Aujourd’hui, face à la flambée du carburant, et à sa suite de nombreux produits de consommation courante, dont de première nécessité pour se déplacer, se nourrir, se loger, en fait vivre et faire vivre des familles, ceux qui nous gouvernent ou aspirent à le faire et sont candidats à la présidentielle, se chicanent entre eux sur les plateaux télé. Chacun d’avancer sa recette, dont il espère glaner des voix. Faudrait que l’État baisse ses taxes ; ou faudrait que l’État bloque les prix ; ou faudrait que Total baisse ses marges. Macron et Lecornu évoquent de prolonger au-delà du 30 septembre, sous une nouvelle forme, la prime de 100 euros dite « grands rouleurs », déjà loin du compte et sous des conditions qui découragent une partie des travailleurs pauvres auxquels elle est destinée ! Et c’est surtout très loin de notre souci immédiat : la différence entre les dépenses incompressibles qui flambent, sans qu’on en voie le bout (jusqu’à trois euros et plus le litre de gazole ?), et ce qui est écrit en bas à droite de la fiche de paye, ou des papiers de pensions et allocations. Et qui ne bouge pas !
Ces deux pages de dossier nous viennent de lieux de travail et témoignent de salaires dramatiquement bas, souvent en dessous du Smic, ou soutenus par des primes qui prétendent compenser une pénibilité du travail et des horaires fous qui ne devraient pas exister. Ou c’est le recours aux heures supplémentaires, aux petits boulots à côté, ou à la « démerde » en attendant. Tout ça pour gagner un salaire qui ne permet que rarement d’échapper à l’endettement voire au surendettement. Car le salaire médian à ce jour en France, celui au-dessous duquel la moitié des travailleurs et travailleuses sont condamnés à vivre, c’est un peu moins de 2200 euros. Le Smic est à 1440 euros, mais l’Observatoire des inégalités évalue à 1,7 million le nombre des travailleurs payés légalement moins que le Smic1. Avec l’inflation sur les produits alimentaires, les loyers, les loisirs et vacances qu’il serait la moindre des choses de pouvoir se payer, c’est insuffisant. Surtout que les salaires n’augmentent que de façon ridicule, à la tête du client par ristournes individuelles, alors qu’il faudrait au bas mot 400 à 500 euros d’augmentation pour tous et toutes et qu’aucun salaire ni pension ne soit en dessous de 2200 euros.
Car dans ce même temps où les travailleurs, dont les jeunes, s’appauvrissent, les patrons s’enrichissent. On nous met toujours sous le nez l’exemple du petit patron boulanger qui n’a pas le sou. Mais c’est l’arbre pour cacher la forêt. Car le patronat français est riche d’une belle cinquantaine de milliardaires, dont certains à deux voire à trois chiffres, dont les « fortunes professionnelles » se sont précisément faites par l’exploitation du travail des autres. C’est ça le capitalisme. Un système qui ne produit pas des voitures ou du papier chiottes mais qui produit des profits. Sinon on ferme boutique pour aller exploiter ailleurs. Et dans cette liste des milliardaires (sans oublier les simples millionnaires), il y a tous les noms du monde de l’industrie et de la finance. Alors le pognon, il y en a, dans les poches du patronat. Du pognon qui nous a été volé. Qu’on devra à terme récupérer en expropriant les voleurs.
Bien sûr, pas par le petit bulletin de vote qu’on mettra dans une urne un jour d’avril 2027 ; pas non plus par les seules capacités de négociation de syndicalistes. Ou ça se saurait ! Les prix augmentent, les salaires doivent suivre et cela ne peut dépendre que de nos mobilisations, tous et toutes ensemble. Et de notre organisation. Car ceux qui nous parlent d’indexation des salaires sur les prix nous proposent des commissions d’experts pour en décider. Qui pourrait leur faire confiance ? Personne d’autre que nous-mêmes, travailleurs et travailleuses, organisés dans les entreprises et les quartiers, syndiqués et non syndiqués, ne peut traquer les hausses de prix, et imposer l’augmentation correspondante des salaires, ou « échelle mobile des salaires ». Cette augmentation automatique des salaires, suivant la montée des prix des articles de consommation courante, doit être au programme de nos mobilisations à venir.
Michelle Verdier