale. Rappelons quelques évidences.
Antisémitisme et racisme
L’antisémitisme désigne la haine des Juifs. Très ancienne en Europe et liée à l’Église catholique, qui accuse les Juifs d’avoir tué un sacré fils de Dieu, cette haine prend un contenu particulier au xixe siècle lorsque se structure l’extrême droite européenne et que naît, en un certain sens, le racisme moderne. Le tout s’opère dans le cadre de l’héritage de l’esclavage transatlantique, de l’expansion des empires coloniaux et des exactions qui vont avec. Un million de morts soit un tiers de la population d’Algérie au moment de la conquête coloniale. Le racisme nie alors la qualité d’être humain des Juifs et des colonisés. Une rhétorique qui continue d’être mobilisée par les politiciens américains, français ou israéliens pour justifier leurs crimes. Les Palestiniens seraient des « bêtes sauvages » (dixit Netanyahou), les « terroristes » n’auraient « pas de passeport » (dixit Valls). Et peuvent donc être assassinés comme des chiens ?
Une Tesla offerte pour Fabien Roussel
De ce point de vue, parler de racisme anti Blanc comme le font Elon Musk ou récemment Fabien Roussel sur CNews n’a strictement aucun sens. Quel Européen a-t-il été colonisé ? Quel Blanc subit des violences policières liées à sa couleur de peau ? Qui aujourd’hui hésite à mettre une photo ou à changer son nom sur son CV ? Tous les pauvres subissent la violence de l’État et galèrent pour trouver un travail ou un logement corrects, mais la bourgeoisie qui a colonisé le monde est européenne. L’impérialisme est une réalité essentielle du monde contemporain. Ceux qui n’ont pas la bonne couleur de peau subissent des violences et des discriminations spécifiques. Parler de racisme anti Blanc, c’est ne pas reconnaitre la réalité du racisme, notamment celui subi par les descendants d’Africains, et ainsi diviser la classe ouvrière. Allez Fabien, encore un effort. Bientôt tu recevras une Tesla gratuite pour aller gaiement braconner.
Chris Miclos