Pour nos dirigeants, Airbus, c’est le fleuron de l’industrie européenne et ils revendiquent fièrement ses succès : jusqu’à ces derniers mois en tout cas, Airbus n’a-t-elle pas damé le pion à son principal concurrent, l’Américain Boeing ?

En France, du côté de ceux qui fabriquent les avions en question, la situation est moins reluisante. Pour les travailleurs, à part le salaire et les primes, Airbus reste une sale boîte. Avec une chefferie omniprésente, qui exerce une pression menaçante sur les travailleurs. Chefferie doublée d’un syndicat maison sous l’étiquette FO dont les « actions » consistent surtout à contrôler les travailleurs par un autre bout et à éteindre les éventuels feux naissants par des pressions qui ressemblent fort à celles des chefs.

La grève en Espagne remet les pendules à l’heure !

Airbus toute puissante face à des travailleurs soumis ? Oh que non ! La grève des travailleurs d’Airbus dans l’État espagnol vient de reprendre, montrant de façon éclatante que, s’ils le décident, ce sont les travailleurs qui ont en main les atouts maîtres.

La grève avait commencé le 1er juillet dernier pour réclamer le maintien de deux jours de télétravail, la réindexation des salaires sur les prix, le retour du paiement à 100 % des arrêts-maladie, le maintien de la gratuité des restaurants d’entreprise : non seulement les travailleurs refusaient les nouvelles dégradations, mais ils ont décidé de remettre toutes les pendules à l’heure !

La grève a repris de plus belle lundi 24 août, après trois semaines d’interruption du fait des congés : non seulement la direction n’a en effet rien cédé sur l’essentiel, mais elle a menacé les grévistes. Le journal en ligne conservateur OkDiario rapporte que Carmen-Maja Rex, la directrice mondiale des relations humaines de la multinationale « a averti que la société retirerait ses missions en Espagne, suspendrait les nouvelles embauches et mettrait un frein aux contrats relatifs à de nouveaux projets avec effet immédiat si le conflit se poursuivait ».

Les syndicats signataires des derniers accords d’entreprise, y compris parmi ceux qui participent à la grève, ont fait campagne dans la semaine pour une « pause » afin de montrer à la direction la « bonne volonté » des travailleurs. Saisie de cette question, l’assemblée générale du lundi 31 août a tranché : à 80 %, elle a voté la poursuite de la grève ! Et la direction doit bien tenir compte de la grève, même si elle se promet de revenir en arrière dès qu’elle le pourra. Par exemple, elle renonce à la suppression des jours de télétravail pour ceux des bureaux… mais tout en gardant une petite phrase lui laissant le droit de le faire ! Dans les clauses de rattrapage des salaires, elle est bien consciente que les chiffres qu’elle avance sont déconnectés de la réalité des hausses de prix : elle promet un rattrapage complémentaire en cas de décalage… en 2030. On comprend que les travailleurs aient massivement reconduit la grève.

Lutter pour que la grève s’étende à tous les sites d’Airbus

Concernant ses menaces, si la direction d’Airbus a de nouveaux projets, il lui faudra de toute façon trouver où les mener à bien ! C’est là qu’on mesure que la riposte contre une multinationale devrait se faire à l’échelle de tous les pays où elle intervient.

Pour l’instant, en France, le climat n’y est pas, mais les raisons de la colère en Espagne existent aussi en France – et ailleurs. En juin dernier, quelques débrayages avaient eu lieu dans certains ateliers à Toulouse, même si tout est vite retombé et les chefs se font pressants vis-à-vis de ceux qui ont « osé » débrayer. La direction a tout de même renoncé à supprimer les jours de télétravail pour ceux des bureaux, et, dans les ateliers en France, certains sont bien conscients que c’est un acquis de la grève espagnole.

Ce serait donc le moment d’une riposte de tous les travailleurs d’Airbus. Cela tuerait dans l’œuf ses menaces vis-à-vis des grévistes en Espagne et permettrait de créer un tout autre rapport de force. Ce n’est qu’une possibilité, mais il faut tout faire pour qu’elle se concrétise.

Correspondant