Ateliers SNCF de Quatre-Mares (Rouen)
En journée, les collègues ont des salaires qui varient entre 1 600 et 2 000 euros pour les plus anciens, rarement plus sauf pour les référents et autres. En quart, on est plutôt aux alentours de 1 900-2 200 avec des anciens qui arrivent à toucher 2 400 euros avec l’ancienneté et l’expérience dans le secteur. Ça varie aussi en fonction du statut : les anciens statutaires se plaignent d’être moins payés, de 50 à 100 euros parfois à cause des augmentations plus rares. Beaucoup préféraient travailler en journée pour le rythme mais ne peuvent pas se le permettre, les 260 euros de prime de quart sont nécessaires pour finir le mois.
En nuit, ils touchent tous entre 3 200 et 3 600 euros, et avec des repos en plus. La plupart des collègues qui ne sont pas en nuit trouvent ça mieux que les 28, parce que le rythme est stable et que la prime et les repos en plus ça vaut vraiment le coup. Les salaires sont si bas que, quand on parle des risques liés au travail de nuit, pour ces collègues-là, ça vaudrait presque le coup de choper un cancer…
À la RATP
Ces dernières années, la direction a lâché de maigres augmentations loin du niveau de la hausse des prix, et cette année, elle n’a même plus fait semblant et n’a rien donné du tout. Dans les ateliers, les collègues avec quelques années d’ancienneté se retrouvent au niveau du Smic tellement l’inflation a rongé les salaires
Saint-Gobain Pont-à-Mousson (54)
Dans la dernière grande entreprise sidérurgique de Lorraine, la direction a augmenté les salaires de 248 salariés de… 3 centimes à 72 euros par mois et annoncé une prime de 100 euros net. Une prime bien ridicule en comparaison de la flambée des prix ! Quant à l’augmentation, elle n’est qu’une compensation de l’augmentation du Smic : pour les trois premières cotations de la grille des ouvriers, le taux horaire fixé en janvier 2025 était passé en dessous du Smic. Et rien pour les collègues déjà en poste depuis plusieurs années sur une même cotation, et qui dépassent déjà le plancher de la grille.
La direction a du mal à garder en CDI de nouveaux ouvriers. Car ça ne se bouscule pas au portillon pour bosser en 38 ou 58, à proximité directe de la fonte en fusion, avec des installations et charges immenses en mouvement constant, dans une usine où les accidents souvent graves s’enchaînent (déjà 100 déclarés depuis le 1er janvier) et où la température atteignait plus de 40 °C, machines éteintes, dans les ateliers pendant les dernières canicules (il faut ajouter 10 à 15 °C de plus en production !).
Chez Decathlon, les salaires, c’est pas à fond la forme !
Dans le commerce et la grande distribution, les salaires sont bas. Tu rentres au Smic et, dans la plupart des cas, tu y restes. Parce que les augmentations individuelles sont données au compte-goutte, touchent souvent les mêmes, et qu’il n’y a pas de reconnaissance automatique de l’ancienneté.
Et il y a le turn over. Dans une boîte qui tourne à coups de CDD, un quart des collègues restent moins d’un an et demi dans l’entreprise. La moitié moins de cinq ans.
Et puis il y a surtout les temps partiels. Plus d’un tiers des collègues en CDI sont à ce régime. Il y a des collègues qui ont une autre activité à côté, qui s’occupent de leurs enfants, ou qui ne peuvent pas travailler à temps plein parce qu’ils ont le corps abîmé par le travail, et qui gagnent donc entre 850 et 1000 euros par mois pour des contrats de 20 ou 25 heures.
En juin dernier, il y a eu une augmentation du Smic. Une augmentation que la direction a refusé de reporter sur les salaires situés juste quelques centimes au-dessus, contrairement à ce qu’elle avait pu faire par le passé. Une vraie injustice ressentie très largement dans la boîte. « Ça fait dix ans que je bosse ici, je n’ai jamais eu d’augmentation individuelle. On nous applaudit tous les mois en disant que la boîte fait record sur record, et on nous refuse 30 balles par mois ? »
La Poste – Paris : « “partage de la valeur”, mon œil »
Cette année, La Poste a augmenté les salariés d’une dizaine d’euros par mois (0,7 % !) et rien pour les fonctionnaires, elle qui pourtant a fait plus d’un milliard d’euros de bénéfices en 2025. Et les dix plus hauts cadres, dont le salaire caracole à 60 000 euros par mois, se sont augmentés de 20 % !
Cet été, alors que des collègues roulaient dans des camions sans clim par 40 °C, la direction annonçait qu’une prime exceptionnelle dite de « partage de la valeur » (PPV) sera versée à l’automne. 150 euros brut, et encore il ne faut pas être malade, en temps partiel ou faire grève : c’est, comme ils disent, « proratisé ». Des primettes comme celle-là, on a l’habitude à la Poste, une prime dite « d’équipe » s’est réduite à peau de chagrin au fil du temps alors que la plupart d’entre nous sont à peine au-dessus du Smic. À ce train-là, on se retrouve avec des retraites à 1 000 euros.
Hexafret (Sotteville-lès-Rouen)
Niveau conducteur, c’est plutôt 2 300 à 2 500 euros mensuels, pas cher payé par rapport au coût de tout. Spécialité de la profession : on a une prime en fonction des trains qu’on fait (distance-type de train-marchandises), comptée comme du salaire de base bien que fluctuante, de quelque 300 à 700 euros. Pour les collègues « préparateurs de trains », c’est moins : entre 1 700 et 2 000 euros (en comptant leur prime de réserve, autour de 300 euros).
Chez les précaires de l’Éducation nationale
Une AESH de Normandie (Accompagnante des élèves en situation de handicap) travaille 24 heures par semaine dans un collège en éducation prioritaire. Un temps partiel imposé, car les AESH ne peuvent pas travailler au-delà (à l’exception des classes où c’est 31 heures par semaine). Pour un salaire de 900 euros net par mois. Pas facile quand on élève seule une fille collégienne ! Et qu’on dépense pour le carburant chaque mois : entre 100 et 120 euros, sachant que les 24 heures se font en quatre jours par semaine, sauf pendant les vacances scolaires.