Chez Décathlon, quand le gouvernement a annoncé la prime « gros rouleurs », tout le monde est allé voir s’il y avait droit. 100 euros, ce n’est pas énorme, surtout une seule fois, mais on l’aurait prise ! Les 30 kilomètres par jour, beaucoup les font (et certains beaucoup plus !) pour venir travailler dans ces zones commerciales à l’écart des villes et très mal desservies par les transports en commun. Mais tout le monde a vite déchanté en voyant un plafond de ressources maximum bien en dessous du Smic.
Et puis il y a ceux qui avaient regardé avec beaucoup de méfiance les Gilets jaunes en 2018, en s’identifiant un peu à des petits commerçants menacés par les blocages, mais qui commencent à se dire que les GJ avaient peut-être raison, et qui aimeraient bien qu’une nouvelle étincelle vienne remuer un peu la situation sociale.
Au dépôt de bus d’Ivry, le spectre des Gilets jaunes. Des dizaines de salariés récemment transférés de la RATP vers Keolis sont en pleine discussion en salle de repos. Du monde rassemblé, car tout le monde attend d’avoir enfin un bus disponible pour sortir faire son service de conducteur : un joyeux bazar, mais la direction a une seule obsession : le port du gilet orange ! Du coup les blagues fusent : « Là c’est gilet orange obligatoire, mais bientôt ce sera INTERDICTION du port du gilet ? », « Demain, tu sors de chez toi avec le gilet de la boîte, tu vas te faire arrêter par les flics pour manif ? » Sur fond d’inflation et de flambée du prix de l’essence, le gilet va-t-il devenir le pire cauchemar de la direction ?