Aux ateliers SNCF de Quatre-Mares, pas mal de collègues privilégient le covoiturage, se retrouvent à 4 heures du matin à Barentin, Buchy ou à Tourville pour économiser leurs pleins. Certains collègues parlent de se mettre en arrêt si les prix continuent d’augmenter. Des remarques aussi sur la navette qui dépose les collègues en journée : certains calculent si ça ne vaut pas le coup de venir en train, même si l’on perd la prime de quart de 260 euros.

Dans les hôpitaux de l’AP-HP de Paris, difficile de trouver un logement près de l’hôpital, vu nos salaires et le montant des loyers ! Du coup beaucoup de collègues se sont rabattus sur les transports en commun. Mais c’est au moins deux heures de plus perdues par jour ! Surtout qu’avec nos horaires, à ces heures-là, soit on est obligés de prendre le bus qui arrive une heure avant l’embauche parce qu’il n’y en a pas d’autre, soit on attend le bus une heure à la sortie. À tel point qu’il est arrivé d’entendre que des collègues avaient dormi sur le parking de l’hôpital : quand tu finis à plus de 21 heures et que tu reprends à 6 h 30, avec un aller-retour qui te coûte 20 euros d’essence, donc 400 euros par mois, sur un salaire net à 1 700 euros, tu y réfléchis à deux fois !

Au CHU de Nantes, on peut aussi constater que les fins de mois sont difficiles par le nombre de collègues qui prennent des « hublots » : il s’agit de journées ou de nuit en heures supplémentaires sur lesquelles les collègues peuvent postuler. Les hublots sont quasiment toujours pris… Dans les hôpitaux, bien des agents complètent leur salaire en passant par cette plateforme. Mais ce qui pousse beaucoup à le faire, c’est précisément le trop faible niveau des salaires !

À la RATP, de plus en plus de collègues passent leur pause à chercher des réductions pour les courses sur diverses applications et sites Internet. Certains sortent les outils le weekend pour faire l’entretien des voitures des voisins, histoire de pouvoir payer leur plein pour aller au boulot. Quelques-uns s’inquiètent également des risques de pénurie pour l’essence, en voyant les longues files d’attente devant leur station-service, et se demandent s’ils pourront aller au boulot le lendemain.

À Décathlon, avec l’inflation, tous les collègues font attention. À tout. À ce qu’ils ne mettent plus dans le caddie. À ce qu’ils vont faire pendant leurs vacances. À quelle pièce ils vont chauffer cet hiver. De plus en plus de collègues renoncent à s’arrêter quand ils sont malades, pour ne pas essuyer le manque à gagner de la carence. Alors, il y en a quelques-uns qui, discrètement, ont modifié leurs habitudes. Qui viennent plus souvent à vélo, parfois de loin. Ou qui se sont mis à prendre le bus, même si ça fait arriver presque une heure à l’avance et rentrer encore plus tard, alors qu’on a déjà une amplitude horaire de 11 heures par jour.

À Hexafret, certains disent que tous les découchés (nuits qu’il faut passer ailleurs que chez soi du fait des distances) compensent le manque d’argent, mais, pour d’autres, c’est vraiment peu et c’est parfois la galère. Pour beaucoup, il serait plus rentable de ne pas venir travailler pendant quelques jours à cause du prix des carburants, et du coût de la vie en général.

Pour beaucoup de postiers, les départs en vacances sont un luxe qu’ils ne peuvent pas se payer : le carburant ou se chauffer, il faut choisir. Et c’est souvent un deuxième boulot qui permet de ne pas sombrer dans l’endettement.

 

 


 

 

Sommaire du dossier du numéro 64 de Révolutionnaires